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«C’est un viol de l’intimité»


Vendredi, 
27.02.2009

HUMILIATION – Chef du département de psychiatrie des Hôpitaux universitaires de Genève, Pandelis Giannakopoulos analyse l’horreur de la maltraitance dans les EMS.

Tourner des vidéos pour ridiculiser les pensionnaires d’un EMS: comment une infirmière diplômée peut-elle en arriver là?
La maltraitance est souvent le premier signe visible d’un burn-out. Une infirmière surmenée peut perdre le sens de sa mission. Mais le cas zurichois est une exception: une telle maltraitance est le plus souvent associée à un bas niveau de formation.

Est-ce difficile de s’occuper de personnes âgées?
S’occuper de patients déments est une tâche très difficile, surtout avec ceux qui ont perdu l’usage de la parole. Quelqu’un qui se perd dans la rue, c’est acceptable socialement, mais pas quelqu’un qui se déshabille ou qui mange dans l’assiette d’un autre.

Pourquoi?
On peut avoir l’impression qu’il ne se soumet pas aux règles essentielles, non pas à cause de la nature de sa maladie mais par volonté de nuire à l’autre. Normalement, la formation permet de prendre la distance nécessaire. Dans le cas contraire, la dynamique de la maltraitance est lancée.

C’est-à-dire?
Jeter dix fois sa cuillère ou cracher la nourriture sont des gestes compulsifs que l’on rencontre parfois. Un employé qui n’obtient aucun changement aura l’impression que sa parole n’a aucune valeur. Il pourrait entrer dans une autre logique, celle de la punition.

Mais comment expliquer que des personnes formées et expérimentées puissent humilier ainsi?
Les motivations inconscientes du choix d’un métier ne sont pas toujours nobles. L’exercice du pouvoir, l’envie de lier l’autre par la dépendance sont des moteurs puissants.

Faut-il soumettre le personnel à des tests psychologiques?
Une sélection rigoureuse sur la base d’entretiens qui abordent ces questions serait intelligente si on disposait de dix candidatures pour deux postes. Le problème avec la pénurie de personnel actuelle, c’est qu’un employeur ne peut pas choisir.

Les pensionnaires des EMS doivent-ils avoir peur?
Non, même si la maltraitance existera toujours. Le contrôle exercé à l’improviste par les autorités sanitaires sert à détecter les déviances. La réactivité des directeurs des établissements est un élément crucial. Il ne faut pas laisser une omerta s’installer.

Comment qualifier une maltraitance comme cette vidéo?
C’est un viol de l’intimité qui touche l’intégrité. Mais cet acte dégradant et humiliant est la pointe de l’iceberg: la maltraitance est souvent moins visible, plus pernicieuse: le soignant diminue systématiquement la nourriture ou tarde à répondre à un appel.

La maltraitance va-t-elle augmenter avec le vieillissement de la population?
Pas forcément. La population âgée sera en meilleure santé et pourra rester plus longtemps à domicile. L’attente change avec les générations: ceux nés en 1910 étaient plus tolérants aux erreurs avec une faible demande de soins. Les âgés de demain seront leur opposé.

Rappel des faits: Filmée nue
Deux soignantes d’un EMS zurichois ont ridiculisé une patiente de 88 ans en la filmant nue. L’une d’elles est une infirmière diplômée chargée de la formation des apprenties. L’enquête ouverte par le procureur concerne cinq employés, dont trois ont été licenciés. Les réactions se multiplient: à Neuchâtel, la Commission cantonale d’éthique interviendra dans ses établissements en mai prochain pour sensibiliser le personnel.
Vincent Donzé