Les recettes de mamies, entre vérité et supercheries
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Vendredi, 30 novembre 2007
Du bouquet de persil au savon glissé sous les draps: dix remèdes de grand-mère sous la loupe.
«Le truc de ma mamie pour ne pas être malade en voiture, c’était le bouquet de persil autour du cou», se souvient Elodie. Sans parler de l’aspect esthétique de la parure, le collier de persil n’a pas eu l’effet escompté. Elodie a souffert de nausées, l’odeur de l’herbe aromatique en sus. «Depuis je ne supporte plus le persil. »
Des recettes, des remèdes, des petits secrets de grand-mère, on en a tous. On en use et abuse, sans toujours être convaincu de l’efficacité de la chose. Petit florilège des combines à mamie, entre panacées et supercheries.
Du Carmol contre la nausée. Contre le mal des transports, il y a mieux que le persil: le Carmol (un mélange d’huiles essentielles et de menthol). «Quelques gouttes sur un sucre», confirme Brigitte Zirbs Savigny, médecin à Genève. Le remède vaut également pour soulager une gastro-entérite.
L’ail dans le pantalon. Outre qu’il chasse les vampires et le mauvais sort, l’ail ferait fuir aussi les vers intestinaux. On ne se moque donc pas de Fabrice qui, gamin, a été forcé de porter une gousse dans la poche de son pantalon.
L’action antiseptique de l’ail a été prouvée. Cependant, son effet est bactériostatique et «non bactéricide», précise la doctoresse Brigitte Zirbs Savigny. Autrement dit, l’ail stoppe l’ennemi, mais point ne l’achève.
L’oignon, ami et ennemi. Les combines pour éviter de verser des torrents de larmes quand on coupe un oignon sont légions. «On m’avait dit de mordre une cuillère. J’ai été ridicule pendant trente secondes, avant de fondre en larmes, bien sûr», avoue Michèle. Couper les oignons sous un filet d’eau froide, ou les glisser au préalable au congélateur, évite le port du masque à oxygène pour se protéger du gaz irritant dégagé par ce bulbe.
L’oignon a aussi des vertus. Quand ses enfants ont le nez bouché par un mauvais rhume, Isabel pose, le temps de la nuit, une coupelle remplie d’oignons émincés dans leur chambre, de quoi leur dégager les narines. «Ça marche. Mais ça pue!» atteste la mère de famille.
Vapeur d’eau. Contre les sinus encrassés, l’inhalation est en tête de liste des remèdes «maison». Elisabeth plonge sous un linge et respire les vapeurs d’un bol d’eau chaude. «Ah non, ça ne marche pas, mais quand on est désemparée…» Du thym, du citron, de l’eucalyptus, tout est bon pour parfumer et optimiser l’action de l’inhalation.
En revanche, il faut prendre gare au rinçage de nez, «qui remplit les oreilles en passant par la trompe d’Eustache et peut provoquer surdité et douleurs», prévient le docteur Zirbs Savigny.
Rhum contre rhume. Le grog est sans doute la potion de grand-mère préférée de grand-père. La recette prévoit un mélange de 2/3 de boisson chaude, lait ou tisane de tilleul de préférence, et 1/3 de rhum, ainsi que deux cuillères de miel. Le breuvage réchauffe, le cœur surtout.
Savonnette contre les crampes. Certains remèdes de grand-mère demandent une sacrée dose d’autosuggestion. «Contre les crampes il faut mettre une savonnette dans le lit», conseille en effet Annabelle. «Un savon de Marseille», précise même la doctoresse Zirbs Savigny. Avant d’ajouter: «ça marche souvent, c’est un vrai remède de grand-mère».
Un quignon de pain contre les flatulences. Sa grand-mère le faisait, sa mère le faisait, et donc il le fait. «Je mets un quignon de pain dans l’eau de cuisson des choux pour éviter leur effet… euh. » Oui, on a compris! Autre méthode pour le même résultat, faire cuire son chou en deux temps. La première cuisson permet d’éliminer les dérivés soufrés volatils responsables des mauvaises odeurs et des flatulences. Il faut donc retirer le légume avant la fin de la cuisson et poursuivre celle-ci dans une deuxième eau.
Le sel sur la tâche de vin. C’est un classique. Le «prost» a été brutal et joyeux, de votre verre une rasade de vin rouge s’est déversée sur la nappe blanche de tante Paulette. Pour éliminer l’auréole, tout le monde se précipite sur le sel et couvre la tache. Pour plus d’efficacité, on peut y ajouter du vin blanc ou de l’alcool ménager. Mais surtout, après ce sauvetage d’urgence, il faudrait lessiver immédiatement la nappe…
Le dentifrice multi-usage. Pour faire briller cuirs et bijoux, nettoyer la semelle d’un fer à repasser ou les touches du piano, rien de tel que le dentifrice, dont les propriétés abrasives permettent une intervention aussi douce qu’efficace. Il suffit de frotter les surfaces à traiter avec un chiffon sec et d’essuyer l’excédent avec un chiffon humide.
