L’avenir numérique de la santé
FRC MAGAZINE
Juin 2009 No 19
Avant, on allait voir «monsieur le docteur», qui assénait son diagnostic comme on rend un verdict. Avec une autorité que nul n’aurait osé contester.
Aujourd’hui, le patient qui arrive à la consultation a souvent compulsé au préalable une foule d’informations médicales sur des sites de santé. Résultat, il se sent davantage sur pied d’égalité avec son médecin. Il discute son diagnostic ou lui propose même un nouveau traitement qu’il a vu sur la toile.
Si le patient est mieux informé qu’avant, le problème de l’interprétation des informations qu’il trouve sur le net reste entier. Car avec le printemps de cette nouvelle médecine ont éclos quelques jolis néologismes. La cyberchondrie, vous connaissez? On est malade, on se renseigne sur internet selon les symptômes et on s’imagine alors souffrir du pire mal; l’ordinateur n’est pourtant pas un médecin !
Reste que le net a aussi généré une nouvelle «solidarité numérique». Les patients souffrant d’une même maladie sortent de leur isolement et se retrouvent désormais sur des forums où ils partagent leurs expériences. On assiste à de nouvelles formes de sociabilité et d’entraide des patients. Le pouvoir de «monsieur le docteur» aurait-il pris du plomb dans l’aile ?
Quant à notre système de soins, avec l’explosion des coûts, il n’a plus d’autre choix que de prendre le train en marche. La carte électronique d’assuré que nous recevrons en janvier prochain constitue la première étape de la stratégie fédérale en matière de cybersanté. A terme, nos informations médicales contenues dans un dossier électronique seront accessibles à tous les prestataires de soins auxquels nous aurons autorisé l’accès. Et nous? Nous pourrons consulter notre dossier au moyen d’un code d’accès via un portail de santé hébergé sur internet.
Aujourd’hui, aux Etats-unis, il semble démontré que la cybersanté aide les médecins à soigner mieux et moins cher. Cela dit, l’essor du système de santé numérique ne doit pas se faire au détriment de la protection de nos données, ni en laissant pour compte celles et ceux qui ne savent pas encore dire «monsieur le docteur» en langage web…
Carole Pirker
A lire également dans le même numéro : www.frc.ch
Patients et médecins à l’ère du numérique (pages 8 à 12)
Une nouvelle tête à la FRC ( page 27)
La précipitation est mauvaise conseillère (page 27)

