Aïmago développe un laser qui visualise en temps réel la circulation sanguine
Le médecin pourra évaluer pendant l’opération si un tissu est bien irrigué, si les vaisseaux sont bien reconnectés. Le même principe s’applique aux greffes de la peau, aux transplantations d’organes et à la cardiologie
Mobilier de couleur, ambiance décontractée, c’est dans la cafétéria du nouveau bâtiment des sciences de la vie de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) que Michael Friedrich a choisi de présenter sa société, dénommée Aïmago. «En grec, aïma a une double signification: le sang, mais également l’âme», explique le jeune entrepreneur dont la start-up a récemment été sélectionnée par le prix Venture Leaders qui offre aux vainqueurs un programme intensif de développement entrepreneurial et de commercialisation de produits high-tech.
Aïmago développe un système de visualisation de la microcirculation sanguine. «Notre outil est capable de voir et mesurer la perfusion dans les capillaires, à savoir les vaisseaux sanguins les plus fins, qui apportent oxygène et nutriments aux tissus.»
La start-up provient du Laboratoire d’optique biomédicale de l’EPFL. Sa technologie principale, le Laser Doppler Imaging, a été développée sous la direction du professeur Theo Lasser. Cette méthode optique est basée sur un concept similaire aux radars utilisés pour mesurer la vitesse des voitures, sauf que, chez Aïmago, c’est la vitesse des globules rouges qui est détectée.
Le laser illumine la zone de la peau à observer. Le faisceau de lumière pénètre dans les tissus sur une profondeur de 1 à 2 millimètres uniquement, afin d’observer les globules rouges. La lumière réfléchie est alors capturée par une caméra ultrarapide qu’Aïmago a développée. Celle-ci prend 20 000 images par seconde, une quantité énorme de données qu’il s’agit d’analyser en quelques millisecondes. Les ordinateurs les plus modernes n’étant pas suffisamment puissants pour ces calculs, Aïmago a développé sa propre électronique de traitement d’images. Elle compresse les données afin qu’elles puissent être affichées en temps réel comme images multicolores sur des ordinateurs standards.
«Le système autonome peut s’intégrer dans des microscopes de chirurgie», explique Michael Friedrich, qui tient à souligner que sa technologie est non invasive.
Plusieurs applications sont envisagées, dont les plus importantes sont tenues pour l’instant secrètes. «Notre dispositif permettra par exemple d’estimer le potentiel de guérison d’une brûlure et de mieux définir une zone à traiter par une greffe de peau», explique Michael Friedrich.
La microcirculation augmente proportionnellement à la sévérité de la brûlure tant que le réseau capillaire est intact. Lors d’une brûlure profonde, ce réseau capillaire est détruit et la perfusion est dramatiquement réduite. Le tissu devient nécrotique (brûlure au troisième degré). «Actuellement, ce diagnostic se fait visuellement avec un pourcentage important d’imprécisions», affirme le jeune entrepreneur.
Autre domaine visé: la chirurgie reconstructive. Le médecin pourra évaluer pendant l’opération si un tissu est bien irrigué, donc si les vaisseaux sont bien reconnectés. Le même principe s’applique aux greffes de la peau, aux transplantations d’organes et à la cardiologie. En neurochirurgie, Aïmago permet de visualiser les activités neuronales, car elles sont directement liées à une augmentation de la microcirculation. «Nous avons testé notre appareil avec le professeur Andreas Raabe, chef de la neurochirurgie à l’Hôpital de l’Ile à Berne, et avons des contacts réguliers avec le professeur Levivier au CHUV.»
Enfin, en ophtalmologie, la technologie permet de cartographier la vitalité de la rétine chez les patients souffrant du glaucome.
La société a conclu des partenariats avec l’Hôpital universitaire de Zurich, les HUG, le CHUV et l’Hôpital de l’Ile à Berne. «Le développement technique sera finalisé cet été et cinq appareils seront à disposition du corps médical. Les tests cliniques pourront alors démarrer.»
La start-up estime pouvoir rapidement obtenir un marquage CE car il existe déjà des produits concurrents sur le marché basés sur le laser Doppler. Commercialisés principalement par les sociétés Moor Instruments et Perimed, ces systèmes utilisent un laser qui scanne la peau et effectue des mesures pixel par pixel. «Aïmago, par contre, capture tous les points en parallèle, note Michael Friedrich, qui a déjà une expérience entrepreneuriale puisqu’il a créé, avec Marc André (également cofondateur d’Aïmago) une autre start-up revendue à Comparis. Avec notre caméra, nous adoptons le même principe de physique, mais technologiquement, c’est différent. Grâce à l’électronique que nous avons développée, nous obtenons un résultat 24 000 fois plus rapide que le meilleur produit sur le marché, affirme-t-il. Nous délivrons huitante images par seconde alors que les concurrents en produisent une en cinq minutes.»
Actuellement Aïmago recherche des fonds pour financer son développement.
Au printemps 2010, la start-up prévoit de démarrer la commercialisation de ses appareils, qui ne seront plus uniquement utilisés dans le domaine de la recherche et qui devraient se vendre à plus de 80 000 francs l’unité. Parallèlement, le professeur Theo Lasser et son équipe, qui ont également cofondé l’entreprise, continuent d’approvisionner Aïmago en développements innovants.
Ghislaine BLOCH

