< | >

«Il est difficile de sanctionner un médecin déviant»


Mercredi, 28 novembre 2007

SANTÉ Comment réagit l’Association des médecins lorsqu’un confrère multiplie les erreurs? 


Alors qu’un gynécologue de Lancy a été sanctionné par la Commission de surveillance des professions de la santé («Tribune» des 7 et 10 novembre), plusieurs lectrices disent avoir été victimes de ses diagnostics erronés. L’une d’elles, dont le cancer du sein a échappé à ce praticien, avait alerté l’Association des médecins de Genève (AMG). Interview de son président, le Dr Pierre-Alain Schneider.

Comment un médecin peut-il accumuler les erreurs sans que personne ne réagisse?
Cette histoire est dramatique, j’en suis malheureux et honteux pour la profession. Mais l’AMG est une association privée qui n’a aucune tâche de surveillance. Elle agit uniquement sur plainte d’un patient, ou d’un confrère.

Justement, une dame s’est plainte de ce gynécologue en 1999 déjà. L’AMG n’a pas réagi.
On a conseillé à cette dame une expertise extrajudiciaire. Nous avons une commission de déontologie, mais les erreurs de diagnostic ne sont pas de son ressort. Elle intervient si un médecin néglige son patient, ne le respecte pas, ou n’agit pas au plus près de sa conscience. Cela dit, si un confrère travaille mal, commet une faute réelle, on peut agir.

Comment?
J’apprécie de recevoir les lettres de patients qui estiment ne pas avoir été bien pris en charge. Ceci nous alerte. Nous pouvons demander des explications au médecin visé.

Vous pouvez aussi sanctionner.
Oui, par une amende, une suspension ou une exclusion, qui peut être publiée dans notre bulletin, ce qui est très fâcheux pour la réputation du médecin. Actuellement, une exclusion est en suspens. Sa publication est retardée car le médecin multiplie les recours. Le système ne permet pas de sanctionner facilement un médecin déviant.

On se souvient du médecin «masseur» accusé d’abuser de ses patientes. Qu’est-il devenu?
Le Conseil d’Etat l’avait radié définitivement. Il a recouru. Le Tribunal administratif a annulé cette radiation et prononcé une suspension de six mois. Ce médecin possède donc à nouveau son droit de pratique, mais n’est plus membre de l’AMG, qui l’avait radié. Le droit de pratique ne dépend pas de nous, c’est parfois décourageant. Mais je pense honnêtement que très peu de médecins font systématiquement du mauvais travail.

Le gynécologue de Lancy a évoqué la pression des assureurs pour prescrire moins d’examens. Qu’en est-il?
La pression n’est pas directe. Santésuisse opère une moyenne des coûts par patient pour chaque médecin. La plupart des praticiens font le maximum pour leurs patients. Mais le jour où ils sont pris dans le filet des assureurs, ils vont contrôler leurs coûts. Il est inévitable que s’ils hésitent, ils choisiront la solution la moins coûteuse.

Ce type de contrôle a donc des effets pervers.
Le problème, c’est qu’un médecin qui montre très peu d’intérêts pour les cas lourds aura des coûts inférieurs à celui qui soigne, par exemple, des séropositifs. Du point de vue des assurances, on peut penser que le gynécologue de Lancy a été très rigoureux dans la prescription de la mammographie et le féliciter. Or il semble qu’il a été trop économe voire négligent.

Comment améliorer ce contrôle?
Au lieu de traquer ceux qui dépensent le plus, on pourrait s’intéresser aux médecins qui dépensent le moins. Soit ils ont très bien sélectionné leurs patients. Soit ils ne vont pas au fond des choses. Je regrette la disparition de la commission paritaire qui permettait, entre assureurs et médecins, de discuter des cas problématiques.
Sophie Davaris