Vaud-Genève: les deux Instituts de médecine légale fusionnent
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Samedi 21 avril 2007
CONCENTRATION. La création du nouveau Centre universitaire romand de médecine légale se fera d’icià la fin de l’année. Ce pôle lémanique est le troisièmedu genre, après la médecine de transplantation et la neurochirurgie. Il sera dirigé par le professeur Patrice Mangin.
«Vous savez ce qui est cocasse? Lorsque j’ai été engagé pour diriger la médecine légale à Lausanne, il était stipulé dans mon cahier des charges que je devais «développer le partenariat Vaud-Genève». C’était en 1996!» Onze ans plus tard, Patrice Mangin fait bien plus qu’orchestrer un rapprochement. Il opère une fusion. Avant la fin de l’année, les deux Instituts universitaires de médecine légale de Genève et de Lausanne ne formeront plus qu’un seul pôle d’examens, de recherche et d’enseignement, sous sa direction.
Davantage d’efficacité
Le nouveau Centre romand gardera néanmoins sa double localisation, au CMU et rue du Bugnon 21. «Les tâches de proximité seront maintenues des deux côtés», explique Patrice Mangin. Comprenez, tout ce qui est demandé par la justice: autopsies, analyse externe des corps, examen des victimes de blessures et de viols. Ainsi que la médecine du trafic (aptitude à conduire des personnes âgées, des malades, des toxicomanes).
«Du côté des laboratoires, par contre, il y a clairement des doublons, souligne-t-il. Toutes les analyses génétiques, comme le décodage de l’ADN, et tout ce qui relève de la toxicologie pourraient être concentrés, pour davantage d’efficacité. En augmentant notre masse critique, nous nous placerons à l’échelle des grands instituts européens comme Lyon et Düsseldorf. Nous nous situerons juste après Zurich. La qualité de l’enseignement y gagnera; un atout qui n’est pas négligeable, car nous avons une relève importante à former. » Les aspirants en sciences forensiques sont en effet de plus en plus nombreux, principalement des femmes.
Futur centre d’excellence
Quant aux spécialités locales, elles restent à leur place: la lutte antidopage à Lausanne; la psychiatrie légale, le droit médical et la médecine légale humanitaire, à Genève. En outre, il est affirmé haut et clair que ce regroupement ne coûtera sa place à personne. Et pour faire aboutir le projet, on a attendu le départ à la retraite de l’actuel directeur de l’Institut de Genève, le professeur Tim Harding.
«Les autorités n’ont pas encore réglé toutes les procédures, comme les salaires, les caisses de retraite, etc. On vient juste de me demander de me charger de ces réglages et de rester à mon poste quelques mois supplémentaires, jusqu’en octobre», annonce Tim Harding, qui se dit «ravi de la création de ce futur centre d’excellence romand».
Quelques grincements
A Genève, on applaudit des deux mains cette concentration: «J’y suis totalement favorable, commente Bernard Gruson, directeur des Hôpitaux universitaires de Genève. Nous avons tout à gagner à de tels regroupements. Notre bassin de population n’est que de 2 millions d’habitants. Or la médecine légale requiert des plateaux techniques très chers et des équipes de plus en plus pointues. »
A Lausanne, cette fusion suscite bien quelques états d’âme en coulisses. Mais ils sont moins causés par le projet que par la migration au bout du lac, ne serait-ce qu’à mi-temps, du directeur de l’Institut vaudois de médecine légale. «Ces concentrations sont toujours douloureuses au début. Ce fut le cas pour la médecine de transplantation. Mais tout le monde finit par retrouver ses marques», affirme un observateur.
Le patron
«L’homme des fusions!»
Patrice Mangin est né le 9 juillet 1950 au Cameroun. Français, c’est à Paris qu’il effectue ses études de médecine, puis sa spécialisation à Strasbourg. A 40 ans, il en dirige l’Institut de médecine légale. En 1996, il prendla direction de celui de Lausanne. Vice-doyen puis doyen de la Faculté vaudoise de médecine, il est l’artisan de la création de la nouvelle entité regroupant la médecine et la biologie. «Je suis l’homme des fusions!» commente-t-il avec humour. Des créations également. Il a ouvert l’an dernier à Lausanne une Unité de médecine des violences. «Il est très important que les victimes soient reconnues et écoutées. Je me suis retrouvé un soir devant mon domicile avec un pistolet braqué sur moi. Je me suis fait délester de mon portefeuille. Cela ne m’a pas traumatisé outre mesure, mais j’ai réalisé que ça pouvait choquer profondément certaines personnes. »
Experts» suisses sur de grosses affaires internationales
Ces dernières années, la Suisse s’est illustrée sur la scène internationale par ses «experts». Une tradition de médecine légale humanitaire particulièrement développée à Genève par le professeur Tim Harding, que Patrice Mangin entend conserver au sein du nouveau Centre romand. Le professeur Patrice Mangin raconte quelques missions auxquelles il a participé.
GUANTÁNAMO 2006 Trois prisonniers sont retrouvés morts dans leur cellule. Les autorités américaines affirment qu’il s’agit de suicides par pendaison, ce que contestent les familles. Une ONG contacte Patrice Mangin. Il se rend avec trois collaborateurs au Yémen, patrie d’un des prisonniers, et procède à l’autopsie. «Conclusion? Il n’y a pas d’incompatibilité avec un décès par pendaison. Mais les éléments nous manquent pour être affirmatifs; certaines parties du corps n’ont pas été restituées, comme le larynx. Il y a des éléments troublants. »
LE VATICAN 1998 «Le professeur Krompecher et moi avons été contactés par la mère de Cédric Tornay, ce jeune garde suisse accusé d’avoir assassiné le commandant de la garde vaticane et son épouse avant de se donner la mort. Nous avons autopsié le corps. Mais nous n’avons pas pu aller plus loin dans notre enquête, car le Vatican a refusé de nous fournir la moindre information. »
PARIS 1997 Mohammed al-Fayed ne croit toujours pas aux explications fournies par la police française dans l’enquête concernant la mort de son fils et de la princesse Diana. «A sa demande, Thomas Krompecher, deux légistes britanniques et moi avons repris tout le dossier, notamment les analyses toxicologiques du chauffeur. Et nous y avons découvert des incohérences. L’homme avait dans le sang un taux de monoxyde de carbone inexplicable. Peut-être y a-t-il eu échange d’analyses?»
THAÏLANDE, TIMOR-ORIENTAL, BOSNIE, KOSOVO «Nous sommes souvent appelés pour des reconnaissances de corps dans des charniers, suite à des massacres. J’ai dû effectuer une évaluation au Timor-Oriental, où la situation était tellement catastrophique et les besoins si démesurés que les Nations Unies ont abandonné. »
Pascale Zimmermann