Un froc chasse-fantômes. On vous l’a gardée pour la fin, la palme du secret de mamie le plus «pointu» revient à la grand-mère d’Annabelle. «Contre les fantômes, elle posait un pantalon d’homme au pied du lit, avec une jambe retroussée. » La jambe, c’était la droite ou la gauche?
Estelle Lucien
«Des recettes de grands-mères… vraiment?»
Les «recettes de grands-mères» et autres «remèdes de bonnes femmes» suscitent un certain engouement. Mais pourquoi?
Pour Cornelia Hummel, sociologue à l’Université de Genève, il faut plonger assez profond dans les angoisses et l’imaginaire collectifs pour tenter une analyse. «Dans nos civilisations occidentales paternalistes, il y a régulièrement une crainte sur les risques de rupture du continuum social, en particulier de la transmission du savoir entre générations. »
Ainsi, aux XIXe et XXe siècles, en pleine ère de l’industrialisation et durant les deux Guerres Mondiales, lorsque les femmes travaillaient dans les usines pour remplacer les hommes, certains redoutaient qu’il n’en résulteun désordre social, du fait que les femmes, donc les mères, seraient moins souvent présentes au foyer pour éduquer leurs enfants. Bien sûr, les hommes transmettent aussi leur savoir. Mais celui-ci est plus technique, comme la mécanique, le bricolage ou le jardinage.
Certes, ce savoir est utile, mais pas vital, comme le sont la cuisine et les remèdes des femmes. Et, selon Cornelia Hummel, si cette angoisse sociale se focalise sur les femmes, c’est parce qu’elles sont considérées comme le noyau dur du couple et de la famille. «Et la famille a le statut de pierre angulaire de la société. Il y a donc une chaîne de représentation femme-famille- société. »
Or, d’après la scientifique, aucune étude sociologique ne permet de dire qu’il y a, ou non, aujourd’hui, un délitement dans les relations intergénérationnelles, et donc dans la transmission du savoir. «Je dirais plutôt qu’il y a une transformation du type de savoir que les femmes se transmettent entre elles: auparavant, elles (s’)apprenaient à élever leurs enfants et à tenir leur ménage. De nos jours, les mères enseignent plutôt à leurs filles comment, par exemple, gérer leurs vies professionnelle et privée, et parlent davantage avec elles de psychologie et de sexualité. Autrement dit, elles se transmettent plus un savoir qu’un savoir-faire. »
«La conséquence en est que le savoir-faire des femmes est récupéré», poursuit Cornelia Hummel. Par les médias et l’édition: il n’y a qu’à voir le retour des articles de style pratique dans la presse et l’impressionnante production de livres d’informations et de conseils pratiques.
«Il est aussi récupéré par l’industrie agroalimentaire et la grande distribution: le marketing utilise parfois l’image de la grand-mère pour jouer sur l’authenticité et le naturel de la recette utilisée, en essayant de nous faire croire qu’un café ou qu’un yoghourt aura le goût du «bon vieux temps» parce qu’il a été fait, respectivement, par «Grand-Mère» ou «Mamie Nova», alors qu’il s’agit là de produits industriels réalisés selon une recette qui est tout sauf ancienne et que ces grands-mères sont des icônes fabriquées de toutes pièces. »
Fabrice Breithaupt
Produit miracle
Le bicarbonate de soude
C’est la panacée. Le bicarbonate de soude, disponible en poudre fine au supermarché, en droguerie et en pharmacie, est un produit multi-usage. Son champ d’application va de la cuisine, à l’entretien de la maison, en passant par la beauté et la santé. Pêle-mêle, le bicarbonate, allège les gâteaux, facilite la digestion, rend les dents blanches, soigne la mauvaise haleine, neutralise les odeurs de poisson et d’ail, éteint le feu, soulage les fatigues musculaires, nourrit les fleurs coupées, dissout le calcaire. N’en jetez plus!
«Le bicarbonate de sodium a pour effet principal de tamponner l’eau et de neutraliser l’acidité», confirme André Cominoli, chimiste cantonal adjoint de Genève. «Ajouté à la fondue, il se transforme en gaz carbonique ce qui peut rendre plus digeste la préparation. » Enfin, le bicarbonate de soude n’est pas toxique, «qu’on en mette une pointe de couteau ou une cuillère à café, c’est pareil», précise le chimiste.
Estelle Lucien

