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Cancer du col de l’utérus: le vaccin à nouveau remis en question

Le Courrier, Genève lecourrier.ch
Lundi 3o mars 2009

SANTÉ – Au moins deux adolescentes vaccinées contre le papillomavirus ont été hospitalisées en Espagne. A Genève, la campagne de vaccination suit son cours normalement.
Dix minutes après l’injection de leur deuxième dose de vaccin contre le papillomavirus humain (HPV), deux adolescentes de 14 ans ont été victimes de convulsions, suivies de crampes aux membres inférieurs et d’une perte de connaissance. Elles ont dû être hospitalisées, respectivement les 4 et 6 février dernier à Valence, en Espagne. A Genève, ces cas trouvent un écho, car les autorités viennent de rappeler aux adolescentes du canton de faire leur troisième rappel.
Les deux jeunes filles ont reçu une dose de Gardasil, l’un des deux vaccins disponibles sur le marché (produit par Sanofi Pasteur MSD). Les doses provenaient du même lot, c’est le seul lien connu entre les patientes.
Le Ministère de la santé espagnol, l’EMEA (l’Agence européenne des médicaments) et Swissmedic (institut suisse des produits thérapeutiques) ont mené l’enquête. Selon l’EMEA, «les cas sont peu susceptibles d’être liés à la vaccination avec Gardasil et les avantages continuent de l’emporter sur les risques». Il existe un rapport temporel entre la prise du produit et la réaction, mais le lot en question a été analysé et il n’est pas défectueux, rapportent les experts.

La faute à pas de chance
Selon Swissmedic, il s’agirait «d’une accumulation statistique fortuite» et le vaccin ne serait pas le déclencheur des hospitalisations.
Des études plus approfondies seront nécessaires pour établir s’il existe d’éventuels facteurs communs aux deux jeunes filles, qui, additionnés à la prise du vaccin, expliqueraient leurs symptômes. «Lorsqu’on vaccine quelqu’un, cela ne diminue pas les risques d’avoir un problème de santé qui existait avant la prise de celui-ci. Lorsqu’il s’agit de maladies complexes, il est parfois difficile d’établir un lien avec un vaccin ou d’écarter tout rapport de cause à effet, précise Claire-Anne Siegrist, professeur de vaccinologie à l’université de Genève. En science, on ne peut jamais exclure de manière catégorique qu’il y ait un lien. On peut seulement dire que, s’il existe, il est si faible qu’on ne le voit pas. On peut alors chiffrer ce risque invisible de l’ordre de un sur un million.»
Pour les détracteurs de Gardasil, il aurait fallu attendre davantage pour mettre un tel traitement sur le marché. Et ainsi avoir le temps d’effectuer plus de tests pour connaître les effets secondaires à long terme, l’effet cumulé avec d’autres traitements ou encore la durée d’efficacité du vaccin. Ils dénoncent également la surestimation en fréquence et en gravité de la maladie, qui aurait fortement diminué ces dix dernières années, grâce à une amélioration du programme de dépistage.
Cette affaire soulève quelques inquiétudes à Genève, qui a commencé sa campagne de vaccination le 1er septembre 2008 et dont le troisième et dernier rappel est prévu pour le mois de mai. Le canton utilise Gardasil (un lot différent de celui utilisé à Valence). Le professeur Siegrist se veut rassurante: «Le bilan est très positif. Le vaccin se prépare depuis vingt ans, il a fallu dix ans pour le mettre au point et dix autres pour le tester. A l’hôpital, 5000 jeunes filles ont été vaccinées, et ce sans effets secondaires graves ou inattendus.»

14 à 19 ans
Pour être efficace, le traitement s’adresse en particulier aux jeunes filles entre 14 et 19 ans. Le type de cancer causé par le HPV affecte dans 80% des cas les pays en voie de développement, faute d’accès à des soins préventifs. Pourtant, chaque année en Suisse, 5000 femmes sont confrontées à un pré-cancer, et plus de 300 à un cancer du col de l’utérus déjà avéré. Le vaccin permettrait de lutter contre 95% des souches du HPV et au moins 70% des cancers.
MARTA COELLO