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Le débat sur l’euthanasie divise l’Allemagne


Vendredi 30 mars 2007

FIN DE VIE. Une loi est en préparation. Mais faut-il privilégier la vie ou la volonté du mourant?

En Allemagne, le mot est tabou. L’«euthanasie», même passive, dérange en raison des atrocités commises par le régime nazi. Et la question de l’assistance au suicide est très controversée. C’est donc dans un contexte émotionnel et historique délicat que le Bundestag a débattu jeudi de la nécessité de légiférer pour respecter les patients en fin de vie désirant un arrêt des soins. Mais le parlement allemand a bien pris garde de se tenir à l’écart du champ miné de l’aide active au suicide.

Tous les groupes parlementaires ont admis la nécessité d’une telle loi, qui permettrait de lever beaucoup d’ambiguïtés dans les rapports entre patients et médecins. Il s’agit de déterminer dans quels cas le médecin sera lié aux volontés exprimées clairement par le patient de ne pas prolonger sa fin de vie et dans quels cas un tribunal pourrait être amené à trancher, notamment quant à la «volonté présumée» du malade. Mais une forte division est apparue, révélant les profondes divergences d’appréciation philosophique ou religieuse.

Pour un courant conservateur regroupant aussi bien des députés chrétiens-démocrates, socialistes que «verts», la vie doit avoir la priorité et le médecin ne peut interrompre les traitements qu’en cas de mort inéluctable. Leur crainte: un glissement imperceptible de l’euthanasie passive à l’euthanasie active. A l’opposé, soutenus par la ministre de la Justice, Brigitte Zypries, des députés souhaitent que la volonté clairement exprimée du patient soit respectée, même face à une situation plus incertaine. D’un côté, priorité à la vie, même contre l’avis du malade, de l’autre le droit de chacun à choisir sa fin dans la dignité et à refuser une longue agonie.

Le dilemme des médecins

Aujourd’hui déjà la Chambre fédérale des médecins met au premier plan le respect de la volonté du patient. Il existe un formulaire d’intentions, qui toutefois n’a pas de valeur juridique impérative. Mais souvent les médecins sont pris entre deux exigences. D’un côté, selon la jurisprudence actuelle, le corps médical est autorisé à interrompre les soins intensifs visant uniquement à prolonger la vie si le patient en a explicitement exprimé la volonté et que le décès est prévisible à court terme. De l’autre, le médecin a un devoir d’assistance dès que le patient perd la maîtrise de la situation. De plus, il ne peut, même avec l’accord du patient, arrêter des soins généraux comme l’alimentation ou l’hydratation artificielle. Or, récemment, des jugements très controversés ont admis, dans des cas de comas profonds, la fin de l’alimentation artificielle.

Yves Petignat, Berlin