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Elle se bat pour la mammographie


Samedi, 27 septembre 2008

CANCER DU SEIN. 80 femmes graviront le Breithorn pour sensibiliser la population à cette maladie qui touche une femme sur dix.
ZERMATT (VS) Avec la «cordée de la solidarité», le Dr Bettina Borisch espère réveiller
médecins et politiciens en matière de prévention du cancer du sein

En Suisse, comme en Europe, une femme sur dix est atteinte du cancer du sein au cours de sa vie. Mais les cicatrices physiques et psychiques laissées par cette maladie sont trop souvent ignorées. Pour renforcer la solidarité indispensable aux femmes touchées par ce cancer et sensibiliser la population, le Zonta Club Morges-La Côte et Europa Donna Suisse organisent ce week-end à Zermatt une «cordée de la solidarité».

Quatre-vingts femmes venues de toute l’Europe, qui sont ou ont été atteintes par le cancer du sein, vont gravir le Breithorn (4162 m). Puis elles signeront une déclaration pour interpeller la population et le monde politique. Entretien avec l’instigatrice de cet événement, Bettina Borisch, pathologue et médecin à Genève.

Pourquoi cette «cordée de la solidarité»?
A travers cette action, nous voulons mettre l’accent sur deux facettes de la solidarité aux femmes touchées par le cancer du sein. D’une part, la solidarité individuelle (amis, famille, soutien direct) qui marche bien, mais fait parfois défaut. Il y a quand même 30% de maris ou copains qui quittent leur femme malade

Ah bon!
Oui, 30%. Ils disent qu’elle n’est plus la même femme. Mais, d’autre part, on aimerait insister sur la solidarité institutionnelle et sociétale. Le système de santé doit permettre de trouver rapidement et facilement le médecin le plus compétent.

C’est ce que vous dénoncez?
En effet. Pour moi, la solidarité de la société et de la politique fait encore cruellement défaut. En Géorgie, par exemple, il n’existe encore aucun système adéquat. La femme malade peut faire ce qu’elle veut, elle reste de toute façon perdante.

En Suisse, on est tout de même mieux lotis, non?
Il y a une densité médicale énorme, mais elle n’est pas si bien coordonnée. Les médecins et les politiques devraient s’entendre pour mieux indiquer qu’à tel endroit il y a des spécialistes pour telle ou telle pathologie. Ce n’est pas normal que dans un pays aussi riche que le nôtre il y ait si peu de sources d’information. De plus, avec notre système de santé privé et public, l’intérêt de la médecine prévaut souvent sur l’intérêt de la patiente.

Que prônez-vous?
Un programme de mammographies organisé et une assurance qualité. On est loin d’y parvenir. Prenons l’exemple de Zurich, on nous dit: «Nous n’avons pas besoin de ce type de programme, nous avons bien assez de radiologues.» Mais le problème, c’est que chacun fait ses mammographies lui-même, il n’y a pas de deuxième lecture, pas de contrôle de qualité. En raison de cette situation, une femme peut être faussement rassurée.

Mais c’est extrêmement grave!
Oui, c’est grave. C’est pourquoi nous luttons pour cette assurance qualité des mammographies. Et nous revendiquons aussi un programme au niveau cantonal ou national qui invite toutes les femmes à se faire contrôler régulièrement. C’est un argument de solidarité indispensable entre les couches sociales.

La Suisse est-elle totalement en retard?
Les cantons romands (Vaud le premier, suivi par le Valais) ont déjà mis en place des programmes de dépistage, mais la Suisse alémanique, non. Rien du tout.

Pourquoi cette différence?
L’attitude envers la santé est très différente. En terre germanophone, on pense que la santé est une affaire privée alors qu’en Suisse romande on se dit que l’Etat a la responsabilité de garantir la santé des citoyens. Quoi qu’il en soit, notre système de santé au niveau fédéral favorise un processus extrêmement lent. Le premier programme de dépistage n’a vu le jour qu’en 1993 et aujourd’hui, seuls dix cantons l’ont intégré à leur politique de santé. Pendant ce temps, on laisse toujours faire des mammographies sans contrôle de sécurité.
Gaelle Cajeux

www. fgdcs. chkwww. zonta-morgeslacote. ch

15 cas chaque jour

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme.

«En Suisse, on dénombre 5100 nouveaux cas par an, relève Bettina Borisch. C’est-à-dire que quinze cancers du sein sont diagnostiqués chaque jour. C’est énorme. C’est 40 fois plus fréquent que le sida. La bonne nouvelle, c’est que beaucoup de femmes s’en sortent. Il n’y a «que» 1500 décès par an. Mais il est urgent d’établir un dépistage sur l’ensemble de la Suisse.» Car si le cancer est diagnostiqué à un stade précoce, le taux de survie, 5 ans après le diagnostic, se situe entre 91 et 97%.
GC