Vaccin contre le cancer du col de l’utérus: Berne traîne
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Samedi, 25 août 2007
Toutes les filles de 11 à 14 ans devraient être vaccinées contre le HPV. Mais le vaccin n’est pas encore remboursé, et coûte cher. Le dossier est devenu une «patate chaude.»
Les recommandations de la Commission fédérale des vaccinations, transmises en avril au Conseil fédéral et publiées en juin, sont très claires: toutes les jeunes filles de 11 à 14 ans en Suisse devraient être vaccinées contre le HPV (Human Papilloma Virus). Et un vaccin de rattrapage doit être proposé à celles qui ont entre 15 et 19 ans. Le tout organisé dans le cadre scolaire et individuel, pour toucher toutes les jeunes filles.
Le vaccin disponible en Suisse (Gardasil) coûte près de 710 francs. Il n’est pas pris en charge par l’assurance maladie de base. Résultat: une médecine à deux vitesses. D’un côté, des jeunes filles informées, aisées et très bien protégées. De l’autre, celles dont les parents n’ont pas les moyens. Pour elles, le risque d’être infectées par un virus HPV est de 70%. Une femme infectée sur 4 ou 5 développera un cancer ou un précancer. 5000 femmes subissent en Suisse encore chaque année des traitements et une centaine d’entre elles décèdent.
Tant sur le plan médical qu’économique, le constat est positif. Le vaccin protège à 99% contre les deux formes de virus les plus dangereuses. Même si son prix est élevé, «les analyses médico-économiques conduites ont conclu à un rapport coût/bénéfice très favorable, comparable aux autres vaccinations recommandées en Suisse», conclut la Commission.
Des millions d’économies
Un programme national de vaccination coûterait 20 millions de francs. Aujourd’hui, le traitement de la maladie en Suisse revient à 10 millions et les coûts du dépistage, qui pourraient être réduits de moitié sans perte d’efficacité, sont de 150 à 180 millions. «Chaque mois qui passe sans décision laisse survenir des milliers de nouvelles infections dans le pays, qui causeront des centaines de lésions précancéreuses à des jeunes femmes», constate Claire-Anne Siegrist, présidente de la Commission fédérale pour les vaccinations.
Que se passe-t-il donc à Berne? «Je ne vois aucun élément objectif manquant aux décideurs pour décider», constate Peter Gutzwiller, conseiller national radical zurichois, médecin et grand spécialiste des questions de santé publique. Concrètement: le directeur de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) doit encore inscrire le médicament sur la liste des spécialités, ce qu’il ne souhaite pas faire avant d’avoir eu l’avis de deux commissions (celle des médicaments et celle des prestations). Elles n’ont pas encore fini de siéger. Les lenteurs sont imputables au calendrier et aux procédures, dit-on à Berne. La décision finale appartient au Département fédéral de l’intérieur. Au mieux, elle risquerait de tomber à la fin de l’année, voire début 2008. Restera à la mettre en œuvre. A quand un programme de vaccination à l’école? Et une information large aux familles? Impossible de le dire à ce stade.
Embarras
De son côté, l’association faîtière des médecins recommande le vaccin, pour toutes. Mais la FMH considère le prix du Gardasil trop élevé et renvoie à santésuisse, l’organe des assureurs. Même embarras. «Tous les acteurs souhaitent que le vaccin soit accessible à toutes les jeunes filles, mais il ne faut pas occulter la question du prix, trop élevé», dit le porte-parole de santésuisse. Un vaccin produit par une société concurrente devrait arriver sur le marché. Santésuisse attend donc de l’OFSP que celui-ci négocie «fermement» avec le producteur Sanofi, même si l’introduction du vaccin est d’ores et déjà économiquement positive. «Chacun se renvoie le dossier, telle une patate chaude, constate Peter Gutzwiller. Mais il faut décider en fonction des données actuelles. » Le professeur a interpellé le Conseil fédéral à la session de juin à propos de la lenteur de la décision et des «mesures envisagées dans l’immédiat pour que ce vaccin ne soit plus réservé aux familles économiquement aisées». Question restée sans réponse. «Il faut décider et avancer», insiste-t-il.
«Je suis surpris de voir qu’une fois de plus, on thématise sur une question de santé publique concernant les femmes. S’il s’agissait d’un cancer transmissible par voie sexuelle atteignant les hommes, je ne pense pas que les choses iraient si lentement», commente le médecin. Les vaccins contre le HPV sont déjà remboursés en Allemagne, en France, en Italie, aux Etats-Unis, au Canada et en Australie. Et en Suisse?
MADELEINE VON HOLZEN

