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Suisse +40% de primes: les caisses maladie rêvent!


Dimanche 27 avril 2008 

La réforme de l’assurance-maladie, soumise au peuple le 1er juin, paraît obscure à beaucoup de monde, même si un premier sondage donne le «oui» gagnant.


Même la droite, qui a tricoté le projet au Parlement, se met à lâcher sa réforme, à l’image du PDC ce week-end. Mais, surtout, les grands assureurs du pays concoctent entre eux des plans insensés et contradictoires pour tirer parti d’un éventuel succès populaire. Un document explosif «Le Matin Dimanche» a obtenu copie d’un document signé du directeur de la Chrétienne sociale suisse, Georg Portmann. Il décrit comment le financement des hôpitaux devrait radicalement changer. Et les primes augmenter de 40% en moyenne. Oui, vous lisez bien, 40% d’augmentation! Le raisonnement qui aboutit à cette énormité est le suivant: la réforme prévoit que la facture des soins hospitaliers ne soit prise en charge plus que par une seule source, alors qu’actuellement les assurés en payent une partie et les cantons versent environ huit milliards de francs par année directement à leurs hôpitaux. La centralisation du financement est censée apporter plus de transparence et une meilleure maîtrise des coûts. Mais ce système pose un problème majeur: personne n’a envie que les huit milliards des cantons, et donc des contribuables, filent directement dans les caisses des assureurs. Pour contourner l’obstacle, la CSS imagine donc un modèle où les cantons ne versent plus rien du tout: «Les assureurs répercuteront les coûts totaux directement sur les primes qui augmenteront fortement, jusqu’à 40%», indique le document. Et les huit milliards des cantons? Ils devraient servir à augmenter les subsides déjà versés aux assurés les plus modestes «afin d’aménager l’augmentation des primes de manière à ce qu’elle soit socialement acceptable». Et quid des plus hauts revenus, de la classe moyenne, des familles? Le document de la CCS n’en dit rien et son service de communication s’embrouille dans ses explications quand on demande comment la caisse compte faire avaler pareille pilule aux assurés. Cacophonie au sommet Porte-parole, Céline Reymond Joneleit certifie pourtant que le modèle CSS a déjà l’appui d’Helsana, du Groupe Mutuel et de SantéSuisse. De quoi trembler! Le porte-parole de l’association faîtière de la branche, Nello Castelli, confirme que «le modèle CSS fait partie des solutions qui ont notre appui». Nous lui répétons alors la question qui tue: quid du 40% d’augmentation des primes et de tous ceux qui ne toucheront pas de subsides parce que leurs revenus seront trop hauts? «C’est totalement erroné d’imaginer le système ainsi, répond Nello Castelli. Pour nous, l’augmentation doit rester virtuelle. A savoir que chaque assuré, indépendamment de son salaire, recevra un subside couvrant l’intégralité de la hausse. » Le hic, c’est que le modèle de base, développé par la CSS, dit tout le contraire et parle bien de subsides à caractère social. Pareille cacophonie au sommet fait sourire la gauche: «Les assureurs se révèlent irresponsables alors qu’ils veulent plus de pouvoir!» commente Stéphane Rossini (PS/VS). Chez Pascal Couchepin, on se refuse à commenter des propositions que le ministre de la Santé n’a pas encore vues. «Mais voilà qui confirme ses craintes exprimées devant le Parlement: le projet a été insuffisamment préparé», note son porte-parole Jean-Marc Crevoisier.
Ludovic. Rocchi