Caisse unique : courriers de lecteurs
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Jeudi 22 février
Les renards assureurs et les poules patientes
Les socialistes ont la mémoire courte
Unis pour la caisse unique
Qui est soviétique?
Que cache cette violence?
Prime de 600 000 francs par année?
Où est la mauvaise foi?
C’est non!
Les renards assureurs et les poules patientes
Cologny, 9 février. — L’UDC nous ressort la vieille rengaine du libre marché, supposé faire baisser les coûts de «la santé» (qui sont plutôt ceux de la maladie, du vieillissement, de la dépendance, du manque de solidarité sociale…)
La santé, ce n’est pas un marché comme les autres. On peut se passer d’une nouvelle bagnole, d’une nouvelle montre, on peut aller skier à Champéry plutôt qu’à Gstaad, ou choisir une TV avec un écran un peu plus petit. On ne peut pas choisir d’être un peu moins malade, ou de l’être une autre fois.
Concurrence entre «prestataires de soins» (encore un beau néologisme)? C’est leur demander de limiter les prestations, puisque le tarif de la prestation est fixé. C’est, habilement, leur faire porter la responsabilité du rationnement. Ils gagneraient un peu moins, c’est vrai, les coûts baisseraient peut-être un peu, mais c’est le patient qui en ferait les frais. Car je n’ai pas entendu proposer par nos politiciens que la rémunération des directeurs des caisses et de leurs conseils d’administration baisse elle aussi si les coûts baissaient…
Concurrence entre caisses maladie? Plaisanterie, SantéSuisse (MaladieSuisse?) est probablement le cartel et le lobby le plus puissant de notre pays, (non, il y a les banques…), il (elle?) a à sa solde un nombre respectable de parlementaires, il gère des fortunes et ne demande qu’une chose: que le plus possible de prestations soient supprimées de l’assurance de base pour passer aux complémentaires, fort lucratives, elles.
Mais c’est exactement ce que propose l’UDC… comme par hasard. Peut-on me donner la liste des parlementaires UDC membres de conseils d’administration de caisses maladie? Merci d’avance.
On fait gérer les coûts de la maladie aux caisses maladie. C’est comme si on demandait aux renards de gérer la population des poules…
Oui, je suis un peu insolent, simpliste, polémique. On me pardonnera, j’espère, je suis médecin…
Eric Favrod-Coune
Les socialistes ont la mémoire courte
Genève, 10 février. — Conseiller d’Etat vaudois et vice-président du Parti socialiste suisse, M. Pierre-Yves Maillard ne cesse de critiquer violemment notre système d’assurance maladie.
Curieusement, personne n’ose lui rappeler que ce système a été voulu et imposé par une conseillère fédérale socialiste: Ruth Dreifuss. Soutenue par son parti, Ruth Dreifuss nous promettait déjà que 70% des Suisses verraient leurs primes baisser. Mais on connaît le résultat: nos primes ont explosé…
Non seulement M. Maillard a la mémoire courte mais, plus grave, il nous refait les mêmes promesses irresponsables que Ruth Dreifuss.
Car les chiffres sont têtus: les coûts de santé à charge de la caisse unique se montent à 20 milliards de francs par année. Par comparaison, notre actuel impôt fédéral direct, déjà lourd à supporter, n’assure que 7,4 milliards à la Confédération. Avec ses primes proportionnelles au revenu (comme notre impôt fédéral), la caisse unique coûterait donc aux contribuables trois fois leur actuel montant d’impôt fédéral.
Avec cette caisse unique, la classe moyenne serait donc, une nouvelle foi, le dindon de la farce. Comme elle l’a été avec la LAMal socialiste.
Claude-Olivier Rochat
Unis pour la caisse unique
Genève, 14 février. — Bravo au Mouvement populaire des familles d’avoir lancé l’initiative fédérale pour une Caisse Unique Solidaire. Cette votation touche des milliers de gens et familles qui passent une grande partie de leur petit budget pour se prévenir de la maladie. La santé est universelle, nous devrions tous avoir droit aux mêmes soins sans que cela devienne qu’une histoire de gros sous. Bien des praticieNnEs de la santé eux-mêmes souffrent, ne pouvant prodiguer des fois de réels soins, manque de cohérence équitable des remboursements des multiples caisses privées qui nous gouvernent en Suisse.
Le projet de la Caisse Unique est basé sur la capacité économique des assurés, enfin un système plus équitable et moins cassant pour la classe moyenne. (…)
Corinne Goehner-da Cruz
Qui est soviétique?
Bernex, 14 février. — Les adversaires de la caisse unique ne reculent devant rien. Le pouvoir économique dont ils jouissent leur a fait perdre tout sens de respect, d’équilibre et d’éthique.
Ce lobby veut nous faire croire par sa technique de désinformation habituelle que la caisse maladie unique s’apparenterait à un monopole d’Etat totalitaire dans le plus pur style soviétique.
Mais ce sont les méthodes employées par les opposants à cette noble initiative qui sont mensongères, simplistes, basées sur la peur et l’ignorance, méthodes que ne renierait aucun dictateur digne de ce nom.
La nomenklatura des assureurs et de leurs satrapes méprise la population en permanence.
La majorité des citoyens qui est insatisfaite de la gestion de la santé possède une occasion en or de faire comprendre à nos élus que la situation ne peut plus durer.
Avec la caisse unique, ce n’est plus la prime qui pèse sur le revenu disponible, mais le revenu disponible qui détermine la prime.
Fabrice Chaperon
Que cache cette violence?
