Je l’avoue, je suis directeur de caisse…
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Mercredi 28 février 2007
Depuis peu, un doute m’assaille. Serait-il juste et bon de raser les murs afin de ne pas me faire remarquer? Le rouge de la honte devrait-il me monter au front lorsque l’on me demande le métier que je pratique? Car, je dois l’avouer, j’exerce la profession de directeur de caisse maladie!
En ces temps difficiles de discussion sur la caisse unique, c’est un fardeau bien lourd à porter. Non pas tant que d’avoir des journées de travail voisinant trop souvent les douze heures. Ni d’être constamment disponible au point d’oublier quelquefois que les week-ends servent de jours de repos. Ni de superviser les tâches de près de 700 collaborateurs dévoués à la cause des assurés touchés par la maladie. Non, ce qui est vraiment pénible, c’est de supporter l’opprobre rejaillissant de façon continuelle sur une activité qui est cible de trop de flèches chargées de venin.
Il est vrai cependant que je reçois, en contrepartie de tels tracas, un confortable salaire me mettant à l’abri du besoin. Ô, rassurez-vous, cela n’a rien de pharaonique au sens des sommes colportées par voie de presse. Les doués en calcul mental seront peut-être étonnés de découvrir que ma rémunération mensuelle est équivalente à ce que M. Peter Brabeck, de Nestlé, gagne chaque jour. Et mon revenu annuel est plus de cent fois inférieur à celui de M. Daniel Vasella, médecin et patron de Novartis! Mais, rétorquera-t-on, les dépenses somptuaires se trouvent plus volontiers du côté du conseil d’administration. Là aussi, détrompez-vous. A forfait, quel que soit le nombre de séances, les membres de la plus grande caisse de Suisse romande (président compris) reçoivent annuellement en tout et pour tout 5000 fr. , soit 3000 à 15 000 fr. de moins que dans la toute petite caisse du syndicat Unia où siège M. Stéphane Rossini, soutien de la caisse unique.
Notre caisse maladie exerce son activité sans aucun but lucratif et les éventuels excédents de recettes sont tous redistribués aux assurés lors du calcul des primes des années subséquentes; et surtout les réserves de sécurité ne profitent qu’à eux. Il est vrai qu’en parallèle nos assurances complémentaires et d’autres activités annexes sont lucratives. Mais les bénéfices qui en découlent profitent exclusivement à une fondation d’utilité publique, à but philanthropique, qui se consacre actuellement à l’édification de crèches ouvertes à toute la population.
La véracité de ces éléments pourrait être contestée. C’est pourquoi, lors d’un débat télévisé fin 2005, j’ai offert au président de l’Assuas, Me Mauro Poggia, de venir examiner nos comptes en toute transparence. Cela lui a encore été confirmé ultérieurement par écrit. La même offre a été faite à M. Pierre-Yves Maillard au cours d’un débat public il y a trois mois. Personne n’est venu, mais les mythes persistent!
Certes, je sais que dans notre branche on a pu constater quelques débordements. Sans excuser mes confrères concernés, je tiens toutefois à relativiser les incidences financières découlant de ces quelques excès. Dans un monde de la santé où les dépenses se comptent en milliards, ces manquements se répercutent aux alentours de 2 centimes tout au plus sur les primes des assurés. Cette situation n’étant toutefois pas excusable, elle peut et se doit d’être corrigée. Ce faisant, il faudra se souvenir que la LAMal n’a que dix ans. Comme un enfant de cet âge, elle s’est fait quelques taches.
En les nettoyant, gardons-nous cependant de prendre le risque de jeter l’enfant avec l’eau du bain!
Jean-Paul Deserens
Directeur général, Assura Pully

