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Décès suite à un by-pass: deux médecins accusés


Mardi, 30 octobre 2007

JUSTICE Une jeune femme de 34 ans souffrant d’obésité était morte au CHUV en 2001, cinq jours après une opération de réduction de son estomac. Deux chirurgiens sont accusés d’homicide par négligence.


Le by-pass, tout le monde connaît depuis que l’épouse du syndic de Lausanne a publiquement expliqué comment et pourquoi elle vient d’en passer par là pour espérer vaincre son embonpoint. Plusieurs centaines d’opérations de ce type ont été pratiquées depuis 1995 au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Les risques de complications postopératoires sont estimés aujourd’hui à 3,7%. Ils étaient encore de 10% en 2001, à l’époque du drame. Jamais personne pourtant n’en était encore décédé et cela ne s’est plus produit depuis. C’est donc un cas exceptionnel qui occupe depuis hier le Tribunal correctionnel de Lausanne.

Un procès par ailleurs empreint d’une certaine nervosité. Il a fallu en effet près de sept ans pour boucler le dossier, et le 15 mars prochain toute action pénale sera prescrite.

Enchaînement fatal
Le 13 mars 2001, une patiente venue du Tessin, hospitalisée en privé, subissait un by-pass au CHUV. Le lendemain soir, elle se plaignait de douleurs dans l’abdomen. Au matin du 15 mars, son état avait empiré. On la transférait aux soins intensifs. A la mi-journée, le médecin qui l’avait opérée, ainsi que l’autre chirurgien qui s’en était aussi occupé, décidèrent de la réopérer. Ce fut fait par le second en compagnie d’un troisième vers 20 h 40. Ils constatèrent une fuite au niveau de l’agrafage «grand estomac» et cinq litres de liquide entérique dans le ventre. L’évolution fut catastrophique. La femme décéda le 18 mars.

Deux experts judiciaires estiment qu’en pareille situation, la réopération aurait dû être pratiquée sans attendre. Cela d’autant plus qu’une salle était libre avant 20 h. Les deux premiers chirurgiens sont accusés d’avoir perdu trop de temps. Pour Philippe Richard, avocat de la famille, il y a un lien direct entre ce retard et le décès. «Je ne pouvais pas réopérer à Lausanne, j’étais de garde à l’Hôpital de Monthey», répond le chirurgien qui pratiqua le by-pass, un médecin cadre comme il se doit, puisqu’il s’agissait d’une patiente admise en privé. «Moi j’étais déjà en train d’opérer en urgence depuis 10 h du matin jusqu’à 15 h», dit celui qui aurait dû reprendre le flambeau. De fait, il était «médecin trieur» au CHUV ce jour-là. C’est-à-dire qu’il lui incombait d’attribuer les salles d’opération en fonction du degré d’urgence. Un ange est passé lorsque la présidente lui a demandé comment il faisait pour trier en étant lui-même occupé à opérer.

Au fil des demandes de nouvelles expertises et des témoignages d’une vingtaine d’autres médecins, la situation n’a fait que se compliquer. «On va arriver à un dossier d’une confusion totale», prédit un avocat. La journée d’hier a commencé à lui donner raison. Le procès continue aujourd’hui. Il risque de durer bien davantage que les deux jours initialement prévus.
Georges-Marie Bécherraz