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«Mercredi, je ferai la grève»

lenouvelliste.ch - Le Nouvelliste, Sion
Mardi, 31 mars 2009

MÉDECINE Comme nombre de ses collègues, le docteur Christian Popescu, médecin généraliste, croisera les bras le 1er avril. Il nous explique pourquoi.

Mercredi prochain, le 1er avril, et ce n’est pas un poisson, de nombreux médecins généralistes valaisans seront en grève. Ils veulent protester contre la volonté du Conseil fédéral d’économiser 250 millions de francs en diminuant les tarifs des analyses médicales.
Le docteur Christian Popescu, médecin généraliste à Sion, est président de l’Union Patient Médecin qui regroupe quelque 400 membres, dont 87 praticiens. Mercredi, il participera à la grève des médecins. Il explique les raisons de sa protestation. «Le Conseil fédéral veut diminuer les tarifs des analyses médicales. Le gouvernement veut que nous ne gagnions plus rien sur ces prestations. Il n’y a aucune entreprise au monde à laquelle on puisse demander de travailler sans gagner d’argent, voire sans couvrir ses frais.»

«Nos frais ne seront plus couverts»

Le docteur Popescu détaille ce qui risque d’arriver à lui et ses confrères si la Confédération va jusqu’au bout de sa volonté. «Sur une analyse, la marge se situe actuellement entre 20-22%, voire 25%. Si la baisse de tarif est de 30%, je ne couvrirais tout simplement plus les frais. Cela aura des conséquences pour le médecin, mais aussi pour ses collaboratrices. Aujourd’hui, les assistantes médicales ont au moins trois ans de formation et se spécialisent en laboratoire et en radiologie pour être efficaces dans la médecine ambulatoire. Si les tarifs des analyses baissent, les médecins ne pourront plus les garder et des personnes bien formées se retrouveront au chômage. Nous sommes en train de démanteler un système de santé très performant et envié par les autres pays.»
Personnellement, le docteur Popescu occupe quatre assistantes. «Si les tarifs baissent selon l’ampleur prévue, je serais en perte. Ce sera à moi de savoir si je peux conserver une certaine qualité de mes prestations en assumant une partie de cette perte. Je garderais probablement les analyses les plus utiles, en perdant de l’argent, mais je ne pourrais pas aller au-delà.»

«Il n’y aura pas de réelles économies»

Notre interlocuteur est d’autant plus remonté qu’il ne croit pas que le sacrifice qui sera demandé aux médecins serve à diminuer les coûts de la santé: «S’ils ne parviennent plus à couvrir leurs frais, les médecins de premiers recours abandonneront leur laboratoire et enverront leurs prélèvements dans des laboratoires en ville. Ce ne sera pas forcément meilleur marché. Puis, il devra à nouveau convoquer le patient pour lui communiquer les résultats, ce qui doublera le nombre de consultations. Ce que l’on gagne d’un côté, on le perdra de l’autre et la facture finale sera plus élevée, alors que la qualité des soins diminuera.» A plus long terme, les médecins craignent également que la baisse de leurs rémunérations entraînent une pénurie de généralistes. «Toutes les études montrent qu’actuellement déjà, nous allons vers une pénurie, puisque un grand nombre de généralistes ont plus de 50 ans. Si on diminue l’attractivité de la profession, le risque deviendra encore plus grand.»
Christian Popescu, comme plusieurs de ses collègues médecins généralistes, ne sait pas encore si le 1er avril il protestera à Sion ou s’il se rendra à Berne pour faire entendre sa colère.
Par contre, il est certain que ce jour-là il sera en grève…
JEAN-YVES GABBUD