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Nestlé affine sa recherche sur les aliments conseillés aux cancéreux


Mercredi, 31 octobre 2007

RECHERCHE. La multinationale veveysanne met au point des aliments spéciaux destinés à aider les patients atteints de cancer à affronter une opération ou une chimiothérapie.


Nettement moins connus que Nespresso, Frigor et KitKat, Clinutren ou Impact n’en sont pas moins des produits de Nestlé. Il s’agit même des fers de lance de la contribution du groupe alimentaire suisse à l’atténuation des effets secondaires du cancer.

Un symposium, réunissant médecins et nutritionnistes, a fait le point sur cette question il y a quelques jours au centre de recherches Nestlé au-dessus de Lausanne. Aucun scientifique sérieux peut prétendre guérir un cancer par une alimentation adaptée et personnalisée. «Mais nous savons que les aliments constituent l’un des facteurs, avec par exemple l’âge, la génétique, ou le système immunitaire, qui ont une influence sur le développement des cellules cancéreuses», affirme Bruce German, professeur californien spécialiste du métabolisme.

Le rapport de cause à effet entre l’alimentation et la maladie est nettement plus clair en ce qui concerne le diabète ou les affections cardio-vasculaires, nuance pour sa part Michael Gibney, professeur à l’Université des sciences de la vie de Dublin. «En oncologie, les seules preuves irréfutables sont les effets cancérigènes de la fumée et d’une exposition trop forte aux rayons du soleil», explique-t-il.

Le rôle préventif d’une alimentation saine contre le cancer n’a pas pu être démontré par plusieurs études scientifiques. La plus vaste a enrôlé près de 50000 femmes âgées de 50 à 79 ans. 480 d’entre elles ont développé un cancer de l’intestin, et 655 un cancer du sein, sans différence statistique significative en faveur de celles ayant suivi un régime faible en graisse et riche en fruits, légumes et céréales. Une autre étude, réalisée avec la participation de 30000 fumeurs, n’a démontré aucun effet positif d’un apport en vitamine E, et même un effet négatif des suppléments alimentaires à base de bêta-carotène.

Si l’effet préventif anticancéreux de certains aliments reste à prouver, l’apport bénéfique d’une alimentation adaptée aux patients durant les semaines entourant l’ablation d’une tumeur est démontré. Les substances permettant de mieux supporter les effets secondaires de l’opération et de récupérer plus vite sont notamment les acides gras omega-3, l’arginine, et la glutamine. Certains produits alimentaires adaptés réduisent aussi les inflammations des muqueuses ou les nausées liées à une chimiothérapie. Mais dans ce dernier domaine, comme le confirme Pierre Déchelotte, professeur d’alimentation clinique à l’Université de Rouen, d’autres études, notamment en cours en Australie et en France, doivent confirmer ces résultats.

Croissance au-delà de 7%
Après le rachat, pour 2,5 milliards de dollars en décembre 2006, des affaires d’alimentation médicale de Novartis, Nestlé occupe le deuxième rang mondial dans ce secteur, derrière l’américain Abbott. «Notre objectif est de croître plus vite que le marché, soit au-delà de 7% afin de devenir numéro un», affirme Richard Laube, responsable de la division nutrition qui constitue, avec l’alimentation pour bébés et pour sportifs, 10% du chiffre d’affaires du groupe, soit près de 10 milliards de dollars.
Willy Boder