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Fenêtre entrouverte sur le syndrome «locked-in»

L’Express / L’Impartial
Vendredi, 28 novembre 2008

Une fois décodée l’activité nerveuse derrière le langage, les victimes d’un terrible syndrome parleront via une machine…


Qu’un accident vasculaire lèse largement le tronc cérébral, et on se retrouve, quoique pleinement conscient, incapable de rien mouvoir, sinon yeux et paupières. C’est la tragédie du syndrome «locked-in» – «enfermé dedans» – qu’évoqua en 1844 Dumas dans son «Comte de Monte Cristo», et qui fut défini par la médecine un siècle plus tard. Dans cette affection, les moyens de communiquer sont limités aux mouvements oculaires et aux clignements. Des codes ont été imaginés pour sélectionner des lettres au fil de listes lues par des tiers – voie qui a permis l’écriture d’un ouvrage (voir encadré). Toutefois, des échanges plus fluides se laissent entrevoir dans de récentes recherches, telle celle présentée il y a une semaine à Washington devant la Society for Neuroscience par Frank Guenther et ses collègues de l’Université de Boston.

Préalablement, par scannage, les chercheurs ont montré chez un patient qu’un cerveau «locked-in» produit toujours, identiques à ceux d’un cerveau sain, les signaux – bien localisés – qui contrôlent l’articulation de sons. Après quoi ils ont implanté une fine électrode au sein de la zone cérébrale concernée. Le signal enregistré, décodé par ordinateur via un logiciel que Frank Guenther peaufine depuis quinze ans, a permis que le patient fasse produire à un synthétiseur vocal des voyelles à mesure que son cerveau les évoquait.

D’ordinaire, pour relier un cerveau humain à un ordinateur, on use d’électrodes non invasives posées en surface du crâne. Mais du fait de déplacements possibles des électrodes, on risque de ne pas enregistrer à tout coup l’activité d’un même groupe de neurones. Cette technique est néanmoins explorée par d’autres chercheurs œuvrant dans le même sens, comme Dorina Papageorgiou, de l’Anderson Cancer Center, Houston.

L’électrode choisie par Frank Guenther a été imprégnée de facteurs stimulant la croissance des neurones, lesquels, s’accrochant au micro-dispositif, l’ancrent ainsi précisément dans la matière corticale.

Toutes ces dispositions ont livré leurs fruits: le patient a «psycho-informatiquement» produit trois voyelles au rythme usuel de production du langage. C’est toutefois par des mouvements oculaires encore que les chercheurs ont pu mesurer son excitation à participer. Et ont pu sentir l’encouragement à développer rapidement – cinq ans? – la reconnaissance des signaux nerveux qui sous-tendent l’articulation de consonnes, et des électrodes encore plus petites qui, à plusieurs, affineraient les signaux.
Qu’un accident vasculaire lèse largement le tronc cérébral, et on se retrouve, quoique pleinement conscient, incapable de rien mouvoir, sinon yeux et paupières. C’est la tragédie du syndrome «locked-in» – «enfermé dedans» – qu’évoqua en 1844 Dumas dans son «Comte de Monte Cristo», et qui fut défini par la médecine un siècle plus tard. Dans cette affection, les moyens de communiquer sont limités aux mouvements oculaires et aux clignements. Des codes ont été imaginés pour sélectionner des lettres au fil de listes lues par des tiers – voie qui a permis l’écriture d’un ouvrage (voir encadré). Toutefois, des échanges plus fluides se laissent entrevoir dans de récentes recherches, telle celle présentée il y a une semaine à Washington devant la Society for Neuroscience par Frank Guenther et ses collègues de l’Université de Boston.

Préalablement, par scannage, les chercheurs ont montré chez un patient qu’un cerveau «locked-in» produit toujours, identiques à ceux d’un cerveau sain, les signaux – bien localisés – qui contrôlent l’articulation de sons. Après quoi ils ont implanté une fine électrode au sein de la zone cérébrale concernée. Le signal enregistré, décodé par ordinateur via un logiciel que Frank Guenther peaufine depuis quinze ans, a permis que le patient fasse produire à un synthétiseur vocal des voyelles à mesure que son cerveau les évoquait.

D’ordinaire, pour relier un cerveau humain à un ordinateur, on use d’électrodes non invasives posées en surface du crâne. Mais du fait de déplacements possibles des électrodes, on risque de ne pas enregistrer à tout coup l’activité d’un même groupe de neurones. Cette technique est néanmoins explorée par d’autres chercheurs œuvrant dans le même sens, comme Dorina Papageorgiou, de l’Anderson Cancer Center, Houston.

L’électrode choisie par Frank Guenther a été imprégnée de facteurs stimulant la croissance des neurones, lesquels, s’accrochant au micro-dispositif, l’ancrent ainsi précisément dans la matière corticale.

Toutes ces dispositions ont livré leurs fruits: le patient a «psycho-informatiquement» produit trois voyelles au rythme usuel de production du langage. C’est toutefois par des mouvements oculaires encore que les chercheurs ont pu mesurer son excitation à participer. Et ont pu sentir l’encouragement à développer rapidement – cinq ans? – la reconnaissance des signaux nerveux qui sous-tendent l’articulation de consonnes, et des électrodes encore plus petites qui, à plusieurs, affineraient les signaux.
JEAN-LUC RENCK

Récit de captivité

Heureusement rare, le syndrome «locked-in» a reçu un surcroît d’attention avec la parution, en 1997, d’un livre, «Le scaphandre et le papillon», dicté à un ami par un malade, Jean-Dominique Bauby, via des clignements de sa paupière gauche. Cette œuvre de courage a été adaptée au cinéma en 2007, sous le même titre.
(jlr)

«Il y a des années que nous menions des recherches théoriques. C’est maintenant le temps de la première application, dans laquelle une personne affectée du syndrome «locked-in» a pu accroître un petit peu ses capacités»
Frank Guenther, Université de Boston, Massachusetts

L’ŒIL QUI PARLE Dans le cas du syndrome «locked-in», qui paralyse la quasi-totalité du corps, les moyens de communiquer sont limités aux mouvements oculaires et aux clignements.
(SP)