Une caméra pour rester en lien avec son enfant prématuré
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Mercredi, 29 septembre 2008
HÔPITAL Ce nouveau système de «communication», installé en service de néonatologie, allie les miracles de la technologie aux valeurs humaines.
Aussitôt né, le bébé prématuré reste hospitalisé et maman aussi. Comment rester en contact malgré une séparation qui, souvent, se révèle traumatisante? C’est cette question qui a été au centre des préoccupations de l’équipe de néonatologie de l’Hôpital des enfants des HUG (Hôpitaux universitaires de Genève), notamment du professeur Michel Berner, son responsable, et Paola Flores, adjointe au Département de l’enfant et de l’adolescent. Cette dernière a piloté ce projet, unique, dans un établissement hospitalier universitaire suisse: l’installation d’un système de communication par ordinateur. Explications.
Des années pour en arriver là. «L’idée d’un tel programme a été long à mettre en place, explique Paola Flores Menendez. Nous avons été confrontés à quelques obstacles, comme le choix du logiciel informatique, le financement de ces installations ou encore les problèmes liés à la confidentialité (sécurité Internet). Nous avons avancé pas à pas et obtenu le soutien technologique de la Fondation Defitech (Logitech). Cette société, active notamment dans le monde de l’enfance et du handicap, nous a offert ses compétences ainsi que le matériel informatique nécessaire. »
Rassurer une maman, quoi de plus beau? «Une mère qui doit rester en salle de réveil après un accouchement difficile ou une césarienne n’a pas l’occasion de voir et de toucher longtemps son enfant, né prématurément, commente le professeur Berner. Et cette séparation peut durer jusqu’à quarante-huit heures. Elle se demande comment va son bébé, s’il est bien pris en charge et de quelle manière… Cela génère un stress immense. D’où l’importance de ce système. »
Quant au sacro-saint lien maman-bébé, le médecin avoue «ne pas vouloir le remplacer. Nous répondons aux premières craintes de l’éloignement. Lorsque la mère a l’occasion de voir son nouveau-né dans une isolette, bien au chaud, une infirmière répondant à ses questions, je crois qu’elle s’inquiète moins. »
Comment cela fonctionne-t-il? Dès que maman et infirmière se sont mises d’accord sur le moment opportun, cette dernière branche l’ordinateur à une webcam, fixée sur la couveuse du nouveau-né. Puis chacune se connecte à l’autre par un e-mail, entièrement sécurisé. Les images, en direct, sont téléchargées et le «film» peut démarrer. Sans son. L’infirmière et la maman «discuteront» via un chat.
Rester en lien… même à l’extérieur. Ce type de transmission est également offert aux parents et aux proches hors de l’hôpital. «Pour un papa qui a envie d’avoir des nouvelles, rien de plus simple, ajoute Paola Flores Menendez. Il se connecte via son ordinateur personnel. »
Enfin, lorsque maman est sortie de l’établissement hospitalier mais que son enfant doit rester, elle peut recourir à ce même moyen informatique.
Bébé vit et bouge en direct
Les murs du service de néonatalogie, niché au quatrième étage de la maternité des HUG (Hôpitaux universitaires de Genève), affichent des dizaines de photographies de bébés restés en couveuse. Et ils sont devenus de beaux enfants en pleine santé. Ces témoignages sont précieux autant pour les familles, heureuses de vivre pleinement ce cadeau de la vie, que pour l’équipe médicale, reconnue dans son travail.
Photos trop statiques
Les infirmières, justement, se réjouissent de cette innovation, comme l’explique Véronique Launoy, infirmière responsable: «Avant, nous donnions à la maman des photographies du bébé beaucoup trop statiques. Aujourd’hui, le nouveau-né devient actif grâce à des images en direct. La mère, qui ne peut pas encore se déplacer, le voit vivre et bouger. Cette sorte de lien précoce est très bénéfique, même si les émotions restent très présentes. »
Sandra Joly