Genève, 16 février. — Tout au long de l’hiver, ils ont peint le diable sur la muraille, ils ont diabolisé les auteurs de l’initiative «pour une caisse unique et sociale»; ils ont tué dans l’œuf tout véritable débat sur notre système de santé; ils ont fait preuve d’arrogance et de suffisance; avec des moyens financiers disproportionnés, ils ont investi les médias et multiplié les publicités agressives, aux arguments fallacieux; ils ont littéralement pris en otage la «fameuse» classe moyenne en lui promettant l’enfer fiscal; Ils ont mené une campagne de désinformation en cherchant à embrouiller les esprits par des chiffres fantaisistes; ils ont osé se servir d’une partie de nos primes pour faire cette campagne contre nos propres intérêts d’assurés… Ils? Ce sont les adversaires de la caisse unique, de la droite à la droite extrême en passant par «Santé suisse»!
Que cache une telle violence sinon que le lobby des caisses maladie, avec sa toute puissance, entend défendre bec et ongle un système qui lui est fort profitable? En ces temps de libéralisme économique effréné, les maîtres de la santé (ils veulent même mettre à leur ordre le corps médical) ont hélas le vent en poupe. Ils rêvent de jeter aux oubliettes de l’histoire ces trublions, adeptes de la caisse unique, qui osent encore croire – oh les ringards! – à plus de justice sociale, de transparence et de solidarité et qui affirment que la santé n’est pas une marchandise mais un bien commun, un service public qui doit rester accessible à toutes et à tous!
Reste à espérer que cette surdose d’arrogance et de mauvaise foi, à en avoir la nausée, provoquera l’effet contraire à celui escompté… et que les citoyens assurés, exaspérés par ce matraquage, sauront défendre «égoïstement» leurs intérêts en plébiscitant la Caisse unique!
Daniel Dind
Prime de 600 000 francs par année?
Faire payer une prime d’assurance-maladie de 600 000 francs par année au patron de Novartis: c’est la solution miracle avancée par Pierre-Yves Maillard, vice-président du Parti socialiste suisse, pour financer la caisse unique. Mais M. Maillard prend ses désirs pour des réalités. Car ce n’est pas le Parti socialiste qui a lancé cette initiative, mais bien le Mouvement Populaire des Familles (MPF). Or, très lucide, le MPF a d’emblée souligné (dans le commentaire de son initiative) que les cotisations prélevées sur les salaires devraient être plafonnées, «de manière à éviter des primes disproportionnées». Contrairement à M. Maillard, le MPF, lui, a bien compris que Novartis, UBS et bien d’autres entreprises peuvent facilement délocaliser leur direction générale, à Londres ou ailleurs. Et que, surtaxés, bien des particuliers quitteraient également notre pays. Tout le poids de l’assurance-maladie retomberait alors sur la classe moyenne.
Prétendre «faire payer les riches», c’est le plus sûr moyen de faire payer la classe moyenne. Même le Mouvement Populaire des Familles en est conscient. Pourtant, M. Maillard, lui, multiplie des promesses trompeuses. Faut-il lui reprocher sa naïveté ou sa mauvaise foi?
Mélanie Tavernier
Où est la mauvaise foi?
Genève, le 19 février. — Diable ! Le Parti socialiste genevois utilise l’artillerie lourde pour m’accuser de tous les maux lorsque je m’oppose à l’initiative pour une Caisse unique. Après la présidente du parti, Madame Fehlmann-Rielle, voilà que Madame Maury-Pasquier, conseillère nationale, m’accuse à son tour de mauvaise foi. Dans le courrier des lecteurs que la Tribune a publié le 25 janvier dernier, je n’avais fait pourtant que reprendre les arguments d’une autre conseillère nationale socialiste, Madame Roth Bernasconi, qui affirmait qu’une caisse unique ferait davantage pression sur les prestataires de soin que 87 caisses pour abaisser les coûts. C’est cet argument qui dérange tout à coup les socialistes, mais qui vient pourtant d’être repris par le Mouvement populaire des familles dans la Tribune du 17 février dernier. J’entendais donc mettre en garde les médecins contre l’illusion de la caisse unique qui les libérerait de la tutelle des assurances-maladie. J’avais aussi indiqué que celle-ci allongerait la file des patients pour toute consultation et intervention. Il n’y a là aucune «mauvaise foi» de ma part, mais, après les premières conséquences de Tarmed, la simple prévisibilité d’une évidence: la fixation des primes selon la «capacité économique» de chacun (quelle capacité économique?) sonnera largement le glas des assurances complémentaires et par conséquent des cliniques privées qui traitent aujourd’hui une masse de cas – y compris au niveau de la seule assurance de base – que les hôpitaux seront incapables d’absorber (…)
Michel Barde, Directeur de la Fédéreation des Entreprises Romandes
C’est non!
Chêne-Bourg, 7 février. — C’est un «non» sans hésitation que je déposerai dans l’urne le 11 mars. Si le système actuel est loin d’être parfait, celui de la caisse unique est 100 fois pire. Personne n’est capable de nous dire qui paiera davantage et de combien les primes augmenteront. Ce qui est sûr par contre c’est que la classe moyenne va passer à la caisse. Il n’est en effet pas possible de faire reposer les milliards occasionnés par les coûts de «maladie» uniquement sur le dos des grandes fortunes. C’est donc la classe moyenne qui va casquer. Ce n’est ni plus ni moins un impôt déguisé. Autre raison de voter «non»: avec la caisse unique il n’y a plus de frein, plus de raison d’économiser.
Claudine Théodoloz

