La Suisse souffre de la rougeole
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Jeudi, 28 février 2008
ÉPIDÉMIE La rougeole envahit le pays. Cette maladie peut provoquer des otites, des pneumonies et même entraîner le décès. La rougeole flambe de nouveau en Suisse. Depuis le début de l’année, 360 cas ont déjà été signalés.
Depuis une année, la Suisse enregistre la plus importante épidémie de rougeole observée après l’introduction, en 1999, de la déclaration obligatoire de cette maladie. Et elle se renforce encore.
«Le virus existe, il circule et provoque régulièrement des épidémies», constate Bernard Vaudaux, médecin responsable de l’unité d’infectiologie pédiatrique du CHUV. «Celle de l’année dernière a été très forte puis s’est calmée en fin d’année. Mais là, ça se réchauffe. » La preuve: depuis janvier, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a déjà recensé près de 360 cas.
Pourquoi la rougeole nous attaque?
«La cause de cette épidémie est simple. Le taux de vaccination en Suisse est insuffisant, explique le porte-parole de l’OFSP Jean-Louis Zurcher. En moyenne, seuls 86% des Helvètes sont vaccinés. Or il faudrait atteindre les 95% pour limiter l’épidémie. »
Quelle est l’ampleur de l’épidémie?
De novembre 2006 à la mi-janvier 2008, 1056 personnes ont été atteintes par le virus: 200 d’entre elles ont été hospitalisées et 52 pneumonies et 6 encéphalites ont été déclarées. ö Aujourd’hui, l’épidémie sévit surtout en Suisse alémanique. «La Suisse romande bénéficie d’une meilleure couverture vaccinale, car les gens acceptent plus facilement le vaccin», remarque le Pr David Nadal, de l’Hôpital des Enfants de Zurich. Il ajoute: «Dans les zones où le taux de vaccination est élevé, les individus immunisés font barrage et empêchent le virus de progresser. »
Qu’est-ce que la rougeole?
La rougeole, comme les oreillons, la rubéole ou la coqueluche, est une maladie virale très contagieuse. Elle se transmet par des gouttelettes de salive projetées en toussant. ö Les premiers symptômes sont de la fièvre, un rhume, une toux sèche irritante et une conjonctivite. De petits points et de fines stries blanchâtres apparaissent dans la bouche. ö Puis la fièvre diminue, avant de remonter jusqu’aux environs de 40 degrés, pouvant même provoquer des convulsions. Une éruption rougeâtre, tachetée, apparaît sur le visage et s’étend à tout le corps.
Comment ça se soigne?
Il n’existe pas de médicament efficace contre la rougeole. Normalement, l’éruption s’atténue et la fièvre diminue naturellement après deux ou trois jours. L’individu est alors protégé à vie contre toute autre réinfection par le virus.
Y a-t-il des risques de complications?
«Oui, cette maladie peut provoquer des otites, des sinusites et, très souvent, des pneumonies, répond Bernard Vaudaux. Car la rougeole est une infection respiratoire. Et le pire, c’est l’encéphalite (inflammation du cerveau). Elle touche un malade sur mille et peut être mortelle ou engendrer des séquelles cérébrales. » ö Une complication tardive, et très rare (un cas sur 200 000), peut également apparaître: la panencéphalite subaiguë sclérosante, toujours fatale. ö L’OFSP estime qu’il y aurait chaque année de 40 à 70 encéphalites et de 15 à 40 décès dus à la rougeole.
Quand faire le vaccin?
La Commission fédérale pour les vaccinations recommande de donner la première dose de vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) à 12 mois et la deuxième dose entre 15 et 24 mois. Les enfants et les adultes de moins de 40 ans qui n’ont pas encore reçu ces doses peuvent en bénéficier. ö Tous les enfants en bonne santé peuvent recevoir le vaccin ROR. En cas de maladie bénigne, il suffit de retarder la vaccination. Par contre, elle doit être évitée chez les femmes enceintes, chez les malades dont le système immunitaire est déficient ou ceux qui prennent un traitement immunosuppresseur (la cortisone en particulier). ö Le coût de la vaccination est intégralement pris en charge par l’assurance maladie obligatoire.
Pourquoi certains refusent le vaccin?
Le courant antivaccination a toujours existé, surtout en Suisse alémanique – on trouve, par exemple, moins de 80% de personnes vaccinées au ROR en Suisse centrale, contre plus de 90% à Genève. Ceux qui refusent le vaccin évoquent surtout la peur d’effets secondaires. Le ROR a même été suspecté de provoquer l’autisme ou des maladies inflammatoires intestinales. Ce qui a été démenti par de nombreuses recherches. ö De plus, beaucoup d’homéopathes estiment que le vaccin ROR est inutile et peut dérégler notre système immunitaire. «Deux de mes patients ont contracté les oreillons alors qu’ils avaient été vaccinés, explique le Dr Jean-Claude Mingard, médecin généraliste homéopathe vaudois. Pour moi le ROR protège mal et peu longtemps. Et il vaut mieux faire une rougeole enfant qu’adulte: c’est tout à fait gérable. Mais je ne dissuaderai pas un patient de se faire vacciner s’il le souhaite. Et je prône le ROR avant un voyage en Afrique. Là-bas, il y a vraiment des cas d’encéphalite…»
Gaëlle Cajeux et Renaud Michiels
«Il faut se faire vacciner»
Les vaccins sont-ils utiles ou peut-on s’en passer? Les réponses du Dr Jacques de Haller, président de la Fédération des médecins suisses (FMH).
Il y a une épidémie de rougeole: est-ce la faute aux antivaccins?
Chacun est libre d’accepter ou pas un traitement comme un vaccin et je n’ai pas à juger ses raisons personnelles. Par contre, ces choix individuels ont des conséquences globales sur la santé publique. Ils se font au détriment de la collectivité. Si tout le monde était vacciné, il n’y aurait pas d’épidémie.
Reste que le vaccin ROR, contre la rougeole, provoque des effets secondaires. On l’a même suspecté de provoquer l’autisme!
Il y a eu d’autres thèses étonnantes qui ont toutes été démenties. Avec les vaccins, comme pour tout soin, il n’existe pas de risque zéro. Reste qu’on ne vaccine pas pour faire plaisir aux industries pharmaceutiques: ces maladies font des dégâts importants. La rougeole peut provoquer des encéphalites ou des pneumonies. Et, de manière générale, ce qui est certain, c’est que les dommages de ces maladies sont bien plus importants que les éventuels effets secondaires des vaccins.
Des vaccinés ont quand même attrapé la maladie…
C’est possible. On peut aussi être allergique à l’aspirine, mais il m’arrive quand même d’en prendre si j’ai mal à la tête.
S’ils sont si utiles, pourquoi ne pas rendre les vaccins obligatoires?
Attacher une personne à un divan pour lui piquer les fesses? Non, ce n’est pas comme ça que je vois mon métier… Mais, en tant que médecin, j’ai vacciné mes enfants et je ne peux que répéter qu’il faut se faire vacciner. C’est la responsabilité de chacune et de chacun.
Gaëlle Cajeux et Renaud Michiels

