Nouveau «roi» pour la planète santé

Jeudi 22 février 2007
VALAIS · Selon le professeur Daniel Savioz, un médecin de famille aux pouvoirs fortement étoffés est la clé de la pérennité de notre système de soins. Interview…
De plus en plus cher et opaque… Le diagnostic que pose le professeur Daniel Savioz, médecin à l’hôpital de Sierre, est sans appel: «Notre système de soins est au pied du mur.» Dans le mémoire qu’il vient de réaliser pour l’obtention d’un master en santé publique de l’Université de Genève, ce chirurgien de haut vol n’y va pas par quatre chemins. Si l’on ne fait rien, la survie de l’assurance maladie obligatoire n’est pas garantie! En guise de remède, le professeur affirme qu’il faut changer le rôle du généraliste. Ce dernier doit devenir un chef d’orchestre, le maître d’oeuvre d’une utilisation optimale des ressources, balisant le chemin menant aux spécialistes ou à l’hôpital, évitant par exemple que des examens similaires soient effectués en parallèle pour le même patient. Ainsi, le système sera à la fois plus transparent et moins dispendieux, assure Daniel Savioz. Entretien…
Dans votre travail de diplôme, vous préconisez la mise en place rapide de filières de soins. Est-ce la même chose qu’un réseau?
Non. Un réseau de soins peut être considéré comme une simple mise en commun horizontale de moyens. Or, chaque médecin travaille d’ores et déjà en réseau. Une filière de soins, elle, exige une organisation verticale, couplée avec l’acceptation d’un coordinateur, en l’occurrence le médecin de premier recours. L’objectif est d’augmenter la qualité des soins et d’assurer une meilleure prise en charge, un meilleur suivi du patient, tout en garantissant une allocation optimale des ressources à dispositions. Un tel changement me paraît inévitable si l’on veut éviter une mise sous tutelle «administrative» de notre système de santé.
Pouvez-vous préciser le rôle joué par le généraliste dans ces filières?
Le médecin de premier recours devient un «gate keeper», une plaque tournante. Attention: il ne doit pas chercher à limiter l’accès aux médecins spécialistes ou à l’hôpital. Son rôle est principalement de garantir la cohérence de la prise en charge médicale. Les économies attendues ne proviennent pas d’un rationnement des prestations mais d’une utilisation optimale des ressources. Un exemple? Ce système permet d’éviter que des examens similaires soient effectués en parallèle par plusieurs médecins chez un même patient.
Vous estimez que mettre en place les filières de soins sous l’égide des généralistes est non seulement indispensable, mais encore urgent. Pourquoi?
En résumé, notre système de santé, certes l’un des plus efficaces du monde, se distingue par deux singularités: ses coûts croissants, non contrôlés, et son manque de transparence. Cette opacité touche autant la capacité de rendre des comptes pour les hôpitaux et les assureurs, que de prouver la bonne utilisation des ressources pour les médecins. Quoi qu’il en soit, la conjonction de ces deux facteurs favorise une certaine suspicion généralisée. Dès lors, notre système est au pied du mur: il doit prouver sa rentabilité. Des réformes sont attendues, aussi urgentes qu’inéluctables. Reste qu’on ne saurait faire n’importe quoi. Le risque de jeter le bébé avec l’eau du bain est bien réel! On aurait pourtant tort de tergiverser pendant des années. Pour les médecins, l’urgence, c’est aussi de se transformer en une force de proposition.
Jeter le bébé avec l’eau du bain: qu’entendez-vous par là?
Si elles se concrétisaient, certaines mesures de rationalisation, que je qualifierais de sauvages, pourraient déboucher sur une diminution de la qualité des soins, voire un rationnement. Cela s’est vu aux Etats-Unis. La fin de l’obligation de contracter, unilatéralement souhaitée par les assureurs, obéit à ce style de logique.
A la mise en concurrence des prestataires de soins, les médecins répondent majoritairement par une exigence de transparence.
Quels acquis doivent être impérativement sauvés?
L’assurance maladie obligatoire, qui garantit un accès aux soins pour chacun d’entre nous, doit être préservée. Mais nous ne pourrons la sauver «à tout prix»! En l’absence de réformes sérieuses, le risque de faillite «politique» du système n’est pas à écarter. Les premières conséquences seraient un affaiblissement du niveau de solidarité. Les victimes les plus touchées seraient évidemment les personnes à bas revenus, les malades chroniques, parce qu’ils représentent un mauvais risque pour les assureurs privés, ainsi que les personnes âgées. Notre devoir éthique est de réformer en maintenant l’équité.
Bernard-Olivier Schneider

