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L’Hôpital se met aux cinquante heures de travail par semaine. Dans la douleur


Mercredi, 29 octobre 2008

LOI Un règlement limite la charge des médecins depuis un mois. Son application ne va pas de soi. 


Les médecins, des travailleurs comme les autres? Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) s’y emploient depuis un mois, mais la révolution connaît encore des accrocs.

«Nous avions reçu un avertissement. Là, ce sont des félicitations que nous adresse l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail (Ocirt)», se réjouit Bernard Gruson. Le directeur général des HUG assure «appliquer la loi, même si ce n’est pas facile partout». Selon l’Association des médecins internes et chefs de clinique (AMIG), le règlement a beau exister, «c’est la gabegie pour le faire appliquer: on continue à faire le même nombre d’heures mais le programme qui les enregistrait est bloqué». La direction rétorque que les éventuelles heures supplémentaires qui peuvent être relevées sur papier doivent être prévues à l’avance et se limiter à 140 par an.

A l’évidence, le syndicat des médecins et la direction de l’institution sont toujours à couteaux tirés. «Il ne s’agit pas d’un caprice, déclare le président de l’AMIG, Fabrice Dami. En 2002, une loi fédérale a soumis les médecins à la loi sur le travail pour protéger leur santé et assurer la sécurité du patient. Elle est entrée en vigueur en 2005. Dès 2003, nous avons demandé aux HUG de s’y préparer. Ils ont refusé. » Après des négociations infructueuses, l’AMIG a demandé à l’Ocirt de trancher. Celui-ci a averti les HUG, qui ont édicté un règlement limitant strictement le temps de travail dès le 1er octobre.

Malgré tout, les résistances au changement demeurent, car c’est un véritable défi qui est lancé aux cadres de l’Hôpital. Les plus expérimentés des médecins, habitués aux semaines de 70 heures, ne sont pas tous enclins à réorganiser le travail pour libérer leurs jeunes confrères: «Ceux qui sont aux commandes n’ont jamais été habitués à compter une heure», relève Bernard Gruson.

En chirurgie par exemple, certains redoutent que la formation ne pâtisse de la limitation rigide du temps de travail, car c’est en multipliant les interventions que le jeune apprend à opérer. Aux Urgences ou aux soins intensifs, passer à la journée de huit heures accroît le nombre d’intervenants, les transmissions et le risque de dilution de l’information.

Au cœur du litige se trouve donc l’application, plus ou moins stricte, de la loi. «Nous sommes disposés à négocier», avance le Dr Dami. La loi impose de comptabiliser les heures à la semaine. Réaliser une moyenne sur quinze jours permettrait de gommer comptablement les heures supplémentaires d’une semaine lourde si elle est suivie d’une autre plus allégée. L’AMIG se dit prête à cette dérogation, comme à travailler quatorze heures par jour au lieu de neuf, sept jours de suite au lieu de six. Mais à certaines conditions: une meilleure formation, un contrat de trois ans pour les chefs de clinique et une convention collective de travail.
Sophie Davaris

«Qu’ils me le disent par écrit», répond Bernard Gruson. Le directeur souligne par ailleurs avoir engagé près de 90 médecins depuis 2005. «C’est bien, mais cela ne suffit pas, dit Fabrice Dami. Il faut oser réorganiser l’Hôpital, en limitant lorsque c’est possible l’ambulatoire pour pourvoir les services qui ont le plus besoin de médecins, comme les soins intensifs. Mais cela est tabou, car l’ambulatoire rapporte de l’argent. »