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LE VACCIN N’APPORTE PAS FORCÉMENT UN BÉNÉFICE


Jeudi, 28 août 2008

Le congrès mondial de l’Union internationale contre le cancer a lieu ces jours à Genève. Franco Cavalli, oncologue, préside cet organisme.


Du 27 au 31 août, des spécialistes du monde entier, invités par l’Union internationale contre le cancer (UICC), se retrouvent à Genève sous le thème «Vers un vrai contrôle du cancer». Pascal Couchepin et Margaret Chan, directrice générale de l’OMS, y seront. Rencontre avec Franco Cavalli, oncologue et ancien conseiller national tessinois (PS), qui préside l’organisation.

On a de plus en plus le sentiment qu’on ne meurt plus vraiment du cancer, mais qu’on le contrôle, qu’on le gère, un peu comme une maladie chronique. Est-ce vraiment le cas?
La réponse dépend du pays où vous vivez et du type de cancer. Dans celui du sein par exemple, on a énormément progressé: autrefois, la médecine sauvait une malade sur trois; aujourd’hui, les deux tiers des patientes sont totalement guéries. Le troisième tiers vit par ailleurs beaucoup plus longtemps, un peu en effet comme avec une maladie chronique. De façon générale, on a considérablement amélioré le diagnostic et la prise en charge postopératoire pour détruire les micrométastases à un stade très précoce: cela a permis de réduire considérablement les rechutes. Mais, sur la totalité des malades qui décèdent d’un cancer, 80% proviennent du tiers-monde. Là, on est encore loin de ces résultats.

Pourquoi?
Parce qu’aux cancers des pauvres (foie, col de l’utérus, œsophage) commencent à s’associer les tumeurs des pays riches (prostate, sein, pancréas, poumons). Parce que le diagnostic est souvent très tardif. Et parce que les médicaments sont beaucoup trop chers. Il y a donc plus de tumeurs, moins vite détectées et pas ou mal soignées.

Est-ce que les vaccins pourraient être une solution?
On parle de «vaccin» dans le contexte du cancer pour deux choses différentes. D’une part, pour un procédé qui consiste à injecter une protéine donnée à des personnes déjà malades pour les aider à lutter contre la tumeur, d’autre part, dans un sens plus traditionnel pour parler d’une injection qui protège une personne «saine» contre des infections virales qui, à terme, peuvent conduire à un cancer – le cas le plus connu étant celui des papillomavirus dans le cancer du col de l’utérus. Mais ni l’un ni l’autre ne sont la panacée.

Ils sont pourtant présentés comme porteurs d’espoir…
Pour le premier type de «vaccin», les études se révèlent moins concluantes qu’on ne l’espérait: ce procédé ne marche pas bien. Pour ce qui est des papillomavirus, mon analyse est différente. Le vaccin est efficace contre les deux souches les plus virulentes, qui sont responsables de 80% des infections – c’est donc a priori une bonne nouvelle, et c’est bien ainsi que le produit a été marketé.

Mais vous êtes tout de même sceptique?
Oui. D’abord, seuls 7 à 8% des cancers sont chez nous liés à une infection. En Suisse, quarante femmes meurent chaque année du cancer du col de l’utérus. Ce sont en général des marginales, des prostituées – des femmes qui ont peu de suivi médical, ce qui explique que leurs infections ne soient pas traitées. Selon toute vraisemblance, cette population échappera aux campagnes de vaccination. Ensuite, éradiquer les deux souches les plus virulentes, que l’on connaît bien et que l’on sait traiter, pourrait donner un vrai coup de fouet aux autres souches, que l’on maîtrise moins bien. Enfin, les femmes qui font leur contrôle annuel chez leur gynécologue sont aujourd’hui déjà dépistées, soignées, et ne développent pas de cancer – le vaccin ne leur apportera pas grand bénéfice. Et une fois de plus, les femmes du tiers-monde qui, elles, en auraient besoin, ne peuvent pas se le payer. Mais c’est un progrès. Pas aussi génial qu’on veut bien le dire, mais un progrès quand même.

Quelle est votre solution pour que les pays pauvres aient accès aux médicaments contre le cancer, très chers?
Euh… il faudrait qu’Obama gagne les élections…

C’est-à-dire?
Les USA, c’est 60% du marché mondial. Tant que cet Etat laissera la pharma fixer les prix sur son territoire, le reste du monde les subira. Or, la position des républicains est claire: ils ne veulent pas réguler les prix. Le résultat de cette politique est une hausse constante. Comme les gens sont prêts à payer des sommes considérables pour se soigner, les nouveaux traitements atteignent des sommets: on est parti de thérapies qui coûtaient 400 francs par mois, on en est à 8000 aujourd’hui. Seul un changement politique à Washington pourra apporter des solutions.

Les grands groupes pharmaceutiques mettent en avant le coût de la recherche pour légitimer leurs prix…
D’abord, il n’y a rien de moins transparent que le bilan des groupes pharmaceutiques. Ensuite, tout dépend de ce que vous appelez «frais de recherche». Un voyage aux Maldives pour des médecins, sous prétexte de leur présenter les performances et caractéristiques d’une nouvelle substance, c’est sûr que ça coûte cher. Mais ça n’a plus grand rapport avec les frais de production du médicament

Vous avez plus de trente ans de pratique. Quand vous annoncez à un patient qu’il a un cancer, la réaction est-elle la même aujourd’hui qu’au début de votre carrière?
Les patients sont mieux informés: ils savent qu’il n’y a pas le cancer, mais des cancers, avec des pronostics très différenciés. Avant, ils craignaient qu’on leur cache la vérité sur la maladie; maintenant, c’est plutôt sur le type de tumeur: une «très méchante» ou seulement moyennement? Autre progrès: avant, les gens pensaient que cette maladie était contagieuse. Certains hommes ne faisaient plus l’amour à leur femme de peur d’être contaminés. Aujourd’hui, on a bien conscience du fait que ce n’est pas le cas, la maladie est moins taboue, les patients en parlent plus volontiers. Mais au moment de l’annonce, le choc est aussi grand – ou à peine moins: la peur existentielle reste très forte, même si les chances de guérir sont beaucoup plus grandes. Je dis toujours à une femme chez qui j’ai diagnostiqué une tumeur du sein au tout premier stade de son développement que son pronostic est au fond meilleur que si elle avait un diabète. Les patientes ont beaucoup de peine à me croire, mais, pourtant, c’est vrai.
PROPOS RECUEILLIS PAR SONIA ARNAL

«UN CANCER DU SEIN DIAGNOSTIQUÉ TRÈS TÔT A UN MEILLEUR PRONOSTIC QU’UN DIABÈTE .» Franco Cavalli

PROFIL – FRANCO CAVALLI

1942 Naissance à Locarno.
1961-1975 Etudes de médecine et spécialisation en oncologie aux Universités de Berne, Milan, Londres et Bruxelles.
1986 Professeur d’oncologie à l’Université de Berne.
1995 Conseiller national (PS).
2001-2004 Président de la Ligue suisse contre le cancer.
2006 Président de l’UICC (Union internationale contre le cancer).
CARLO REGUZZI TI-PRESS