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Ils lisent des romans ou de la philo pour leurs études de médecine


Mardi, 28 octobre 2008 

La formation des futurs médecins comprend des cours obligatoires en sciences humaines. Pour faire réfléchir les étudiants autrement. 

Il n’y a pas que la physique ou la biochimie dans la vie d’un étudiant en médecine. Des romans de Léon Tolstoï ou d’Arthur Schnitzler, des dissertations ou un stage de littérature figurent aussi au programme. Au fil des ans, l’enseignement en sciences humaines est devenu obligatoire dans la formation des futurs médecins. De la première à la cinquième année, ils suivent des cours de littérature, d’histoire, de philosophie ou d’éthique… L’objectif? Leur donner une culture générale, certes, mais surtout leur apprendre à réfléchir autrement. 
«Ces cours apportent un éclairage complémentaire nécessaire», considère Simon Regard, étudiant en 5e année. «On apprend à voir le patient dans sa globalité. Au-delà des problèmes physiologiques, nous nous intéressons aussi à la psychologie. » Cette touche humaine peut-elle s’apprendre dans des livres? «Oui, cela s’apprend, estime le jeune homme. Tous les étudiants ne se rendent pas compte de l’utilité de ce programme. Mais une fois confrontés à la clinique, tout change. » Simon Regard vient de suivre un séminaire sur la mort. «Nous avons lu La mort d’Ivan Ilitch, de Tolstoï. Cela m’a paru bouleversant et ô combien actuel, car je travaille en ce moment à l’hôpital de gériatrie. »
Inclure des sciences humaines dans le programme de médecine n’a rien d’une élucubration genevoise. «Cela existe depuis trente ans aux Etats-Unis et se développe depuis dix ans en France», précise la responsable du programme, l’historienne Micheline Louis- Courvoisier. A Genève, de la 2e à la 5e année, les séminaires obligatoires portent sur des thèmes aussi divers que la consultation, la maladie, le secret médical, la mort ou la frustration dans la pratique médicale. Les étudiants lisent des romans, travaillent sur des archives, sous la direction d’un médecin clinicien et d’un chercheur en sciences humaines. 

Décoller les étiquettes
Un duo qui a son importance. «Dans le roman de Tolstoï, reprend Micheline Louis-Courvoisier, le médecin se réfugie derrière sa blouse blanche pour ne pas répondre aux angoisses de son patient. Des étudiants peuvent penser que c’est dépassé aujourd’hui. Si le clinicien leur assure que c’est encore actuel, cela a plus de poids. » Simon Regard confirme: «On croit souvent qu’on est passé du paternalisme à l’égalité. Or, le XIXe siècle peut nous surprendre. Le médecin était souvent un ami des patients, de la famille. Et le paternalisme existe encore aujourd’hui. On relativise les étiquettes que l’on colle aux siècles. »
Les plus mordus choisissent, en 5e année, un stage intensif d’un mois. «Ils lisent beaucoup, voient des films, précise Micheline Louis-Courvoisier. On leur demande d’écrire. Au début affolés, certains deviennent intarissables et font de très beaux textes. » Ce souci littéraire rend les étudiants attentifs à l’importance de la formulation et à la singularité de chaque patient, dans un cursus où le savoir est presque exclusivement formaté par les questionnaires à choix multiples, relève l’historienne.
Sophie Davaris