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Une nouvelle manière d’attaquer les cancers


Jeudi, 17 janvier 2008

RECHERCHE – Jürg Tschopp est le premier chercheur lausannois à décrocher le Prix Louis-Jeantet de médecine. Ses travaux pourraient révolutionner la lutte contre les tumeurs.


Les cellules du corps, leur vie, leur mort… Les scientifiques savent depuis longtemps déjà que les minuscules «briques» constituant les êtres humains ont une durée de vie limitée, et que la plupart d’entre elles doivent régulièrement mourir pour laisser la place à des remplaçantes plus fraîches.

Dans son laboratoire du département de biochimie de l’Université de Lausanne, Jürg Tschopp est parvenu à démontrer le rôle essentiel d’un système de molécules, appelé «complexe Fas», dans ce processus de «suicide» cellulaire. S’il fonctionne mal, les cellules se retrouvent en surnombre: c’est un cancer. S’il fonctionne trop bien, au contraire, il précipite leur destruction. «Or nous avons pu isoler un type de complexe Fas qui amène au suicide les cellules tumorales, et elles seules, en trente minutes!» annonce le chercheur.

Actuellement en première phase de tests cliniques, une méthode d’activation de ce complexe serait, en cas de succès, «révolutionnaire» pour le traitement des cancers, estime Jürg Tschopp.

Selon un mécanisme comparable, son équipe avait déjà développé une manière de traiter des maladies inflammatoires telles que la goutte, mais aussi l’hypertension, le diabète de type 2 et une dizaine d’autres troubles, provoquant un immense intérêt des entreprises pharmaceutiques.

Antichambre du Nobel
Jürg Tschopp pourra compter sur une manne extraordinaire de 700 000 francs pour poursuivre ses travaux: il est l’un des deux lauréats du Prix Louis-Jeantet de médecine 2008. Cette récompense jouit d’une aura particulière auprès des scientifiques: dotée de 1,4 million de francs par année, elle est attribuée à des chercheurs du domaine biomédical, selon des critères très stricts, par un comité d’éminents spécialistes. Plusieurs des lauréats gratifiés depuis 1986 ont d’ailleurs obtenu par la suite un Prix Nobel.

Ces deux consécrations, auxquelles s’ajoute un important soutien à la Faculté de médecine de l’Université de Genève, sont issues de la fortune personnelle de l’industriel français Louis Jeantet, installé à Genève depuis le milieu des années 1930. Mort sans héritiers en 1981, il avait lui-même préparé les statuts de la fondation qui porte son nom. Celle-ci fêtera ses 25 ans en octobre, et remettra ses trophées à cette occasion.

Cette année, l’autre moitié du pactole revient à Pascale Cossart, active à l’Institut Pasteur de Paris, pour ses recherches de longue haleine sur la bactérie responsable de la listériose.
EMMANUEL BARRAUD