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Les prématurés saturent l’enseignement spécialisé


Vendredi, 29 août 2008

Genève peine à scolariser tous les enfants handicapés, dont le nombre est en augmentation. Les progrès de la médecine, qui sauve de plusen plus de bébés prématurés, expliquent la situation.


En juillet, 87 enfants et adolescents handicapés sur 1734 attendaient une place dans l’enseignement spécialisé. A la rentrée, il en restait encore huit pour qui le Département de l’instruction publique n’avait pas trouvé de solution. Paradoxalement, cette explosion de la demande s’explique en grande partie par les progrès de la médecine, analysait le conseiller d’Etat Charles Beer vendredi passé: les grossesses à risque et multiples sont de plus en plus fréquentes, et le taux de mortalité des bébés prématurés est en baisse. Or, un enfant né avant terme présente plus de risques de souffrir d’un retard mental ou de développement.

«En Suisse et plus particulièrement à Genève, nous affichons l’un des plus forts taux de prématuration d’Europe: 10%», constate, sans pouvoir l’expliquer, le professeur Dominique Belli, médecin chef du service de pédiatrie de l’Hôpital.

Un bébé est dit prématuré s’il naît avant la 35e semaine de grossesse. «Mais dès la 32e semaine, nous ne rencontrons plus de problèmes», indique le professeur. C’est entre la 28e et la 32e que l’affaire se corse. Le taux de mortalité de ces tout petits enfants n’est que de 2%, mais le taux de morbidité des survivants, c’est-à-dire leur risque d’être en mauvaise santé, atteint 10%.

Avancées médicales
«Il y a quinze-vingt ans, le taux de mortalité de ces prématurés oscillait entre 35 et 40%, observe le médecin. Et il y a trente-cinq ans, on ne se battait pas pour un nourrisson n’atteignant pas le kilo. » Les progrès de la médecine sont passés par là. «En 2007, 3812 enfants sont nés à Genève, dont 108 entre la 28e et la 32e semaine. Onze d’entre eux étaient donc susceptibles de présenter des retards. »

La situation empire avant la 28e semaine. Le taux de mortalité atteint 80%. Parmi les bébés viables, deux sur cinq souffrent d’un défaut de développement. «Le risque global, c’est l’infirmité moteur cérébrale. Mais pour un enfant IMC, dix présentent de légers troubles de l’apprentissage, le retard le plus fréquent. »

Les avancées médicales n’expliquent pas seulement la baisse du taux de mortalité des prématurés. Elles causent aussi l’augmentation du nombre des naissances avant terme. Le développement de l’aide à la procréation favorise les grossesses multiples. «Lors d’une insémination artificielle, on crée plus souvent des jumeaux ou des triplés, note Dominique Belli. Dans ces cas-là, le taux de prématurité atteint 25%. »

Des mères âgées
Le professeur Stephan Eliez, directeur du service médico-pédagogique, complète. «Les grossesses à risque sont aussi liées à l’âge moyen auquel les Suissesses deviennent mères pour la première fois, peut-être en rapport avec le monde professionnel. C’est l’un des plus élevés d’Europe. » Il remarque aussi que «certains progrès de la médecine amènent à leur tour de nouveaux problèmes à résoudre». Dominique Belli renchérit. «Sans doute pourrons-nous encore diminuer le taux de mortalité des enfants prématurés. Mais sera-ce pour faire apparaître plus de morbidité?»

Si l’on couple ces phénomènes à la poussée démographique du canton (3300 naissances en 2003, 3800 en 2007), l’enseignement spécialisé n’est pas près de désemplir. Raison pour laquelle l’Etat prépare activement sa réorganisation.
Jérôme Faas