LES SOLARIUMS PROVOQUENT LE CANCER
L’OMS démontre aujourd’hui que les cabines de bronzage sont tout aussi nocives
C’est la saison des grillades. On savait que se transformer en côtelette à la piscine ou à la plage était vivement déconseillé. L’OMS démontre aujourd’hui que les cabines de bronzage sont tout aussi nocives. Selon une étude qu’une vingtaine d’experts mondiaux viennent de faire paraître dans la revue Lancet Oncology, les appareils à UV sont bel et bien «cancérigènes». Jusqu’ici, le risque de cancer était considéré comme «probable». Désormais, les rayons UV sont une cause de cancer avérée, au même titre que le tabac par exemple, affirme l’OMS.
En compilant plusieurs études épidémiologiques, les chercheurs ont montré que le risque de mélanome cutané augmente de 75% quand l’utilisation de ces appareils de bronzage commence avant l’âge de 30 ans. Il est aussi établi que les cabines favorisent l’apparition de mélanome oculaire. «Même si ces conclusions ne sont pas vraiment une surprise, nous sommes contents que l’OMS énonce aussi clairement le lien entre cancer de la peau et cabines de bronzage», explique Frédérique-Anne Le Gal, médecin adjoint au service d’oncodermatologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).
Beaucoup de cancers de la peau en Suisse
En matière de mélanome, la forme la plus mortelle de cancer de la peau, la Suisse truste malheureusement les premières places mondiales. Les derniers chiffres de la Ligue suisse contre le cancer sont inquiétants: chaque année 1700 nouveaux cas de mélanomes sont diagnostiqués et 250 personnes en décèdent. Cela place la Suisse au deuxième rang européen des pays les plus touchés. Et au cinquième, à l’échelle mondiale. Aujourd’hui, tout indique que la maladie va continuer de progresser. «En Suisse, le nombre de cas de mélanomes a doublé en vingt ans», précise Mirjana Moser, expert à la division radioprotection de l’Office fédéral de la santé publique. «Chaque année, on constate une petite augmentation», ajoute la spécialiste.
Mais bronzer en solarium est-il forcément plus cancérigène qu’exposer son corps de longues heures sous le soleil estival? «C’est difficile à dire», concède Frédérique-Anne Le Gal. «Le problème avec les cabines, c’est qu’elles sont disponibles toute l’année et très faciles d’accès. Chez certains individus, on a observé une véritable addiction.»
L’OFSP souligne de son côté que les lampes des cabines produisent beaucoup plus de rayons UVA que le soleil: jusqu’à dix fois plus. Or les UVA accélèrent le vieillissement de la peau sans épaissir l’épiderme. Préparer sa peau au soleil avec des séances en cabine est donc complètement inutile. «Les gens sont conscients des risques mais refusent de changer leurs habitudes», déplore Frédérique-Anne Le Gal. A Berne, l’OFSP a fait le même constat. «Recommander ne suffit pas», analyse Mirjana Moser. Un projet de loi est en préparation. Il vise notamment à interdire les cabines de bronzage aux mineurs. Car la peau des enfants et des jeunes est particulièrement fragile. Et les adultes? «C’est une question de liberté individuelle, chacun doit prendre ses responsabilités», objecte Mirjana Moser.
Pour sauver commercialement leur peau, certains responsables de solariums conseillent une utilisation raisonnée à leur clientèle (lire ci-dessous), avec un nombre de séances UV à ne pas dépasser. Peine perdue affirment les dermatologues. «On ne peut pas définir de seuil à partir duquel les personnes courent un risque. En fait tout dépend du type de peau de la personne et de ses prédispositions génétiques. C’est comme les cigarettes. Certains pourront fumer toute leur vie trois paquets sans avoir de cancer, d’autres, qui n’ont fumé qu’un paquet pendant dix ans, auront un cancer…»
CÉDRIC WAELTI

