Hausse des primes-maladie: jour J-2
Les caisses ont jusqu’au 31 juillet pour annoncer leurs primes 2010. Alors que Pascal Couchepin a prévu 15% de hausses moyennes,rien ne filtre.Surtout pas de fuites…La température monte dans les bureaux des caisses-maladie: d’ici au 31 juillet, elles doivent transmettre à Berne leurs primes pour 2010. Un exercice périlleux puisque, selon le conseiller fédéral Couchepin luimême, les hausses devraient atteindre 15% en moyenne.
Mais qui osera demander un tel effort à des assurés perturbés par la crise? Couchepin a-t-il peint le diable sur la muraille pour faire passer des «mesures urgentes» qui permettront de freiner l’explosion?
Un secret bien gardé
«En l’état, il est impossible de connaître les primes prévues. Les assureurs sont à couteaux tirés, et ils ne veulent surtout pas qu’il y ait des fuites», dit Nello Castelli, porte-parole et membre de la direction de santésuisse, l’organe faîtier des assureurs.
La seule à déballer la marchandise est la caisse-maladie Assura. Et pour cause: «L’an prochain, nous n’augmentons pas nos primes dans 4 cantons, dont Genève et Neuchâtel en Suisse romande. 0% de hausse!», claironne son directeur, Jean-Paul Diserens.
A noter au passage que le Fribourgeois Daniel Wiedmer, ancien chef du service de surveillance des caisses-maladie à la Confédération, n’aura fait qu’un passage éclair à la tête d’Assura. Entré en fonction l’automne dernier, il en est reparti très vite et vient d’être engagé par le Groupe Mutuel. «Ce n’était pas l’homme de la situation», dit Jean- Paul Diserens.
Dans le canton de Vaud, Assura annonce «une légère hausse» pour 2010. «Nous avons eu trop de nouveaux assurés, qu’il faut maintenant digérer. Car ils n’apportent pas leurs réserves avec eux.» L’an dernier, Assura a comptabilisé 85000 nouveaux assurés, ce qui porte son total à quelque 480000 membres. «Pour la plupart des gens responsables, qui prennent des franchises élevées et limitent au minimum leur recours au médecin», dit encore Jean-Paul Diserens pour expliquer ses primes très performantes. Dans la plupart des cantons suisses, il est en effet le meilleur marché.
Le fait d’avoir encore 35% de réserves à la fin 2008, alors que d’autres grandes caisses ont vu fondre leur trésor de guerre (CSS est ainsi tombé à 12,2%, Helsana à 15%) lui donne une marge de manoeuvre que d’autres n’ont plus. A Fribourg, dit-il encore, la hausse dépassera les 5%, «mais nous resterons les moins chers».
Verdict en septembre
Dans les autres caisses, c’est motus et bouche cousue. La CSS, deuxième assureur de Suisse, donnait toujours ses chiffres au début août. Cette fois, il faudra attendre l’approbation des primes par la Confédération, en septembre. «La situation est trop délicate, raison pour laquelle nous avons décidé de ne pas communiquer», dit Sandra Winterberg, au siège central de la CSS, à Lucerne.
Au Groupe Mutuel, habituellement prolixe, on fait comprendre que le taux encore confortable des réserves (18,5%) permettra de faire «un petit geste», mais il ne faut pas rêver: hausse sensible, il y aura.
On bouche les trous
En 2008, la plupart des caisses ont perdu de l’argent, pour un total proche du milliard de francs. L’année 2009 sera plus mauvaise encore. Certaines caisses vont passer sous la barre des 10% de réserves imposées par la loi. D’où la nécessité de boucher les trous.
Début juillet, pourtant, Pascal Couchepin promulgait six mesures urgentes, en particulier sur le prix des médicaments: entrée en vigueur au 1er octobre, économies espérées de 400 millions (soit l’équivalent de 2% des primes). Et le parlement discutera cet automne d’un «paquet urgent» qui devrait entrer en vigueur au premier janvier (avec la fameuse taxe à 30 francs pour une première visite médicale). Mais le parlement peut aussi se déchirer sans rien décider. «Autant dire que le calcul des primes est plus difficile que jamais», conclut Nello Castelli.
Choc salvateur?
Le puzzle cantonal complique encore les choses: dans les cantons de Genève et Vaud, les caisses ont des réserves élevées, alors qu’elles sont proches de zéro dans le canton de Berne. Ce déséquilibre devra être corrigé. «Un assureur m’a dit qu’il augmentera de 40% ses primes dans le canton de Berne», souffle Jean- Paul Diserens, d’Assura. Mais il est exclu que les grandes caisses locales, Visana et KPT, fassent de même, car ce serait la révolution. «Berne doit rétablir ses réserves, mais nous partons de l’idée que cela se fera progressivement, à l’horizon 2015», dit Nello Castelli.
Un pari, pour conclure: dans la plupart des cantons romands, la hausse sera inférieure à 15%, mais elle n’en sera pas moins douloureuse. Seul espoir, c’est que le choc sorte le monde politique de sa léthargie. Enfin.
Patrice Favre
Le temps d’agir?
Imposer une taxe de 30 francs pour les premières consultations de l’année? L’idée ne plaît pas à santésuisse: appliquée en Allemagne depuis 2004, elle a freiné le nombre des consultations pendant une seule année. Ensuite, les assurés sont revenus à leurs habitudes.
Baisser le prix des médicaments? Le Conseil fédéral l’a déjà fait, mais avec un impact limité: l’industrie pharmaceutique a sorti de nouveaux médicaments, plus chers. Il serait beaucoup plus judicieux d’améliorer le suivi des patients. «Un demi-milliard de francs est gaspillé chaque année à la suite d’erreurs de prescription ou de prise de médicaments », écrit santésuisse dans son magazine de juillet.
Baisser autoritairement la valeur du point Tarmed, donc la rémunération des actes médicaux? Pas si simple, démontre ce même journal. Aujourd’hui déjà, le point Tarmed a été corrigé dans certains cantons, mais avec des résultats contradictoires. Une rémunération plus basse peut être compensée par des gestes plus nombreux. Et c’est parfois le cas, le prix à la prestation «invitant littéralement à gonfler les volumes».
Autres problèmes invoqués, «un fédéralisme trop marqué, un souci de prestige cantonal et une infrastructure surdimensionnée »: en Hollande, expliquent les assureurs, les hôpitaux n’appartiennent pas à l’Etat. Celui-ci n’a donc pas d’emplois à défendre ni de rendement à assurer. Dans «La Liberté », le célèbre chirurgien Thierry Carrel a déjà démontré que la moitié des cliniques cardiaques de Suisse pourraient fermer sans dommage pour les patients. Au contraire.
En conclusion, santésuisse espère que la crise actuelle permettra «un retour à la réalité» et une prise de décision. Vrai?
PF

