Selon un sondage, les Suisses passent encore trop souvent outre la posologie exacte.
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Mercredi, 29 août 2007
Conséquence: le problème de la résistance des bactéries à ces médicaments risque d’empirer.
Une fois sur dix, les antibiotiques sont mal utilisés en Suisse
A quand l’état d’urgence? En Suisse, la consommation inappropriée d’antibiotiques est en nette augmentation. Parmi les personnes auxquelles de tels médicaments ont été prescrits durant les deux dernières années,11% ont reconnu ne pas avoir respecté la posologie, contre seulement 4% en 2003. Cela alors que la population s’estime paradoxalement mieux consciente du problème induit par ce type de comportement, à savoir que les bactéries ciblées par ces médicaments deviennent de plus en plus résistantes. C’est ce qui ressort d’un sondage mené par l’institut gfs.bern auprès de 1226 personnes, sur mandat du Fonds national suisse de la recherche scientifique.
En 1941, lors de la vérification des effets antibiotiques de la pénicilline, l’euphorie fut générale. Mais très vite, Alexander Fleming, le père de ce nouveau type de médicaments, remarqua que certaines souches du staphylocoque doré (Staphylococcus aureus) pouvaient lui échapper. Le problème de résistance de certaines bactéries aux antibiotiques n’est donc pas récent. Mais il a pris beaucoup d’ampleur récemment.
«Il y a peine dix ans, en milieu hospitalier, on pouvait compter sur les doigts de la main les cas annuels d’infections difficiles ou impossibles à soigner à cause de la résistance du germe, disait Kathrin Mühlemann, infectiologue à l’Université de Berne, lors de la conclusion en avril du Programme national de recherches PNR 49 sur ce thème. Aujourd’hui, cela arrive presque chaque semaine…» Ainsi, dans les hôpitaux suisses, ce sont les staphylocoques défiant la méthicilline – jusqu’à 25% des souches – qui sont les plus redoutés. D’autres bactéries renforcent aussi leurs défenses, telle la fameuse Escherichia coli. En Suisse, ce phénomène entraîne chaque année un millier d’infections graves et quelque 80 décès.
Ses causes sont diverses: mauvais diagnostic (lorsque le patient souffre d’un virus et non d’une bactérie), non-respect des doses prescrites (boîtes non finies), résidus d’antibiotiques présents dans les denrées alimentaires (animales ou végétales), ou encore manque d’hygiène dans les hôpitaux. Avec à chaque fois pour effet de permettre aux germes de s’adapter (voir infographie ci-dessous).
Selon le sondage de gfs.bern, 64% des Suisses ont entendu parler de cette problématique, contre 54% en 2003. Dans le même temps, seules 72% des personnes interrogées se disent inquiètes à ce sujet; elles étaient 80% en 2003.
Comment expliquer ces chiffres? En 2003, suite à l’interdiction en 1999 d’user des antibiotiques dans l’élevage d’animaux de rente, la thématique était encore présente. «Mais depuis, celle-ci a perdu de son caractère émotionnel. On s’y est habitué. Or c’est exactement cela qui expliquerait l’augmentation de la consommation inappropriée d’antibiotiques, analyse Lukas Golder, directeur de l’étude. Nos données l’indiquent: moins les gens ont peur, moins ils s’en tiennent à la posologie.» Et le chercheur de cibler le nœud du problème: «Les gens ne font pas un lien direct entre leur comportement individuel – ne pas prendre correctement leurs antibiotiques – et le problème général commun, à savoir la résistance croissante des bactéries.»
A noter que le degré de consommation erroné est beaucoup plus important au Tessin (34%) qu’en Suisse alémanique (12%) ou en Suisse romande (4%). «Cela s’explique peut-être par la proximité du Tessin avec l’Italie, tente Lukas Golder. Car la problématique est plus présente en Europe du Sud.»
Que faire pour inverser la tendance? Les scientifiques ont longtemps cru pouvoir prendre de vitesse les bactéries en mettant au jour d’autres antibiotiques. A tel point que 59% des sondés pensent que la médecine moderne réussira à garder la main haute sur le problème. Or seuls deux grandes classes de nouveaux médicaments ont été découvertes depuis 1960. Et les recherches sont délaissées par l’industrie pharmaceutique.
«Plus qu’évoquer le problème dans le grand public, il vaut mieux sensibiliser, par le biais des médecins, les gens sur le lien direct entre leur comportement et le problème général», estime Karim Boubaker, responsable des maladies infectieuses à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Autre solution, évoquée par Jean-Claude Piffaretti, président du Comité de direction du PNR 49: «Consommer moins d’antibiotiques, mais mieux!» A ce sujet, les médecins sont parfois accusés de prescrire trop facilement ce genre de médicaments: «Je ne connais aucune étude démontrant qu’ils le font à tort, réplique le professeur. A l’inverse, ce sont souvent les patients qui exigent des antibiotiques de leur médecin.»
Pour accélérer le mouvement, Jean-Claude Piffaretti juge aussi urgent de poursuivre l’établissement du Centre national de référence de la résistance, à Berne. «Ce centre, qui sera l’un des meilleurs du monde, permettra de suivre l’évolution du problème et d’évaluer l’impact des actions entreprises.»
Mais il reste à trouver les 700000 francs par an nécessaires à son fonctionnement. «L’OFSP et l’Université de Berne participeront pour une partie. Les cantons et les hôpitaux doivent s’accorder pour couvrir le reste.» Le financement devrait être complet dès 2008, les subventions au monitorage actuel découlant du PNR 49 cessant à la fin de 2007.

