H+ riposte à l’attaque de Comparis en présentant son projet qualité
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Vendredi, 24 août 2007
SUISSE. En point de mire, une comparaison nationale des établissements en 2010. Mais les obstacles sont importants, tout comme les questions méthodologiques.
Les hôpitaux promeuvent la qualité mais peinent encore à comparer leurs résultats
D’ici à 2010, les Suisses devraient disposer d’un tableau unifié leur permettant de comparer les performances de leurs hôpitaux. C’est la promesse qu’a faite jeudi H+, l’association faîtière de la branche. Un premier questionnaire a été rempli par deux tiers environ des hôpitaux cet été. Des résultats détaillés devraient être connus à la fin de l’année.
Avec cette annonce, faite à l’occasion de la présentation de la deuxième journée nationale des hôpitaux, le 8 septembre, H+ entend répondre aux chiffres lancés par Comparis mardi. Contrairement à ce que ces chiffres laissent entendre, la qualité des hôpitaux suisses est bonne, a martelé Charles Favre, conseiller national et président de H+. Les résultats mesurés soutiennent vaillamment la comparaison européenne et 85% des établissements sont engagés dans des processus actifs de promotion de la qualité.
Reste le problème auquel le programme présenté, H+ qualité, entend justement remédier: la dispersion des efforts et des données. Absence de pilotage de la santé au niveau fédéral, différences linguistiques et rivalités économiques en font un problème lancinant qui ne semble pas près d’être résolu.
Les hôpitaux universitaires genevois (HUG) et vaudois (CHUV), par exemple, ont été à l’origine de la création de Swiss-Noso, une association qui se charge de relever et de combattre les infections nosocomiales. Swiss-Noso publie ses résultats, qui portent sur un nombre croissant d’hôpitaux mais reste une initiative privée.
Méthodes divergentes
Deux hôpitaux sur trois pratiquent le relevé systématique des incidents critiques. Mais si CHUV et HUG se sont accordés sur une méthode, on est loin de l’uniformité. Harmoniser le processus est l’un des buts de la Fondation pour la sécurité des patients, qui regroupe des partenaires de la santé, une vingtaine de cantons et la Confédération.
De même, c’est en ordre dispersé qu’une majorité d’hôpitaux interrogent leurs patients sur leur degré de satisfaction. Faute d’accord sur l’adoption d’un des questionnaires reconnus internationalement, un modèle ad hoc, le PEQ («Patient’s experience questionnaire») est en voie d’élaboration.
L’initiative, dans ce cas, vient d’outre Sarine, dans le sillage d’un concept de qualité né à Zurich et concrétisé par l’association Outcome, à laquelle participent désormais également Berne, Soleure, Argovieet les caisses. Outcome a élaboré ses propres mesures de qualité, orientées sur le résultat et le vécu des patients.
Outcome est également associé aux travaux du CIQ (Service national de coordination et d’information pour l’assurance qualité). Ce dernier, qui a été transformé en société simple en 2004, avait reçu la mission de concrétiser la tâche conférée au Conseil fédéral par l’article 58 de la LAMal de veiller au contrôle de la qualité des soins dans l’assurance de base. Il réunit Santésuisse et H+. La Conférence des directeurs cantonaux de la Santé y a un statut d’observateur.
Le CIQ s’efforce de dégager des indicateurs de qualité valables pour toute la Suisse. Cela ne va pas de soi. Si l’étude des processus est précieuse pour les hôpitaux, les assureurs s’intéressent beaucoup plus aux résultats, un domaine dans lequel les hôpitaux sont d’une prudence de Sioux.
Tenir compte des patients
«Les hôpitaux universitaires, explique Jean-Blaise Wasserfallen, directeur médical adjoint du CHUV, concentrent les cas les plus lourds, ce qui influence logiquement leurs résultats en matière de mortalité, de réhospitalisation, etc. Si l’on compare ces chiffres avec ceux des hôpitaux plus petits qui leur envoient leurs patients les plus atteints, on arrive à une image inexacte.» Une pondération en fonction du profil de patientèle est donc nécessaire, mais les instruments pour y procéder avec précision manquent.
Les réticences des hôpitaux sont renforcées par la volonté de Santésuisse de lier l’exigence de qualité aux conventions tarifaires, derrière laquelle ils entrevoient la perspective de sanctions. Mais les choses avancent, relève Petra Busch, directrice du CIQ: «Nous avons réussi à nous mettre d’accord sur des indicateurs communs en matière de réadaptation et de psychiatrie.»
C’est un premier pas. H+ qualité vise, à terme, quinze indicateurs dont Bernard Weismüller, gérant de l’association, estime qu’ils pourraient être repris par le CIQ. Mais la démarche reste volontariste -et facultative. Les hôpitaux qui y adhèrent peuvent espérer en obtenir un label de qualité mais restent libres de se désolidariser si le projet cesse de leur convenir.
Reste la question centrale: que faire des résultats comparatifs le jour où on en disposera? H+ annonce une publication. Mais l’utilité de telles données pour les patients est limitée, prévient David Schwappach, professeur à l’Institut für Sucht und Gesundheitsforschung, à Zurich. «Dans les pays qui ont élaboré de telles données, les patients les utilisent très peu. Elles sont surtout utiles pour les hôpitaux eux-mêmes, qu’elles aident à s’améliorer. Mais on ne dispose pas encore d’un instrument sûr d’aide au choix rationnel et informé de l’hôpital.»
Sylvie Arsever

