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La pilule anti-obésité qui fait grossir l’inquiétude

Tribune de Genève, tdg.ch
Jeudi, 30 avril 2009

Alli, l’équivalent en demi-dose du Xenical, sera en vente libre dès mercredi en France et pourrait arriver sur le marché suisse l’an prochain.

L’arrivée sur le marché européen d’Alli, équivalent en demi-dose du Xenical, agite la Suisse. Contrairement à sa grande sœur, cette nouvelle pilule anti-obésité est délivrée sans ordonnance. Elle sera disponible mercredi prochain en France et pourrait débarquer dans les officines du pays en 2010. «Une demande d’inscription sur la liste des médicaments sans ordonnance a été déposée», confirme Nadine Guthapfel, porte-parole du fabricant, le géant anglo-saxon GlaxoSmithKline.
Bien que Swissmedic, organisme chargé d’évaluer la pertinence de cette demande, n’ait pas encore rendu son verdict, l’inquiétude gronde dans les milieux de la santé. Car le produit n’est pas sans risque, affirment les spécialistes (lire encadré). Et ses promesses minceur vont inévitablement générer un tourisme pharmaceutique.

Risques d’abus
«Destiné au traitement de la surcharge pondérale chez l’adulte ayant un IMC* supérieur ou égal à 28», selon les indications du fabricant, le principe même d’Alli fâche le responsable de la consultation obésité du CHUV, à Lausanne. «Qui va l’utiliser? Pas les personnes obèses, qui sont déjà suivies et peuvent obtenir le Xenical» assène le Dr Vittorio Giusti. L’absence de contrôle permettra à n’importe qui d’en consommer, à commencer par «les personnes qui ont un problème d’image corporelle, avec un risque d’abus chez les anorexiques et les boulimiques»! Des candidats à la minceur extrême qui auront toute latitude d’en avaler une double dose.
Outre les risques médicaux liés au médicament, «nous savons que les parcours de prise pondérale commencent très souvent avec des produits soi-disant miracles», rappelle le spécialiste. Perdre du poids à coups de laxatifs, diurétiques et autres coupe-faim sans modifier ses habitudes alimentaires déstabilise l’organisme. Résultat: les kilos reviennent, et même en plus grand nombre, induisant le fameux effet yo-yo!
Le Xenical ne fait pas à exception à la règle. «La perte de poids est minime et, souvent, il y a reprise dès l’arrêt du traitement», note Vittorio Giusti. Raison pour laquelle les médecins l’utilisent peu, sinon à des fins éducatives. Il semble donc difficile d’attendre un véritable effet minceur d’Alli. «Avec le dosage recommandé, il n’y aura aucune perte de poids visible.» Et un risque accru de consommation excessive.

Un cadre pharmaceutique
La perspective de vendre ce médicament qui, aux Etats-Unis, rencontre le même succès que les croissants à l’heure du café, ne réjouit pas non plus les pharmaciens. «Il ne convient pas à la vente libre car il pose un certain nombre de problèmes, notamment lors de la prise simultanée d’autres médicaments», explique Marcel Wyler, porte-parole de PharmaSuisse.
En cas de feu vert à sa distribution sans ordonnance, l’association faîtière souhaite l’instauration de mesures permettant une délivrance contrôlée, «dans le cadre d’un concept validé de prise en charge du surpoids ou d’une consultation pharmaceutique, comme c’est le cas pour la pilule du lendemain». Mais une telle décision relève, encore, de la compétence de Swissmedic. Et tant que la procédure d’homologation ne sera pas terminée, l’organisme ne donnera aucune information. Il n’en a tout simplement pas le droit, s’excuse son porte-parole, Joachim Gross.
*IMC ou Indice de masse corporelle: il s’agit du poids (en kg) divisé par la taille (en mètre) au carré. Entre 18,5 et 25, il est considéré comme normal. Au-dessus de 25, il y a surpoids et, dès 30, obésité.
ANNE-ISABELLE AEBLI