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Caisse unique: le duel Couchepin-Maillard n’aura pas lieu, mais leur affrontement domine la campagne


Mardi 30 janvier 2007

SANTE. Le ministre de la Santé ne débattra pas contre le conseiller d’Etat vaudois en vue de la votation du 11 mars. Malgré tout, leurs attaques par médias interposés ont contribué à personnaliser le scrutin. Une dérive qui n’est pas du goût de tout le monde et qui déconcerte les Alémaniques.

Il aurait dû constituer le point d’orgue de la campagne sur la caisse unique en Suisse romande, mais il n’aura pas lieu. Le duel entre Pascal Couchepin et Pierre-Yves Maillard demeurera de l’ordre du fantasme pour tous les amoureux du débat d’idées. Les deux ténors ne mêleront pas leur voix. Ni à l’écran, ni sur les ondes, ni même dans les journaux. Et pourtant, quelques attaques par médias interposés ont suffi à faire de l’avenir du système de santé suisse leur combat, de la caisse unique une préoccupation romande.

Pascal Couchepin a tiré le premier, accusant Pierre-Yves Maillard de ne pas maîtriser les coûts de la santé dans son propre canton. Le Vaudois a répliqué en reprochant au conseiller fédéral de ne pas aligner la hausse des primes sur l’augmentation réelle des coûts de la santé. Les piques se multiplient, à grand renfort d’avis de droit et de documents comptables. Mais jamais face à face.

«Il me faut simplement constater que les règles changent, puisque nous avons déjà débattu ensemble», confie Pierre-Yves Maillard pour commenter le refus de Pascal Couchepin de débattre face à un simple conseiller d’Etat.

L’an dernier, le ministre de la Santé et son homologue sur le plan vaudois s’étaient retrouvés autour d’une table pour débattre de la hausse des primes maladie lors de l’émission Infrarouge. Les deux bêtes politiques avaient livré un spectacle passionné, mais s’étaient quittées sur un match nul qui avait laissé bon nombre de téléspectateurs au bord du chemin.

Les deux hommes font cette fois valoir leurs arguments chacun de leur côté. Et pourtant… adversaires à la mesure l’un de l’autre, dans la méthode comme dans la conviction qu’ils mettent à défendre leurs valeurs, les meilleurs ennemis politiques se ressemblent et se concurrencent. Ils incarnent à eux deux le combat entre les visions libérale et étatique du système de santé.

Chacun a néanmoins d’autres intérêts à défendre, dans ce combat. Pierre-Yves Maillard peut se profiler pour sa réélection au Conseil d’Etat – le scrutin se déroulera le même jour que la votation sur la caisse unique. A moyen terme, il s’affirme davantage encore comme un candidat au Conseil fédéral et plus précisément au Département de l’intérieur. Pascal Couchepin, lui, cherche plus que jamais à soigner son bilan. Et il ne serait guère flatteur pour le ministre romand de perdre en terre francophone, puisque l’incertitude majeure du scrutin semble résider dans le résultat valdo-genevois.

En Suisse alémanique, par contre, cette bataille laisse de marbre la plupart des électeurs. «Nous ne comprenons pas cet affrontement. Chez nous, l’assurance maladie n’est pas un thème prioritaire», commente Jürg Stahl (UDC/ZH), conseiller national et membre de la direction du Groupe Mutuel. Par ailleurs, outre-Sarine, on connaît assez mal Pierre-Yves Maillard, bien qu’il soit vice-président du PS suisse.

Si la caisse unique s’est transformée en une préoccupation essentiellement romande, c’est aussi parce qu’il n’existe pas d’incarnation alémanique de cette caisse ou de l’opposition à celle-ci. En tout cas pas d’aussi charismatiques que Pierre-Yves Maillard et Pascal Couchepin, qui en ont fait une affaire personnelle. C’est Pierre-Yves Maillard qui aurait convaincu le PS de soutenir ce projet. C’est lui qui le porte le plus haut. C’est lui encore qui vient de bouleverser la donne en présentant un nouveau modèle de financement par tête au lieu de la prime en fonction du revenu. Quant à Pascal Couchepin, ce combat est celui qui consacrera sa vision d’un marché libéral de la santé, en cas de non le 11 mars.

A gauche, on crie à qui veut l’entendre que si Pascal Couchepin refuse de s’asseoir en face de Pierre-Yves Maillard, c’est parce qu’il le craint. «Le ministre avait dû corriger le tir sur les réserves des caisses de certains cantons après le débat avec Maillard», rappellent les socialistes. Le radical aurait-il peur de perdre la face? Que nenni, assure-t-on dans l’entourage du Valaisan. On argue plutôt que le combat des chefs pourrait contribuer à dérouler un tapis rouge au conseiller d’Etat en passe de se faire réélire et occulter les enjeux essentiels. Un avis que partagent des membres du comité contre la caisse unique. «Il faut que l’on en revienne aux faits dans cette campagne», appuie le sénateur Urs Schwaller (PDC/FR). Les opposants attendent des initiants qu’ils présentent enfin des projections sur le coût de la caisse. Pour que la guerre des personnalités laisse la place à la guerre des chiffres.

Stéphane Germanier, Berne