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Avancée d’un laboratoire vaudois dans la lutte anti-sida


Jeudi, 29 novembre 2007

HIV. La société Mymetics démontre sur des singes que l’on peut fermer la voie au virus en agissant sur les muqueuses.


La société Mymetics, basée à Nyon, a annoncé mercredi une avancée qu’elle juge décisive dans ses recherches pour un vaccin contre le sida. Ses derniers tests sur des macaques ont montré que plus de 90% des singes vaccinés avaient produit des anticorps contre le VIH. Il s’agit, et c’est là la particularité de ce vaccin, d’anticorps particuliers agissant au niveau des muqueuses et précisément appelés anticorps muqueux. L’idée est de bloquer l’entrée du virus dès les premiers instants après sa transmission afin de prévenir l’infection des toutes premières cellules.

La nouvelle tombe juste après que le laboratoire Merck a été contraint d’abandonner ses essais sur des volontaires avec le V520, car ce vaccin contre le VIH n’a pas eu d’effet protecteur contre le virus. Une immense déception, une de plus. Les résultats de Mymetics redonnent donc un peu d’espoir à la recherche, même si, en admettant que tout se passe au mieux, on ne peut envisager de commercialisation de ce vaccin avant dix à quinze ans. Retour sur ce premier succès avec Sylvain Fleury, vice-président et directeur scientifique de la société.

Le Temps: Qu’est-ce qui différencie votre vaccin des autres?
Sylvain Fleury: Le mode de transmission du virus le plus courant se fait lors de rapports sexuels qui exposent les muqueuses au VIH. C’est pourquoi nous avons choisi un vaccin qui stimule l’immunité au niveau des muqueuses génitales et intestinales, les deux grandes portes d’entrée du virus. Nous voulons empêcher le virus de passer cette barrière en mettant en place des anticorps muqueux comme première ligne de défense. Pour le moment, nous sommes les seuls à avoir développé cette stratégie. En fait, notre vaccin cherche à mimer la nature puisqu’on trouve des anticorps muqueux IgA chez une minorité de personnes naturellement résistantes au sida. Il faut se souvenir que les muqueuses occupent dans notre corps quelque 400 m2. C’est le plus grand organe immunologique et nous avons intérêt à bien le stimuler.
La presque totalité des autres approches vise principalement la production de lymphocytes T, censés tuer le virus une fois qu’il a déjà infecté les cellules.

Et si le virus n’est pas arrêté à ce niveau?
Si le virus passe la barrière des muqueuses génitales, il se rend rapidement dans l’intestin où il entreprend de détruire massivement les cellules chargées de l’orchestration de la réponse immunitaire (lymphocytes TCD4+), situées justement sous la muqueuse intestinale.

Pourquoi êtes-vous les seuls dans cette approche?
On pensait que ce n’était pas possible, car tout vaccin doit normalement comporter un adjuvant, un composant qui augmente son efficacité. Or il n’existe pas d’adjuvant convenant aux muqueuses. Mais le vaccin que nous utilisons a une capacité adjuvante intrinsèque.

Par quel miracle?
Cela reste un mystère.

Le vaccin utilise-t-il les virosomes? 
Oui. Le virosome est dérivé du virus Influenza dont on ne conserve que la membrane et sur laquelle on greffe des antigènes du HIV. Ces antigènes sont censés induire une réponse immunitaire. L’avantage du virosome, c’est qu’il est utilisé à large échelle dans d’autres vaccins, grippe et hépatite. Nous savons qu’il est très bien toléré.

Et ensuite?
Nous allons commencer dès 2008 à tester le vaccin sur un groupe de femmes. Nous avons par ailleurs commencé de nouveaux essais sur les singes avec notre produit final qui sera un peu plus complexe. En 2010, nous testerons ce produit final sur un groupe d’hommes et de femmes. On ne peut donc imaginer avoir un vaccin sur le marché avant dix à quinze ans.

Beaucoup de vaccins contre le sida semblaient très prometteurs dans les essais sur les animaux puis se sont avérés très décevants chez l’homme.
On apprend beaucoup par les échecs. Et il faut se demander pourquoi les précédents vaccins n’ont pas fonctionné chez l’homme. Pour moi, c’est peut-être parce qu’ils n’ont pas réussi à induire une réponse immune performante au niveau de la muqueuse intestinale. Par ailleurs, le virosome n’a pas encore été utilisé dans un vaccin contre le sida. Comme il marche très bien dans les autres vaccins, cela peut améliorer nos chances.
Marie-Christine Petit-Pierre