Quand les pilules font des salades
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Mardi, 29 avril 2008
SANTÉ ● Avant de manger, lisez bien les notices de vos médicaments! On l’ignore souvent, mais certains aliments diminuent ou anéantissent les effets d’un traitement. Inventaire.
Ce n’est pas mortel, certes, mais il existe des risques d’interactions entre certains remèdes et des aliments ordinaires. Ainsi, le degré d’absorption d’un médicament par le corps peut être réduit ou diminué de moitié selon le contenu de l’estomac! «Selon mon expérience, le sujet est peu pris en considération.
Une enquête menée auprès des professionnels et des patients permettrait d’avoir une idée précise de la réalité», affirme Laurent Médioni, pharmacien cantonal fribourgeois. Heureusement, si les interactions entre les médicaments et les aliments sont nombreuses, les conséquences cliniques sont le plus souvent peu importantes. Mais tout de même: en mettant les choses au pire, les effets secondaires sont accrus et l’efficacité du traitement peut être «carrément anéantie», selon la Société suisse des pharmaciens (SSPh).
Les exemples ne manquent pas. Le jus de pamplemousse et le persil sont les deux ingrédients parmi les plus réputés à cet égard. Le premier multiplie les effets de certains anticholestérol. Le second produit le résultat inverse avec les anti-coagulants. Le roquefort et le camembert interfèrent avec certains antidépresseurs; les aliments cuits au charbon de bois favorisent l’élimination des médicaments antiasthmatiques, ce qui diminue leur absorption par l’organisme, ou biodisponibilité. Une étude a démontré que l’efficacité d’un broncho-dilatateur sur des enfants asthmatiques diminuait de 70% s’il était pris après le petit déjeuner, et non à jeun.
Les épinards, les brocolis, les choux de Bruxelles et le chou vert ne doivent pas être consommés en trop grande quantité avec des anticoagulants, au risque de voir baisser la biodisponibilité de ces derniers. Le jus de pamplemousse (encore lui!) peut modifier l’action des anticholestérol, alors que le jus d’orange est neutre. Les produits laitiers interagissent avec les antibiotiques de la famille des tétracyclines. En cause: le calcium, qui entrave leur absorption.
Ventre plein ou vide
La biodisponibilité de la ciclosporine, un anti-inflammatoire intestinal, diminue de 60% avec les aliments riches en potassium, comme la banane, l’avocat, le céleri-rave, le navet et la carotte. Le simple fait d’avoir le ventre plein – ou au contraire, vide – influence les propriétés d’un grand nombre de médicaments, notamment ceux dits «à effet retard». Au contact du contenu stomacal, ils peuvent libérer leurs subs-tances actives trop rapidement, d’où une probabilité de surdosage (on parle de «dose dumping»). «Des aliments riches en graisses, ou peu mâchés, peuvent ralentir le passage des médicaments dans l’estomac.
Un exemple: pris après un repas, le paracétamol, un analgésique courant, risque d’agir avec un effet considérablement retardé par rapport à une administration à jeun. Un autre exemple concerne les bêtabloquants, utilisés dans le traitement des troubles cardiaques. Pour certains d’entre eux, la biodisponibilité est augmentée par l’ingestion d’un repas, alors qu’elle est diminuée pour d’autres», explique Laurent Médioni.
On le voit, plusieurs grandes catégories de médicaments sont concernées. De même, l’éventail des aliments susceptibles de provoquer des interactions est assez vaste. Ail, charcuterie, coriandre, raisins, ananas – mais aussi le gruyère – sont impliqués dans de tels mécanismes. Tout aussi anecdotique: le thon peut être responsable de manifestations allergiques aiguës chez des personnes traitées avec l’isoniazide, un antituberculeux.
Bière, chianti et sauterne
L’alcool reste évidemment la composante la plus connue des mélanges déconseillés. Fait intéressant, toute boisson fermentée n’est pas notée de la même manière, la bière, le chianti et le sauterne étant plus fréquemment cités pour leur mauvaise influence… La caféine ne fait pas non plus très bon ménage avec les médicaments, en particulier avec les antibiotiques. Et bien sûr, inutile de rappeler que la cigarette n’arrange pas les bidons du malade.
«Je crois que nous faisons de gros efforts pour sensibiliser le public au fait que les médicaments ne sont pas des bonbons. Nous insistons pour qu’il comprenne que poser des questions ne coûte rien et que nous sommes là pour y répondre», déclare Marcel Mesnil, pharmacien et secrétaire général de la SSPh. «Nous informons les patients au moment où nous leur remettons les médicaments. Le problème est de savoir s’ils se souviennent ensuite de nos recommandations», ajoute-t-il.
«Parfois les conséquences peuvent être graves: augmentation des effets secondaires, par exemple. Il y a un risque de grossesse non désirée lorsque la pilule contraceptive a été rendue inefficace (dans certains cas, par la réglisse). Lorsqu’un antibiotique est neutralisé, il y a un risque d’infection bactérienne. En mettant les choses au pire, celle-ci peut devenir résistante et entraîner une septicémie!» Laurent Médioni conclut: «Il faut rappeler au patient qu’il devrait toujours lire la notice d’emballage du début à la fin.»
Francesca Sacco
Les «liaisons dangereuses» à éviter
Produits laitiers + ciprofloxacine (antibiotique)
Produits laitiers + norfloxacine (antibiotique)
Repas riche en graisse + albendazole (antiparasitaire intestinal)
Jus de pamplemousse, banane, avocat, céleri-rave, navet, carotte, pommes de terre + ciclosporine (anti-inflammatoire intestinal)
Charcuterie + cimetidine (contre l’ulcère de l’estomac et de l’intestin)
Charchuterie + disulfirame (pour le sevrage alcoolique)
Charcuterie + ethambutol (anti-tuberculeux)
Jus d’orange, café ou repas gras + alendronate (anti-tuberculeux)
Repas gras + antimalariques: lumefran-trine, atovaquone, méfloquine, halofantrine
Repas gras + péniccilamine (contre la polyarthrite rhumatoïde)
Repas + anti-VIH (didanosine, indinavir, saquinevir)
Repas + antibiotiques de différentes classes
Repas + ganciclovir (anti-herpétique)
Repas gras + itraconazole (antifongique)
Repas + cefetamet-pivoxil (antibactérien)
Gruyère, poissons, plats exotiques, raisin, ananas, + moclobémide (antidépresseur)
Fromages fermentés, bière, foie de volaille, chou, soja, édulcorants + iproniazide (antidépresseur)
Caféine + enoxacine (contre les infections urinaires)

