< | >

Pierre-Yves Maillard met les assureurs maladie sous pression


Samedi, 25 août 2007

PRIMES VAUDOISES – Le conseiller d’Etat exige pour 2008 une baisse de 2,6%, quatre fois plus qu’admis par les caisses. Il veut voir diminuer leurs réserves, trop élevées.

Cette fois, il prend les devants. Agissant «préventivement», Pierre-Yves Maillard, chef du Département de la santé (DSAS), a rendu public, hier, le préavis du gouvernement sur les primes d’assurances maladie des Vaudois en 2008. S’il se réjouit de voir les assureurs eux-mêmes proposer une baisse moyenne de 0,6% (4,2% pour les enfants), pour la première fois depuis l’introduction de la LAMal, c’est brièvement. «Cette baisse devrait être nettement plus élevée, insiste-t-il, car les réserves vaudoises sont beaucoup trop importantes. »

464 millions de trop

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a donc reçu une demande de baisse moyenne de 2,6% (6,8% pour les enfants), qui prélèverait 75 millions de francs dans les réserves des assurances. Des réserves qui seront, à la fin de l’année, garnies de 771 millions de francs, 464 de plus que leur niveau légal minimal (voir tableau). «Les Vaudois ont déjà mis de côté presque le double du coût de leur futur Hôpital du Chablais», glisse le chef du DSAS. Il relève aussi que le canton a pratiquement réussi à maintenir ses prix hospitaliers à leur niveau de 2004: «Cette maîtrise doit se retrouver dans les primes. »

Pour l’assuré adulte, la baisse réclamée équivaudrait à une diminution moyenne de 9 fr. 60 sur 370, au lieu de 2 fr. 20. «Il ne s’agit pas de provoquer des à-coups, mais de modérer durablement les primes», juge le ministre.

Inégalités cantonales

Depuis son arrivée au Conseil d’Etat, fin 2004, Pierre-Yves Maillard pourfend les réserves des caisses. Hier, il a rappelé qu’en novembre 2005 le conseiller fédéral Pascal Couchepin s’était engagé à les ramener à leur niveau normal d’ici à 2010. En mai dernier, l’OFSP a par ailleurs enjoint aux assureurs de tenir compte des équilibres cantonaux et de ramener ces primes à leur niveau légal minimal.

«Si les réserves ne sont pas calculées pour chaque canton, les différences de primes entre cantons sont injustifiables», a souligné Pierre-Yves Maillard. Il note que si les réserves vaudoises, genevoises (lire ci-contre) et également zurichoises sont bien trop élevées, elles n’atteignaient en revanche, en moyenne suisse, qu’un taux de 18,3% en 2006. Pour Pierre-Yves Maillard, ces réserves sont insuffisantes dans des cantons bénéficiant de primes basses, comme Appenzell, Glaris, Obwald, Zoug, Schaffhouse ou Berne.

L’OFSP prudent

L’OFSP rendra dans un mois son verdict. Daniel Wiedmer, chef de la division de surveillance des caisses maladie, se montre prudent: «Les primes doivent correspondre aux coûts. Si elles sont trop élevées, il est clair que les réserves doivent être réinjectées dans le système. Nous allons tenir compte des remarques des cantons, mais un assureur travaille au niveau national, et c’est à ce niveau que son bilan doit être apprécié. »

Organe faîtier des assureurs, SantéSuisse n’a, à ce stade de la formation des primes, pas son mot à dire, relève son porte-parole, Nello Castelli. «Les assureurs font leurs propositions individuellement, en tenant compte de leurs réserves. Tout ce qu’on peut dire, c’est que celui qui veut en faire trop ne sera pas concurrentiel. »
MARTIAL TREZZINI/KEYSTONE

 

Genève demande aussi une baisse plus importante – de ses primes

Responsable genevois de la Santé publique, Pierre-François Unger est grosso modo sur la même ligne d’attaque que Pierre-Yves Maillard. «Dans notre canton, le taux des réserves accumulées par les assureurs est de 35%, ce qui est comparable au taux vaudois. » S’il veut bien admettre un certain bonus conjoncturel dû au placement en Bourse, et se montrer prudent, le magistrat genevois estime que la baisse, chez lui, «doit être au minimum de 3,5% pour les adultes, soit nettement plus haute que les 0,9% que proposent les assureurs. » C’est ce que demande le préavis transmis à l’OFSP.

Pour Pierre-François Unger, d’autre part, rendre public ces préavis cantonaux est une bonne chose: «Cela va obliger l’OFSP à motiver ses décisions. S’il ne nous accorde pas ce que nous réclamons, il va falloir qu’il dise pourquoi. » Jusqu’ici, c’était aux cantons de démontrer le bien-fondé de leur (éventuel) mécontentement.
L. Busslinger