Rougeole: la Suisse bonnet d’âne européen
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Samedi, 26 avril 2008
SANTE. L’OMS recommande aux supporters qui viendront en Suisse pour l’Eurofoot de se faire vacciner pour éviter qu’une épidémie se déclare en Europe. La raison: la Suisse présente un des taux de vaccination les plus faibles sur le continent.
C’est fait, l’Organisation mondiale de la santé recommande la vaccination contre la rougeole à tous ceux qui se rendront en Suisse et en Autriche pour l’Euro 2008. Sur son site la BBC prévient les sujets de sa Gracieuse Majesté: «Aller en Suisse est dangereux pour votre santé!» Comment en est-on arrivé là? Est-ce que vraiment la grand-messe de l’Eurofoot pourrait être le vecteur d’une épidémie européenne? Explications de Claire-Anne Siegrist, présidente de la Commission fédérale pour les vaccinations (CFV).
Le Temps: La décision de l’OMS est-elle pertinente?
Claire-Anne Siegrist: Oui, complètement, je partage les soucis des autorités. Même si la couverture vaccinale est meilleure ailleurs en Europe, il y a malgré tout quelques millions de personnes qui sont vulnérables à la rougeole et qui l’ignorent. On pense qu’environ 10% des gens qui viendront ne seront pas protégés. Or, des lieux comme les stades de foot sont des endroits privilégiés pour la transmission de cette maladie extrêmement contagieuse.
Il s’agira d’adultes, la rougeole n’est-elle pas une maladie infantile?
Elle l’était. Lorsqu’il n’y avait pas de vaccin tous les enfants attrapaient la rougeole, ils étaient donc immunisés à l’âge adulte et on considère que c’est encore le cas des plus de 45 ans. Mais cela a changé avec les campagnes de vaccination lancées en Europe dans les années 80-90. Car elles visaient les petits enfants et il n’y a pas eu beaucoup de rattrapage pour le reste de la population. On considère aujourd’hui que les personnes nées depuis les années 90 ont toutes les chances d’avoir été vaccinées. Mais il n’est pas certain qu’elles aient reçu les deux doses nécessaires à une bonne immunisation. Si bien qu’il y a toute une frange de la population qui est susceptible d’attraper la maladie. Chez nous, 30% des 2400 cas recensés cette année sont des personnes de plus de 15 ans – comme les cinq étudiants de l’Université de Lausanne déclarés cette semaine – et 3% ont plus de 40 ans.
La Suisse est-elle vraiment bonnet d’âne européen?
La Suisse alémanique, oui. A Genève la couverture vaccinale approche des 93%. Les variations sont très grandes selon les régions, mais avec 86% de moyenne la Suisse est pratiquement au même niveau que l’Afrique qui affiche 85% sur l’ensemble de son territoire. Il est vrai qu’il s’agit là des petits enfants, ce qui veut dire que des dizaines de millions de jeunes et d’adultes ne sont pas protégés. La situation est similaire en Amérique latine. Et lors de la Coupe du monde 2006 en Allemagne, les autorités de ces pays avaient des stands de vaccination dans les aéroports afin d’éviter une réimportation de la rougeole via les stades de foot.
Pourquoi l’Europe fait-elle mieux que la Suisse?
Les pays européens ont mené une vraie politique de prévention avec des campagnes d’information. L’Italie a réagi après l’épidémie de rougeole qui avait fait 20000 victimes en 2003 et causé la mort de quatre personnes. La France n’a pas attendu une épidémie et a lancé un programme d’élimination de la rougeole. En fait les pays européens ont signé en 1998 le plan d’élimination de la rougeole de l’OMS. La Suisse a aussi signé, mais elle ne l’a pas encore appliqué.
Les parents sont-ils toujours plus réticents à la vaccination?
Non. ll y a 3 à 4% d’irréductibles, mais malgré tout la couverture vaccinale augmente d’année en année. Mais beaucoup de personnes sont indécises, ce qui se traduit souvent par un retard dans les vaccins. Certains parents ont le sentiment qu’il vaut mieux laisser faire la nature et se décident seulement à l’adolescence pour le vaccin. Ce qui aboutit, dans le canton de Berne, à ce que 96% des ados soient vaccinés en fin de compte. Or s’ils étaient immunisés dans leurs premières années, la rougeole serait éliminée! C’est un mauvais calcul d’attendre, d’autant plus que les complications de la rougeole sont beaucoup plus graves si la maladie se déclare avant l’âge d’un an, ou après celui de 10 ans. Et il est erroné de croire que le système immunitaire est renforcé lorsque l’on «fait» la maladie. Au contraire, il est affaibli pendant des semaines. Enfin, il y a des parents qui renoncent à soumettre leur enfant à une seconde injection, or il faut deux doses pour que l’immunité soit efficace. En Suisse, l’épidémie actuelle touche 90% de personnes non vaccinées, 8% des personnes qui n’ont reçu qu’une dose et 2% qui en ont bien reçu deux mais dont le système immunitaire n’a pas réagi suffisamment.
Swissmedic, l’Institut de contrôle des médicaments, vient d’autoriser un nouveau vaccin. Pourquoi?
Il s’agit d’un vaccin actif uniquement contre la rougeole. Le vaccin traditionnel combine oreillons, rubéole et rougeole. Le monovaccin s’adresse à 5-10% d’enfants dont les parents n’acceptent que le vaccin de la rougeole à l’exclusion des autres. Ce monovaccin a été retiré du marché suisse fin 2007 car il était peu vendu. Le vaccin qui a été autorisé est importé d’Inde.
Comment savoir si l’on est convenablement immunisé?
Les personnes qui auraient des doutes devraient se faire vacciner, au moins avec une dose, ce qui protège à 90% et diminue les symptômes de la maladie. Cela ne comporte aucun risque car le système immunitaire d’une personne déjà vaccinée neutralise le vaccin. Et les personnes qui pensent n’avoir reçu qu’une dose devraient avoir une seconde injection pour une protection à 97%.
Et si l’on a été en contact avec un malade?
Il est possible de se faire vacciner dans les 72 heures. Les enfants trop petits pour être vaccinés, soit de moins de six mois, doivent être amenés à l’hôpital où ils recevront une perfusion d’anticorps. Cette surveillance des personnes qui ont été en contact avec un malade est très importante. Et les services des médecins cantonaux qui font ce travail sont actuellement sur les dents!
La Suisse, un si mauvais élève?
Oui!
Olivier Dessibourg
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise un taux de vaccination contre la rougeole de 95% de la population. En Suisse, il est de 86% seulement. Qu’en est-il dans les pays d’Europe, et surtout dans les quinze dont l’équipe nationale de football participera à l’Eurofoot et dont les supporters viendront en masse en Suisse? L’OMS tient les statistiques, avec les chiffres fournis volontairement par chaque pays. Sauf indication, les taux de vaccination suivants correspondent à l’année 2006 et tiennent compte de la première injection du vaccin (soit entre 12 et 15 mois normalement):
1. Russie: 99,25% 2. Pologne: 98,2% 3. Turquie: 98% 4. Espagne, Rép. tch. (2004): 96,9% 6. Roumanie (2005): 96,7% 7. Portugal: 96,69% 8. Pays-Bas (en 2005): 96,3% 9. Croatie (en 2005): 95,5% 10. Suède: 95,4% 11. Allemagne: 95% 12. Grèce (en 2004): 88% 13. Italie: 87% 14. Suisse et France (2004): 86% 16. Autriche: 80%

