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Pauvres et riches sont inégaux face au cancer de la prostate

Le Courrier, Genève lecourrier.ch
Mardi, 29 septembre 2009

GENÈVE · Selon une étude universitaire, les patients de bas statut socio-économique ont moins de chance de voir leur maladie dépistée

A Genève, les riches et les pauvres ne sont pas égaux face au cancer de la prostate. Diagnostiqués tardivement, moins bien traités, les seconds ont deux fois plus de chance d’en mourir que les premiers. C’est qui ressort d’une étude portant sur dix ans et très exactement 2738 patients. «On ne pensait pas voir des différences pareilles dans un canton comme Genève», indique la doctoresse Christine Bouchardy, de l’Institut de médecine sociale et préventive de l’Université de Genève, coauteure de l’étude. La recherche a porté sur les années 1995 à 2005, recensant tous les cas de cancer invasif de la prostate. «L’écart entre un ouvrier et un cadre supérieur genevois est similaire à celui constaté entre les noirs et les blancs aux Etats-Unis», ajoute la spécialiste. La plupart des études sur le sujet viennent en effet des Etats-Unis.

«Surveillance active»
L’objectif des scientifiques de l’Université de Genève était de vérifier si les choses sont différentes dans une région comme Genève, dotée d’un système de santé considéré comme un des meilleurs au monde, ainsi qu’ils l’écrivent dans la revue spécialisée Cancer. La réponse est clairement non: les patients de bas statut socio-économique ont moins de chance de voir leur cancer dépisté, leur maladie est plus avancée au moment du diagnostic et on leur fait passer moins de tests. Ils subissent en outre moins souvent une prostatectomie, connue pour réduire la mortalité, et ont plus de probabilités de faire l’objet d’une simple «surveillance active». «Le doublement de la mortalité s’explique presque entièrement par le diagnostic tardif, de moins bonnes recherches et analyses et un traitement moins complet», note la doctoresse Elisabetta Rapiti, principale auteure de l’étude. «Ce qui dénote un usage inéquitable du système de santé». Les causes sont multifactorielles, relève Christine Bouchardy: méconnaissance de la symptomatique et du système de santé, plus faible participation aux programmes de dépistage, franchises de l’assurance maladie qui incitent à retarder la consultation, difficultés de communication avec le médecin, notamment.  Un effort de sensibilisation devrait être fait à ce niveaulà, selon Elisabetta Rapiti. Car les choses ne vont pas dans le bon sens. Sur les dix ans considérés dans l’étude, les chercheurs n’ont constaté aucun changement. Pire, les inégalités se sont même accrues. Et avec l’évolution actuelle du système de santé, «les difficultés pourraient s’aggraver», relève encore Christine Bouchardy. Dans leurs conclusions, les auteurs de l’étude estiment que la réduction des inégalités liées au statut socio-économique devrait être prioritaire dans les politiques de santé publique. Ils suggèrent d’améliorer l’accès des patients à la prévention et aux tests diagnostics précoces et de veiller à ce qu’ils bénéficient de traitements standardisés. ATS
Yves DUC