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Tamiflu au compte-gouttes


Mardi, 28 juillet 2009

Se gaver d’antiviral pour résister à la grippe porcine? Une mauvaise idée, selon Berne.

Deux nouveaux groupes à risque ont droit au Tamiflu.
Hier, Swissmedic a autorisé, avec l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), la prescription de ce médicament et du Relenza, un autre antiviral, aux femmes enceintes et aux bébés en cas de pandémie de virus H1N1. Jusqu’à présent, ces deux catégories en étaient privées en raison des effets secondaires possibles.

«Il semble que dans certains cas l’intérêt de l’utilisation du Relenza et du Tamiflu chez les femmes enceintes ou allaitantes peut l’emporter sur le risque lié à ce traitement», a annoncé l’autorité suisse de contrôle et d’autorisation des produits thérapeutiques. Swissmedic a toutefois précisé qu’il ne s’agissait pas d’une autorisation générale pour ces deux groupes. Ce sera au médecin d’évaluer au cas par cas les risques et les avantages du traitement.

Pour ce qui est des enfants, le Tamiflu est autorisé pour ceux de plus de 1 an et peut être administré aux plus jeunes sous réserve des mêmes précautions que pour les femmes enceintes. Pour les nourrissons de moins de 3 mois, une surveillance médicale est impérative, souligne Swissmedic.

Si le nombre de personnes qui peuvent avoir accès au Tamiflu augmente en Suisse, le médicament délivré sur ordonnance n’est pas distribué tous azimuts. Et si vous amenez votre enfant malade à l’hôpital, vous risquez bien de repartir avec de bons conseils pour soigner une grippe. Mais sans antiviral, comme l’a vécu une maman lausannoise ce week-end.

Qui a droit au Tamiflu?
«Les personnes qui souffrent de graves symptômes grippaux ou qui font partie d’un groupe à risque peuvent se voir prescrire du Tamiflu», explique Anne-Sylvie Fontannaz, la pharmacienne cantonale vaudoise.

Les personnes à risque sont, en plus des femmes enceintes et des enfants en bas âge, les personnes souffrant de maladies chroniques (en particulier d’affections respiratoires comme l’asthme, la broncho-pneumopathie chronique obstructive ou la mucoviscidose, de maladies cardiovasculaires ou du métabolisme comme le diabète, d’affections rénales), celles présentant une immunodéficience congénitale ou acquise, ou suivant une thérapie immunosuppressive, les personnes de plus de 65 ans, ainsi que les pensionnaires de homes ou d’établissements médico-sociaux.

L’OFSP déconseille de s’auto-administrer des médicaments antiviraux et rappelle que la plupart des personnes qui ont contracté le virus H1N1 ont guéri sans prendre de tels produits. «Qu’est-ce que l’on gagne à traiter avec le Tamiflu, si l’on peut se soigner avec du paracétamol», a déclaré Thierry Buclin, médecin adjoint au service de pharmacologie et toxicologie cliniques du CHUV.

Y a-t-il assez de Tamiflu en Suisse?
L’OFSP assure que oui. La Suisse dispose de 30 millions de gélules. Cela permet de traiter un quart de la population en cas de maladie et de protéger le personnel soignant et les médecins en contact direct avec les malades. Le stock ne permet toutefois pas de répondre à la ruée sur le produit.

Selon la Télévision suisse romande, des pharmacies à Genève ont vu les ventes de Tamiflu augmenter de 120% par rapport à 2008. Le pharmacien cantonal a même dû intervenir car des médecins rédigeaient des ordonnances de complaisance et des officines distribuaient du Tamiflu sans ordonnance.

D’aucuns se tournent alors vers Internet pour acheter le remède. Les autorités déconseillent la pratique car il est difficile de connaître la qualité du produit commandé. Autre désavantage, la boîte de 10 pilules, qui vaut un peu plus de 80?francs, peut être vendue deux fois plus cher sur la Toile.

Le Tamiflu est-il efficace?
Comme son cousin britannique le Relenza, le Tamiflu agit contre toutes les variantes du virus de la grippe, selon Roche, son fabricant. En s’attaquant à la reproduction du virus de la grippe porcine, le Tamiflu s’avère efficace contre les différentes mutations du virus.

Pour avoir de bons résultats, le médicament doit être administré par voie orale dans les 48 heures après les premiers symptômes. Selon l’OFSP, le remède permet d’atténuer les symptômes de la maladie et de l’écourter. Il peut aussi éviter de graves complications, voire le décès d’une personne. Le Tamiflu peut également être pris préventivement. Certains spécialistes déconseillent toutefois son utilisation massive.

Le virus H1N1 risque-t-il de devenir résistant au Tamiflu?
«Plus on prescrit de Tamiflu, plus cela donne l’occasion au virus de s’entraîner contre ce médicament», explique Anne-Sylvie Fontannaz. L’OFSP confirme cette vision. Il indique qu’il y a un risque de résistance et qu’il est essentiel de ne pas prendre ces produits par pure précaution et de manière désordonnée.

Par ailleurs, plusieurs cas de résistance au Tamiflu ont déjà été constatés récemment au Canada, au Japon, à Hongkong et au Danemark. L’Organisation mondiale de la santé estime que ces cas sont isolés et maintient sa recommandation pour le Tamiflu et le Relenza.

De son côté, Roche a déclaré qu’en cas de grippe saisonnière, environ 0,4% des organismes peuvent s’avérer résistants. Selon William Burns, directeur de la division pharmaceutique du laboratoire: «Pour l’heure, il n’y a pas de quoi s’inquiéter.»

Restez chez vous… et riez
Alors que la Suisse compte officiellement 380 cas de grippe porcine (et plus de 134’000 dans le monde), l’Office fédéral de la santé publique joue la carte de l’humour. 

Il diffuse depuis hier soir des spots TV et Internet pour sensibiliser la population. Côté romand, c’est Marie-Thérèse Porchet qui fait passer le message à sa manière. Le slogan est: «La pandémie arrive et ce n’est pas un gag.» Moins drôle, la révision des consignes aux voyageurs.

Plus question d’appeler les Suisses à éviter de se rendre dans une région à risque bien précise. Le principe est désormais: celui qui se rend à l’étranger s’expose à un risque plus élevé qu’en Suisse.
Sébastien Jost