Pionniers sous pression de la télé-radiologie
PME Magazine
Vendredi, 28 septembre 2007
Imagerie médicale
Dominique Fournier et ses associés anticipent l’évolution rapide du secteur de la santé en créant un réseau de radiologie privée sur de nouvelles bases économiques.
Les radiologues sont souvent perçus de manière assez curieuse dans les autres disciplines médicales. Ces «techniciens» ne tirent-ils pas des revenus relativement élevés d’actes médicaux nécessitant apparemment moins de compétences et de temps que bien d’autres? La «belle» époque de cette radiologie semble toutefois révolue. Dominique Fournier en est convaincu depuis longtemps: les besoins en imagerie médicale ne vont cesser de croître, la pénurie de radiologue va s’accentuer.
Il s’agit en fait de faire face à un doublement de la charge de travail tous les dix ans avec de moins en moins de radiologues (diminution de 10% des radiologues en formation tous les trois ans. Mais les prix et les marges ne vont pas exploser. Au contraire. Soumis à des pressions extérieures continuelles sur les coûts, le marché de la santé ne répond plus guère aux mécanismes de l’offre et de la demande.
Depuis 2000, à partir de son Institut de radiologie, basé à Sion (IRS), Dominique Fournier a développé un réseau de quatre antennes en Suisse romande. Doté évidemment d’équipements parfaitement à jour, orientés sur le concept de la télé-radiologie. La radiologie à distance. Dernière implantation en date, ce printemps à Morges: le Centre d’imagerie médicale de Morges (CIM). Les autres entités étant à Monthey, Viège et à La Tour-de-Peilz (Centre d’imagerie de la Riviera, CIR). IRS, qui emploie 20 collaborateurs, a réalisé en 2006 un chiffre d’affaires de plus de 5 millions de francs, en progression de 15%. Les perspectives pour 2007 du groupe dépassent 10 millions. L’implantation dans de plus grandes agglomérations – Genève et Lausanne en particulier – est envisagée.
Pression. La difficulté de recrutement des compétences s’accentue, tant pour les hôpitaux que pour le secteur privé. D’où une pression et une instabilité dans cette branche, qui compliquent la création d’équipes soudées et performantes. Le recours à des ressources humaines importées n’est qu’une mesure palliative. «La solution ne peut venir que d’une remise en question fondamentale de notre manière de travailler. Les radiologues doivent augmenter leur productivité. La mise en réseau de centres, le développement de partenariats public-privé, le télé-secrétariat et la télé-radiologie vont dans ce sens.»
Avec les progrès réalisés dans la transmission des données, les images générées sur les différents sites peuvent être visionnées depuis n’importe quel autre centre. Le spécialiste de telle pathologie peut procéder à un diagnostic à distance. «Aux Etats-Unis, précise Dominique Fournier, les télé-radiologues s’installent dans des modules futuristes. Ils ont des sièges ergonomiques, inclinables, équipés d’un appuie-tête et d’un système pour boire, disposés devant un mur d’écrans sur lesquels leur parviennent des images venues d’hôpitaux et de centres privés de tout le pays. Ils peuvent de cette manière travailler plus efficacement.»
Télé-diagnostics. Sur les sites principaux de Sion, Morges et La Tour-de-Peilz, on découvre déjà des écrans d’une extraordinaire définition de 3 à 5 millions de pixels qui autorisent de tels télé-diagnostics, de même que la télé-expertise (deuxième avis). Baptisé RadOffice, ce système a été conçu par WDS Technologies à Genève. Il repose sur la connexion informatique des différents instituts régionaux à travers un réseau ADSL pro de Swisscom. WDS est d’ailleurs partenaire de Dominique Fournier dans la mise du réseau en Suisse romande, dont l’investissement en fonds propres a largement dépassé le million de francs. Pourquoi de tels systèmes ne se développent-ils pas plus rapidement? Tout radiologue ne se sent pas forcément concerné par la question de savoir comment il devra travailler dans trois, cinq ou dix ans. La Suisse romande ne comptant qu’une vingtaine d’entreprises privées d’imagerie médicale, la plupart des radiologues sont des salariés d’hôpitaux ou de cliniques. Les remaniements tarifaires de Tarmed les concernent assez peu. Les radiologues indépendants sont au contraire incités à trouver des solutions innovantes.
Dévaluation. Après avoir convaincu plusieurs établissements bancaires, l’entreprise a eu également recours à une forme inhabituelle de leasing par l’intermédiaire d’une société spécialisée dans le médical (MDL – Medical Devices Lease à Genève).
La dévaluation du tarif des actes radiologiques imposée par Berne au début décembre 2006, qui a particulièrement touché le Valais pendant les 4 premiers mois de 2000, a aussi donné quelques sueurs froides. Actif dans des associations professionnelles cantonales et nationales, Dominique Fournier affirme consacrer beaucoup de temps à défendre les intérêts de la profession.
François Praz

