Il voulait retrouver ses cheveux et on lui a massacré le crâne

Vendredi, 18 janvier 2008
Un médecin pratiquant la chirurgie capillaire est jugé par le Tribunal pour escroquerie et tentative d’escroquerie. Le prévenu promettait à ses patients une opération rapide et sûre. L’un d’eux porte plainte. D’autres sont très satisfaits.
Retrouver sa chevelure d’antan est le rêve de beaucoup d’hommes à un certain âge. Mais pour quelques-uns le parcours est semé d’embûches et se solde par un désastre. Les médecins qui pratiquent la chirurgie capillaire doivent avertir leurs patients des risques encourus et se montrer particulièrement prudents.
Le docteur V. l’a-t-il été? Hier, il comparaissait devant le Tribunal de police accusé d’escroquerie et de tentative d’escroquerie. Dans son acte d’accusation, le procureur Mascotto lui reproche d’avoir promis monts et merveilles à ses futurs clients et d’avoir induit au moins l’un d’eux en erreur.
Opération à 6000 francs
Ce généraliste dirige un cabinet intitulé Hair-for-Life dont il est le «head manager». Sur son site et dans les médias, il promet une opération de réimplantation sans douleurs ni séquelles avec des résultats durables «pour la vie». La publicité a disparu de la presse, mais plus de quatre ans après les faits, elle figure toujours sur son site. Il y précise que le succès de l’intervention est garanti à 100%.
Or, un jeune homme a vécu une expérience douloureuse avec ce médecin. A 22 ans, il souffrait déjà d’une calvitie naissante. Il a vu la publicité et a contacté le cabinet Hair-for-Life. Le docteur V. l’a encouragé à subir une opération. L’intervention a coûté 6000 francs et le résultat a été très laid: touffes isolées sur un crâne dégarni, ligne frontale asymétrique et beaucoup trop basse, douleurs, renflements et boursouflures. Le jeune homme a beaucoup souffert physiquement et psychologiquement. Il a porté plainte. Hier, pourtant, il ne s’est pas présenté à l’audience. Un accord financier a été trouvé. La victime a été indemnisée, elle a donc retiré sa constitution de partie civile.
Un expert médecin appelé à la rescousse a souligné que dans ce type d’opération comme dans toute autre, il faut le consentement éclairé du -patient. Le praticien doit lui donner toutes les informations nécessaires, y compris les risques de complication. Il signale qu’une opération de greffe de cheveux peut échouer, même si elle a été bien faite: «Il faut que ça prenne comme lorsqu’on plante un rosier dans son jardin.»
Dans le cas précis, il affirme avoir compté 180 greffes sur le crâne du client alors que le docteur V. maintient qu’il en a fait 380: «Après l’opération, ce patient a pris sa voiture, explique l’accusé. Son pneu a crevé, il est resté la tête au soleil durant une heure pour le réparer, c’était une période de canicule, les greffons ont dû tomber, c’est pourquoi il en reste si peu.» L’explication ne tient pas, selon l’expert.
Chevelu devant, chauve derrière
Ce dernier indique par ailleurs que les cheveux ont été plantés trop bas sur le front. Comme le jeune homme continuait à se dégarnir, il se serait retrouvé avec une couronne de cheveux sur le devant et rien derrière…
«Il s’agit d’un élément qui devait lui être signalé dès le départ, ajoute-t-il. Le patient aurait dû être averti qu’une deuxième greffe était nécessaire.» Il ne pense pas que le docteur V. a voulu sciemment tromper son client, «Mais il lui a fait prendre un risque.»
Quant à la publicité faite par son confrère, il ne veut pas la qualifier de mensongère, mais de «trop optimiste». Il ajoute: «Elle promet beaucoup plus que ce que cette technique peut offrir.»
Me Patrice Le Houelleur, avocat de l’inculpé, a plaidé l’acquittement: «Il n’y a pas de tromperie, tout au plus une exagération publicitaire. Il n’y a pas d’astuce non plus de la part de mon client. C’est peut-être un maladroit dans l’expression orale, un mauvais parleur, mais pas un escroc.»
Le jugement sera rendu ultérieurement.
Catherine Focas
«L’opération a changé ma vie»
Après l’audience, nous avons pu joindre le jeune plaignant. Il explique qu’il avait une calvitie naissante. «Ma dermatologue me donnait des médicaments qui enrayaient la chute, ça marchait bien. Je ne sais pas pourquoi je suis tout de même allé chez le docteur V. J’ai vu la publicité. Il m’a proposé une séance d’information. Il m’a promis des roses et des roses. Qu’on ne remarquerait pas la différence, ni en densité, ni en quantité. Que le résultat serait visible en quelques mois.
Après l’opération, mon crâne n’était vraiment pas beau et j’ai eu supermal. Lorsque je suis retourné le voir, j’ai eu l’impression qu’il voulait tirer profit de moi. J’ai également beaucoup souffert de la lenteur de la procédure: presque cinq ans pour en arriver à un procès! Jamais je n’aurais cru que la justice fonctionnait ainsi. En tout cas, ça n’encourage pas à porter plainte. Aujourd’hui, j’ai zappé, je ne veux plus rien savoir de toute cette histoire.» Le docteur V. conteste avoir promis à ce patient qu’il retrouverait une chevelure dense en quelques mois: «Ce n’est pas possible de donner ce genre d’assurance.»
Deux hommes nés en 1948 et en 1952 sont venus soutenir le médecin. Le premier a montré des photos de son crâne presque entièrement chauve avant l’opération. Aujourd’hui, on ne peut pas parler d’une chevelure fournie, mais il a des cheveux et il en est fier: «Regardez le travail effectué par le docteur V.! Vous voyez la différence? Avec moi, il a été très clair, il m’a dit qu’il faudrait trois interventions.» Le second témoin a subi deux opérations à cinq ans d’intervalle: «Dans ma famille, tout le monde souffre d’une calvitie précoce. Cette chirurgie a changé ma vie!» (cf)

