«Le personnel hospitalier souffre»

Mercredi, 30 juillet 2008
CONDITIONS DE TRAVAIL – L’accélération des réformes aux Hôpitaux universitaires de Genève pèse lourd sur les épaules des employés.
«Les équipes soignantes montrent des signes d’essoufflement.» Contre toute attente, ce sont les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) qui, par la voix de Brigitte Rorive, membre de la direction générale, posent ce constat. Plus qu’un coup de fatigue, les syndicats dénoncent, eux, un réel danger pour la santé du personnel. A mi-parcours de l’opération de restructuration Victoria, et alors que les réformes se succèdent, le manque d’effectifs se ferait cruellement sentir dans plusieurs services. C’est le cas en médecine interne où des négociations sont en cours pour obtenir des postes supplémentaires. «Certaines unités sont trop pourvues et d’autres pas assez, reconnaît Bernard Gruson, mais globalement, les effectifs sont suffisants.» D’ailleurs, selon le directeur général des HUG, aucun hôpital en Europe n’a un ratio entre le personnel et les patients aussi élevé.
«Rester factuel»
Néanmoins, «il peut y avoir des situations difficiles lorsque des diminutions d’effectifs ont lieu sans que les méthodes de travail n’aient été revues», souligne Mme Rorive. Les problèmes d’organisation des soins sont bien un facteur, admet Lucia Floris, déléguée du Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT), mais pas le seul.
«Avec la diminution du personnel, il est de plus en plus difficile de boucler les plannings», ajoute-t-elle. Ce qui, selon David Andenmatten, du Syndicat des services publics (SSP), contribue à la détérioration des conditions de travail. Fait nouveau, depuis quelques mois, le personnel frontalier retournerait travailler en France. «Les salaires y sont moins élevés mais les conditions de travail meilleures», explique le syndicaliste.
Mais les difficultés ne se font pas seulement ressentir dans les services directement touchés par des suppressions de postes. «En médecine interne et en chirurgie, explique Manuela Cattani, du SIT, les pathologies des patients traités sont de plus en plus lourdes.» Il en résulte une charge de travail supplémentaire à laquelle Victoria empêcherait de remédier.
«Le personnel souffre», dénonce pour sa part Suzy Castro, représentante du SSP. Cette dernière avoue avoir eu connaissance de situations dramatiques pour la santé des employés, dont plusieurs cas de tentatives de suicide1. Le syndicat vient d’ailleurs de lancer une pétition contre la détérioration des conditions de travail en psychiatrie.
Action-réaction
Il n’est pas question pour les HUG d’idéaliser
«La direction table trop sur le haut degré d’éthique et l’endurance du personnel, s’indigne Mme Cattani, il nous faut mettre le holà!» Cette année, les syndicats ont eu voix au chapitre sur les mesures Victoria. Mais, selon la permanente du SIT, leur position a peu été prise en compte. Cette consultation était un simple exercice formel.
Dès lors, la mobilisation du personnel semble la seule issue possible. «Mais avec toute les réformes engagées par les HUG, explique Mme Cattani, les employés sont désorientés et l’on peine à constituer un front d’opposition.» Depuis 2007, les actions de protestation sont restées sporadiques et sectorielles. Le SIT espère pouvoir créer un mouvement plus large d’ici à l’automne.
ELSA ANGHINOLFI
Note : 1Lire édition du 11 juillet

