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LES MÉDICAMENTS DE LA DISCORDE


Jeudi, 30 avril 2009

OUBLIÉS.
Déjà remboursés par l’assurance de base, les remèdes alternatifs sont absents du débat sur le vote du 17 mai. Une guerre de tranchées les oppose pourtant à Swissmedic
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Le 17 mai, les Suisses voteront pour réintroduire les médecines complémentaires dans l’assurance de base. Mais peu de gens savent que les médicaments utilisés par ces thérapies sont déjà remboursés, s’ils sont prescrits par un médecin. Cela concerne 5000 souches à base de plantes, de minéraux ou de substances animales utilisées par l’homéopathie et la médecine anthroposophique, une centaine de remèdes de phytothérapie et quelques-uns de médecine chinoise.L
a vente de ces préparations a atteint 230 millions de francs en 2008, dont 50 millions à charge de l’assurance de base, selon une estimation réalisée pour L’Hebdo par l’Association suisse pour les médicaments de la médecine complémentaire (ASMC).
Exemptées de tout contrôle fédéral jusqu’en octobre 2006, elles doivent désormais obtenir une autorisation auprès de Swissmedic, via une procédure simplifiée. «Jusqu’ici, nous en avons accepté 1800, relève Petra Doerr, cheffe de l’état -major chez Swissmedic. A terme, il devrait y en avoir 20000.»

Tâtillon.
Les fabricants jugent les exigences de l’instance de contrôle «inadéquates, bureaucratiques et onéreuses», selon l’Association suisse de médecine homéopathique. «Les critères de qualité sont presque irréalisables, note Donat Baur, chef des ventes chez Similasan. Par exemple, pour la fabrication des nosodes à base de foie de canard utilisés dans l’homéopathie, l’animal doit être élevé et apprêté dans un environnement complètement stérile. C’est impossible!»
Les dossiers réclamés pour vérifier l’efficacité et la sécurité de ces préparations font aussi grincer des dents. «J’ai dû engager deux personnes rien que pour cela», relève le patron de Serolab Alain Coutaz. Son homologue chez Herbamed, Christoph Züllig, estime avoir dépensé «plusieurs centaines de milliers de francs» à cet effet. Il a en outre essuyé plusieurs refus. «Swissmedic juge la littérature scientifique trop maigre, notamment sur la phytothérapie. Elle nous demande de réaliser nos propres études, ce qui est trop coûteux, surtout pour les médicaments vendus à peu d’exemplaires.»

Marché noir.
Si la procédure d’autorisation de Swissmedic n’est pas assouplie, de nombreux remèdes – entre 2500 et 3300 – voire des entreprises pourraient disparaître, disent les partisans de ces méthodes. «Boiron a déjà réduit son assortiment, alors qu’un laboratoire à Cugy a carrément cessé de produire des médicaments homéopathiques», indique Alain Coutaz. On craint aussi le développement d’un marché noir. «Si les producteurs font faillite, les consommateurs se tourneront vers d’autres sources d’approvisionnement comme l’internet, qui échappe à tout contrôle», souligne Christoph Züllig. On trouve déjà de tout sur la toile, souvent en provenance de pays comme l’Inde ou la Chine. Les craintes de ces industriels ont trouvé une oreille attentive à Berne, où le Parlement a adopté en 2008 une initiative de la conseillère nationale Marianne Kleiner (PRD/AR) qui demande qu’on se contente de vérifier la qualité – et non plus l’efficacité et la sécurité – des préparations qui sont sur le marché depuis 10 ans au moins et qu’on exempte d’autorisation les lots de moins de 100 emballages.

Accepter le risque.
Matthias Enderle, responsable de la division biomédecine à l’Office fédéral de la santé publique, se montre mitigé: «Tout dépend du niveau de risque qu’on est prêt à tolérer. Veut-on renoncer aux contrôles indépendants effectués par Swissmedic pour les confier aux pharmaciens et aux médecins?»
Thomas Cueni, secrétaire général d’Interpharma, juge de son côté que «les critères de qualité exigés pour figurer sur la liste des spécialités doivent valoir pour tous». Il rappelle que certains médicaments, comme l’aspirine, n’ont montré leurs effets secondaires qu’après de longues années et que même un petit lot peut être contaminé. «Il n’y a pas de raison que ces remèdes échappent au régime d’autorisation prévu par la Confédération, tout en se faisant rembourser par l’assurance de base.»
L’OFSP planche néanmoins sur une révision de la loi sur les produits thérapeutiques, qui devrait reprendre dans les grandes lignes les propositions de Marianne Kleiner. Elle sera mise en consultation à l’été 2009. D’ici là, les partisans des médecines complémentaires espèrent un oui le 17 mai pour appuyer leurs revendications.

FLORISSANT
La Suisse est un gros producteur de médicaments complémentaires. Outre les leaders du marché comme Weleda ou Similasan, le secteur comporte de nombreuses PME. Au total, il emploie 750 personnes.
«JUSQU’ICI, NOUS AVONS ACCEPTÉ 1800 MÉDICAMENTS. À TERME, IL Y EN AURA 20 000.» Petra Doerr, cheffe de l’état-major chez Swissmedic
JULIE ZAUGG