Signe des temps, certains médecins de garde se font payer comptant
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Vendredi 26 septembre 2008
Santé ● Débourser 50 ou 200 francs pour obtenir une consultation en urgence: cette condition est imposée par des médecins, qui en ont assez des mauvais payeurs.
L’affaire se passe durant l’été, dans la région fribourgeoise. Alors que son médecin est en vacances, un quinquagénaire ressent un malaise. La permanence médicale l’envoie vers un médecin de la ville, qui lui demande de prendre 200 francs cash pour la consultation. L’assuré, qui paie régulièrement ses primes, est surpris par cette exigence financière, pour ne pas dire en colère.
Pareil désagrément est vécu en août par un autre habitant du district de la Sarine. Lui, c’est 50 francs que lui réclame le médecin de garde avant consultation. N’ayant pas de liquide sur lui, il doit emprunter l’argent. Dépité par cette fâcheuse expérience, il va raconter sa déception dans une lettre de lecteur à «La Liberté». Le médecin de garde lui répondra par le même canal: «Ces dernières année nous sommes, hélas, confrontés à une explosion du nombre de notes d’honoraires qui restent impayées. Ceci est dû au fait que de plus en plus de patients insolvables ont recours à la garde médicale. Il est donc légitime que les consultations se payent comptant, le patient étant ensuite remboursé par sa caisse-maladie.»
Liberté du médecin
«Le médecin de garde est libre de demander un paiement comptant», confirme Jean-Jacques Marti, secrétaire général de la Société de médecine du canton de Fribourg. Une liberté répétée encore ce mercredi en séance du comité. «Les cas étaient pratiquement inexistants il y a dix ans. Aujourd’hui, à l’interne, je reçois une ou deux plaintes de médecins par mois», constate le secrétaire général. Les mauvais payeurs, explique-t-il, ont compris le système. Plutôt que de rembourser le praticien, «ils partent en vacances avec l’argent de l’assurance».
A ne pas généraliser
Pour Jean-Jacques Marti, l’intelligence voudrait que l’on ne systématise pas ce type d’encaissement cash. «Dans la grande majorité des cas, souligne-t-il, on a affaire à des personnes honnêtes, qui n’ont besoin que d’un secours momentané et spécifique.»
Un avis partagé par la Fédération des médecins suisses. Récemment interpellée par un praticien bernois, la FMH a répondu qu’un médecin «peut» exiger un paiement comptant ou une autre garantie financière lors de son service de garde. Mais que c’est une autre question de savoir s’il «doit» le faire. En effet, si cette pratique est légale, elle reste politiquement indésirable face aux nombreux patients qui paient leurs primes et leurs factures avec ponctualité.
Carte d’assuré inutile
Le paiement cash lors d’une consultation en urgence n’est pas non plus la bonne solution pour l’association faîtière des caisses-maladie, santésuisse. Pour Michel Reichenbach, son porte-parole, même s’il y a de mauvais payeurs, à terme les médecins sont payés, à condition bien sûr que la consultation soit faite dans le cadre de l’assurance obligatoire.
Pour lui, le risque découle du système dit du tiers garant, c’est-à-dire lorsque la facture n’est pas adressée directement à la caisse-maladie, mais au patient. «La solution la plus simple serait que les médecins de garde optent pour un système de tiers payant», estime-t-il. Ou alors qu’ils s’équipent d’un lecteur de cartes d’assurés, comme les pharmaciens l’ont fait. Ils pourraient alors connaître la couverture d’assurance du patient et savoir s’il ne paie pas ses primes. Et exiger du cash dans ces cas-là seulement.
Devoir d’assistance
Pour l’Organisation suisse des patients (OSP), le problème vient du fait que c’est au patient d’apporter la preuve qu’il est assuré. «Le problème sera peut-être résolu avec l’équipement informatique des médecins», espère Anne-Marie Bollier, déléguée de l’OSP pour la Suisse romande. Elle rappelle que les médecins ont un devoir d’assistance et, qu’à sa connaissance, aucun d’entre eux, pour le moment, n’a refusé de donner des soins, quelle que soit la situation financière du patient. Et même s’il ne s’agit que d’une urgence «de confort» et non d’une véritable «urgence médicale». En revanche, le médecin pourrait envoyer le patient aux urgences à l’hôpital. «C’est aussi une façon de sélectionner les bons risques financiers», commente la déléguée romande.
«Plus les politiciens voudront qu’on mette des règles de marché dans la santé, plus on aura des comportements de marché», souligne-t-elle encore. Selon elle, pourtant, dans le cas où les gens sont vraiment démunis, il y a toujours moyen de discuter avec le médecin. Et pour les autres, il y a des bancomats à tous les coins de rue…
Pascal Fleury

