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Le CHUV passé au scalpel


Dimanche, 30 mars 2008

L’intrigue est moins glamour que celle de Grey’s Anatomy et la caméra plus crue que celle de Dr House.


Les apprentis chirurgiens ne passent pas leur temps à fricoter avec leurs supérieurs. Pas d’éclairage flatteur sur les acteurs, mais le halo lumineux étrange d’une salle d’opérations. Au revoir les séries télévisées hollywoodiennes, bienvenue au CHUV. Dans la réalité du service de chirurgie.

Tourné entièrement dans l’Hôpital universitaire vaudois par le réalisateur Benoît Rossel, le documentaire «Le théâtre des opérations», qui sera projeté ans les salles de cinéma de Suisse romande le 9 avril prochain, pousse les portes du bloc opératoire. Le film s’immisce dans ce monde à part où on n’aimerait mieux ne jamais devoir passer, il donne à voir ce qu’habituellement on préfère refouler.

«Une expérience quasi métaphysique»
«Comptez jusqu’à dix»… C’est normalement là que tout s’arrête, l’anesthésie générale, le trou noir. Aucun souvenir, et c’est tant mieux. Qui ne frisonne pas à l’idée de se retrouver sur une table d’opérations, ouvert, trituré, recousu?

«Voir un corps ouvert est une expérience très intense, quasi métaphysique qui ne ressemble en rien à ce qu’on peut voir dans un livre d’anatomie ou dans des séries comme Grey’s Anatomy, Urgences ou Nip/Tuck qui la plupart du temps ne se servent du bloc ou de l’hôpital que comme d’une toile de fond», explique Benoît Rossel qui a choisi d’aller au-delà des simulacres télévisés, au-delà des fantasmes que nous ne pouvons nous empêcher de projeter: «Pour moi, il y avait là un territoire secret et interdit à explorer».

Le réalisateur nous montre toute la mise en scène rituelle d’une opération. , le scalpel qui glisse dans la peau, les pinces qui écartent, les termes étranges échangés par les médecins, leurs agacements, leur humour parfois.

A travers le parcours quasi initiatique d’un jeune chirurgien, le film tente de donner corps à ces professionnels qui se passionnent pour ce qui nous dégoûte et nous fait peur.

Vieux renards et jeunes loups en blouses vertes se croisent, unis par une même fascination du corps humain et par un détachement forcé vis-à-vis de la mort. «On y pense jamais, sinon on ne ferait pas ce métier», confesse le Pr Michel Gillet.
Genevieve Comby

Sans fioritures, Benoît Rossel restitue un univers aseptisé et troublant à la fois. Ames sensibles s’abstenir.