Claire-Anne Siegrist, pédiatre genevoise et déléguée au gouvernement britannique
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Samedi, 20 décembre 2008
Reconnue mondialement, elle enfile toujours sa blouse blanche pour voir des patients à l’Hôpital.
A l’heure du thé, ses nouveaux collègues l’ont regardée avec curiosité. Il faut dire qu’avant elle, nul étranger n’avait accédé à ce poste. Claire-Anne Siegrist vient de rejoindre le comité qui conseille le gouvernement britannique en matière de vaccination. Exceptionnelle, la nomination honore cette pédiatre genevoise de 50 ans, qui a «choisi la médecine pour sauver des vies» et est devenue l’une des meilleures spécialistes au monde des vaccins. Une branche qui ne l’attirait pas du tout durant ses études!
Dans dix, vingt ans, de nouveaux vaccins verront le jour. Contre des maladies infectieuses (méningite, tuberculose, malaria) et chroniques (hypertension, alzheimer). Cette science complexe, pleine de promesses mais méconnue, Claire-Anne Siegrist s’emploie à la rendre accessible au grand public. «Un engagement à temps plein», admet-elle. Sourire et élégance: une simplicité apparente qui cache une vivacité peu commune. Claire-Anne Siegrist dirige la chaire de vaccinologie de l’Université de Genève et préside la Commission fédérale pour les vaccinations. Au jour le jour, elle combine recherche et clinique, gère le site infovac. ch qu’elle a créé et qui répond aux questions des praticiens. Elle a aussi conçu, sur son temps libre, un logiciel, Viavac, premier carnet électronique de vaccination.
«Une femme d’une grande intelligence, qui n’a pas choisi la voie classique, résume le professeur Daniel Lew, chef du Service des maladies infectieuses à l’Hôpital. Elle est récompensée de la fidélité à ses idéaux. » Même écho à l’Université: «Avec son site, elle a fait quelque chose d’extraordinaire», estime Beat Imhof, directeur du Département de pathologie et d’immunologie à la Faculté de médecine. Cerise sur le gâteau: «Humainement, c’est quelqu’un de très agréable. On pleurerait si elle partait!»
A Londres, ces qualités ont fait mouche. Là-bas, elle ne se contente pas «d’émettre des recommandations bien ficelées mais reçoit les ressources pour les réaliser». Un exemple? La campagne de vaccination contre les papillomavirus (HPV), lancée en septembre en Suisse et en Angleterre. Le vaccin, qui protège contre le cancer du col de l’utérus, est désormais gratuit pour les filles jusqu’à 19 ans. «En Angleterre, il y a eu tout un travail en amont, pendant deux ans, auprès des jeunes, des parents. La couverture vaccinale atteint déjà 93% à 95%. En Suisse, il faudra dix ans pour y arriver. »
Pourquoi? Parce que la Suisse «tergiverse et lance des programmes avec très peu de moyens. Ainsi, personne n’a dit aux jeunes filles nées en 1988 qu’elles pouvaient aussi bénéficier du vaccin HPV à condition de recevoir la première dose avant le 31 décembre. »
Souvent attaquée, insultée, voire menacée par les «antivaccins», elle dit n’avoir «aucun problème avec ceux qui sont contre les vaccins pour des raisons philosophiques ou de mode de vie. Chacun est libre. On peut aussi ne pas se soigner quand on a un cancer. Mais je réponds à l’opposition irrationnelle, aux gens qui ont peur que le vaccin provoque l’autisme ou la sclérose en plaques, alors que toutes les études montrent qu’il n’y a aucun lien. Laisser faire la nature, pourquoi pas? Mais c’est la sélection naturelle, comme autrefois: une espérance de vie à 35 ans et la moitié des enfants qui meurent avant l’âge de 5 ans. »
Ce que j’ai aimé cette année
«L’année 2008 restera pour moi celle du lancement de Viavac, un carnet de vaccination électronique intelligent qui calcule tout seul les vaccins nécessaires pour être et rester protégé – en tenant compte de l’âge, des vaccins reçus et des souhaits de vaccination. Après trois ans d’efforts, sa première version est destinée aux médecins et pharmaciens (www. viavac. ch), mais nous travaillons déjà à des versions Internet et pour téléphone mobile. Pour que la vaccination ne soit pas la dernière science à bénéficier des technologies modernes…
Et bien sûr, 2008 restera aussi l’année du lancement de la vaccination contre les virus HPV à Genève, notamment au Centre de vaccination des HUG, où 2300 jeunes filles sont déjà venues se faire vacciner. Une démarche pour les jeunes, réalisée dans un esprit bien sympathique…»
Sophie Davaris

