L’administration en fait-elle assez contre la hausse des primes ?
ASSURANCES Un groupe de parlementaires propose différentes mesures pour juguler les coûts de la santé. Leurs solutions vont être examinées par les élus. Mais le temps presse et certains reprochent à l’Office fédéral de la santé publique d’être trop passif.
«Je suis déçu par l’attitude de l’administration fédérale. Depuis trois semaines, personne ne répond à nos e-mails. Tout le monde est en vacances alors qu’on devrait lutter contre la hausse des primes d’assurance maladie!» Otto Ineichen (PLR, LU) est fâché. Ce printemps, il s’est entouré de dix parlementaires, de gauche comme de droite, pour chercher des solutions contre l’augmentation des coûts de la santé. Un rapport a été rendu et le conseiller national veut maintenant que l’Exécutif agisse. Certes, le Lucernois est connu pour sa promptitude à contredire l’autorité. Mais cette fois, il n’est pas seul à faire monter la pression alors qu’on prédit pour l’an prochain une hausse des primes de 15%.
Selon Ruth Humbel (PDC, AG), qui dirigeait les travaux du groupe Ineichen, des économies de 1 milliard de francs seraient possibles en 2010 en tenant compte des propositions déjà faites par Pascal Couchepin. Ce qui permettrait d’atténuer la hausse des primes de 3 à 5%. Une opération qui serait d’autant plus importante que la menace d’une pandémie de grippe fait aujourd’hui planer le risque de voir les dépenses prendre encore l’ascenseur.
Engagement supérieur
Concrètement, plusieurs propositions du groupe Ineichen pourraient entrer en vigueur rapidement. Ruth Humbel cite notamment l’augmentation jusqu’à 20% de la quote-part à la charge de l’assuré en cas de consultation directe chez un spécialiste ou la facturation de la même valeur du point Tarmed à l’hôpital et chez le médecin.
«Si nous avons des garanties que les économies seront plus importantes que prévu, c’est tout bénéfice pour nous», commente Nello Castelli, porte-parole de santésuisse. A l’entendre, on pourrait presque penser que cette fois, l’histoire finira bien. Mais il y a un hic: le temps presse. Les assureurs doivent annoncer leurs primes pour la fin de la semaine, les Chambres étudieront les économies possibles en septembre et toute la question est de savoir ce qui pourra être concrétisé dans le délai imparti.
«En avril, l’OFSP proposait de suivre deux scénarios de primes 2010, avec ou sans mesures d’économie, précise la conseillère aux Etats Christine Egerszegi (PLR, AG). Depuis, cette solution a été abandonnée. Nous nous sommes engagés plus que d’habitude pour faire pression sur les caisses et sur l’administration. Maintenant, l’OFSP prétend que les décisions parlementaires viendront trop tard pour avoir un effet en 2010. J’attends au contraire des autres qu’ils travaillent autant que nous l’avons fait.»
A situation exceptionnelle, réaction inédite. C’est aussi l’avis d’Otto Ineichen. Selon lui, l’administration pourrait déjà préparer le terrain afin que les décisions des Chambres entrent rapidement en vigueur.
Alors, l’administration a-t-elle jeté l’éponge? «Je ne peux pas vous dire s’il sera trop tard pour que d’éventuelles décisions parlementaires déploient leurs effets sur les primes 2010, explique Daniel Dauwalder, porte-parole de l’OFSP. Tout ce qui pouvait être modifié par voie d’ordonnance l’a été. Le reste dépend du parlement et c’est à lui de le traiter.»
CAROLINE ZUERCHER

