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La procréation, un sujet fécond en préjugés

 
Jeudi, 18 décembre 2008

VRAI-FAUX Ce que vous devez savoir sur la reproduction humaine.

Que ne raconte-t-on pas sur la fécondité et l’insémination… Pour y voir plus clair, nous avons interrogé le professeur Jean-Bernard Dubuisson, responsable du Département de gynécologie et d’obstétrique aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

❚ Une femme en cours deménopause ne peut déjà plus avoir d’enfant.
FAUX. Elle a toujours ses règles et ovule donc encore.
❚ Les risques de concevoir un enfant au cours d’un rapport sexuel effectué pendant les règles de la femme sont plus importants qu’hors période menstruelle.
FAUX. Avoir un rapport sexuel non protégé au cours des règles ne présente aucun risque procréatif. Et pour cause: les règles correspondent à la mort des ovules qui n’ont pas été fécondés.
❚ Des slips trop serrés sont mauvais pour les testicules, et donc pour la fécondité masculine.
VRAI. Une culotte trop étroite maintient les testicules trop collés à l’entrecuisse, donc trop proche du corps et de la chaleur qu’il dégage. Or, les gonades n’aiment pas la chaleur. C’est pour cela que, chez les mammifères (dont l’humain), les mâles portent ces organes dans une poche (la bourse) éloignée du reste du corps. C’est d’ailleurs là une spécificité anatomique propre à notre famille d’espèces.
❚ Un régime à base de sel favorise les garçons, un autre à base de sucre favoriseles filles.
FAUX. Même si certains scientifiques ont essayé de le démontrer. C’est notamment le cas du médecin français au nom prédestiné, François Papa, dont l’hypothèse était qu’un régime alimentaire à base de calcium et de potassium (laitages, eaux minérales, poissons frais, jaunes d’œufs, légumes verts, pâtes, riz, semoule, framboises, fraises, kiwis et raisin) augmenterait les chances de concevoir une fille alors qu’un régime sodium- potassium (poissons salés, viande, charcuterie, pommes de terre, lentilles, haricots blancs, avocats, bananes, pommes, poires et fruits secs) augmenterait les chances d’avoir un garçon.
❚ Une insémination ayant lieu au moment de l’ovulationou entre un et deux jours après favoriserait les garçons. Inversement, une insémination intervenant entre deux et cinq jours aprèsfavoriserait les filles.

VRAI. Les spermatozoïdes ont une durée de vie de cinq jours maximum. Or, ceux portant les chromosomes XY (futurs mâles) vivent moins longtemps que ceux présentant les chromosomes XX (futurs femelles). En conséquence, plus l’insémination est proche du moment de l’ovulation, plus les XY auront des chances de féconder l’ovule, et vice versa.
❚ Les plus beaux enfants sont ceux qui ont été conçus par des parents alors âgés entre 16 et 25 ans.
FAUX. Certes, la fécondité de l’humain est la meilleure entre 16 et 25 ans. Après 37 ans, les femmes produisent des ovules de moins bonne qualité, avec ce que cela comporte comme risques statistiques de faire des fausses couches ou d’enfanter des trisomiques.
Mais le plus important est la qualité du patrimoine génétique des deux parents: c’est lui qui va déterminer le potentiel physique et intellectuel, notamment, du bébé.
❚ Juste après l’insémination, la femme doit rester allongée, le bassin relevé par un coussin placé sous ses hanches, pour conserver un maximum de sperme et favoriser la montée des spermatozoïdes jusqu’à l’utérus.
FAUX. Deux choses sont importantes dans les processus d’insémination et de procréation: d’une part, la qualité de la glaire vaginale qui, pour favoriser la montée des spermatozoïdes jusqu’à l’utérus, doit être abondante et visqueuse et, d’autre part, la qualité des spermatozoïdes, qui doivent être nombreux dans l’éjaculat (plus de 20 millions par millilitre, une éjaculation projetant en moyenne 3 à 4 ml de sperme), qui doivent aussi être de bonne morphologie et suffisamment mobiles.
❚ Les chances d’obtenir une grossesse ne sont que de 25% à chaque cycle menstruel.
VRAI. La fécondatibilité de l’humain est très faible comparée, par exemple, à celle de la lapine ou de la chatte. Chez l’être humain, le délai moyen de conception est de trois à six mois.
❚ L es femmes ayant subi une fécondation in vitro (FIV) ont plus de chances d’avoirdes naissances multiples.
VRAI. La raison en est que, lors d’une insémination médicalement assistée, on injecte plusieurs embryons pour augmenter les chances qu’au moins l’un d’entre eux donne naissance à un enfant. D’où des risques de jumeaux, de triplés ou de quadruplés, voire plus. C’est pour éviter ces risques de naissances multiples, et les problèmes qu’ils peuvent engendrer pour les parents, que la législation suisse interdit l’injection de plus de deux embryons à chaque FIV.
Frabrice Breithaupt