Les pilules électroniques de Motilis
La capsule de la start-up permet d’étudier la motilité digestive
L’ingénieur Michel Demierre présente une boîte transparente contenant toutes sortes de pilules électroniques de différents calibres et couleurs. Elles ont toutes un point commun: elles peuvent être avalées à des fins médicales. La Pillcam de Given Imaging contient une caméra pour visualiser l’ensemble de l’intestin grêle (lire l’article ci-dessous), le système Bravo de Medtronic se fixe dans l’œsophage pour mesurer l’acidité liée au reflux gastro-œsophagien ou la SmartPill qui étudie le tube digestif. Plus étonnant: la capsule d’origine russe AES-GTI qui stimule électriquement les intestins pour tenter de lutter contre la constipation.
Michel Demierre et Vincent Schlageter, les cofondateurs de la société lausannoise Motilis, ont également développé une pilule électronique. Il s’agit d’une capsule magnétique, à usage unique, qui permet d’étudier la motilité digestive, à savoir les mouvements de l’intestin et de l’estomac.
«Cette pilule de 6 millimètres de diamètre pour 15 millimètres de long peut être facilement avalée vue sa petite taille», précise Vincent Schlageter. Elle contient des éléments électroniques, une batterie et émet un champ magnétique. Une fois avalée, le patient doit porter une ceinture autour de la taille, similaire à un «holter» cardiaque, un dispositif qui possède un capteur de champs magnétiques. La position de l’aimant, son orientation et son cheminement peuvent dès lors être observés en direct sur écran d’ordinateur. «Grâce à cette pilule, le gastro-entérologue pourra comparer la manière dont le tube digestif absorbe un repas ou vérifier en temps réel l’effet d’un médicament sur la digestion. Il obtiendra des données sur les fréquences de contraction ou le transit des aliments», explique Vincent Schlageter. Le but étant d’améliorer le diagnostic de troubles digestifs, dits fonctionnels.
Créée en 2006, Motilis a été initié par le professeur Pavel Kucera, retraité de l’Institut de physiologie de l’Université de Lausanne. Il s’intéressait depuis plusieurs années à cette problématique, à la demande surtout des pédiatres. Le confort du patient, qu’il s’agisse d’un adulte ou d’un enfant, n’est pas altéré avec cette capsule magnétique puisque la visualisation de son parcours évite les désagréments liés, par exemple, à la pose d’une sonde ou à l’exposition de rayonnements ionisants.
Ghislaine Bloch
Avaler une capsule-caméra
L’utilisation de la Pillcam permet de déceler une hémorragie, un ulcère, une tumeur ou une inflammation de l’intestin
Avaler une caméra? Près de 700 personnes depuis 2003 n’ont pas hésité à le faire dans le service de gastro-entérologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). La caméra est intégrée dans une capsule de 26 millimètres de long pour 11 millimètres de diamètre. Dénommé PillCam, elle a été développée par le groupe israélien Given Imaging. Durant huit heures environ, elle prend deux images par seconde de l’intestin grêle après avoir franchi le cap de l’œsophage et de l’estomac.
«Il y a environ 4 mètres d’intestin grêle qu’il est très difficile d’investiguer en totalité par l’endoscopie classique. En revanche, avec cette capsule caméra, nous pouvons le faire dans sa totalité», explique Gian Dorta, médecin-chef du Service de gastro-entérologie.
Son utilisation permet de déceler une hémorragie, un ulcère, une tumeur ou une inflammation des intestins. «Le patient a parfois des saignements mais on ne trouve rien avec les méthodes traditionnelles, à savoir les coloscopie, gastroscopie, scanner ou examens avec des produits de contraste», précise le médecin, installé dans son bureau au CHUV.
Les caisses maladie prennent en charge cet examen lors de saignements chroniques et aigus pour le diagnostic de la maladie de Crohn chaque fois qu’elle est suspectée cliniquement et biologiquement alors que les examens endoscopiques sont négatifs. Or ce traitement est encore cher. Rien que la capsule-caméra à usage unique coûte plus de 1000 francs suisses. Le médecin doit demander une autorisation spéciale auprès du médecin-conseil de la caisse maladie.
La capsule est bardée d’électronique: deux batteries pour assurer l’énergie du système durant sept heures environ, un objectif qui prend deux images par seconde avec un champ de vision de 140 degrés, des diodes lumineuses pour l’éclairage, un émetteur radiofréquence et une puce qui transforme l’image réelle en image numérique. L’émetteur transmet le signal qui est alors capté en temps réel par plusieurs antennes radio collés sur le ventre du patient. Puis, le tout est transmis à un «stockeur», une sorte d’enregistreur que le patient porte sur lui pendant tout l’examen.
Ghislaine Bloch

