Zurich Instruments réduit le temps d’un scanner par dix
La jeune pousse créée a mis au point des processeurs numériques très puissants. Couplés à un amplificateur, ils permettent de mesurer des signaux qui ne l’étaient pas jusqu’à présent
Peu de jeunes pousses parviennent à développer avec succès une technologie révolutionnaire. Elles sont encore moins nombreuses à pouvoir la transformer en un produit prometteur. C’est toutefois le cas de Zurich Instruments, émanation de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich créée en avril 2008 avec un capital de 100 000 francs.
Grâce à sa technlogie, la société parvient à réduire par dix le temps d’examen d’une imagerie à résonance magnétique (IRM), autrement dit un scanner. Sa capacité d’innovation lui a permis de financer le début de ses activités, notamment grâce à un prêt de 100 000 francs de la Fondation fédérale de promotion de l’économie nationale à travers la recherche scientifique. De plus, Zurich Instruments a gagné plusieurs récompenses, dont le Prix de Vigier cette année, le plus important pour une jeune entreprise en Suisse.
Au-delà des aspects financiers de Zurich Instruments, qui compte six collaborateurs, c’est par sa technologie que l’entreprise se distingue. «Notre technologie est basée sur le numérique et atteint des hautes fréquences, ce qui contraste avec l’analogique utilisée par nos concurrents, comme l’américain Stanford Research Systems ou bien l’anglais Signal Recovery. Nous avons mis au point des processeurs numériques très puissants, comparables à des super-ordinateurs et capables de supplanter les performances des processeurs analogiques. Couplés à un amplificateur, ils permettent de mesurer des signaux qui ne l’étaient pas avec les technologies actuelles. Notre procédé permet de mesurer huit fréquences simultanément, contre une seule pour les appareils classiques. Notre appareil peut, par exemple, fournir des données très précises sur un cœur qui est en train de battre. C’est notre principal avantage technologique», explique Sadik Hafizovic, cofondateur de Zurich Instruments avec Flavio Heer et Beat Hoffstetter et directeur de l’entreprise.
Trente collaborateurs
en quatre ans
Même si l’appareil de la jeune pousse est plus coûteux que celui de ses concurrents, il permet d’obtenir une précision inégalée, estime son patron. «Nous avons été surpris par le fait que le prix n’est pas vraiment un problème pour nos clients. Le surcoût est compensé par la plus grande précision de notre appareil», dit Sadik Hafizovic.
Pour Zurich Instruments, qui a breveté sa technique de mesure, les principaux débouchés se trouvent dans le milieu académique. Les premiers appareils ont été vendus il y a deux mois à des laboratoires de physique. L’objectif de la société est d’en vendre une quarantaine d’ici à la fin de cette année. Afin de réduire ses coûts, elle collabore avec deux autres jeunes pousses zurichoises au Technopark, Enclustra et Super Computing Systems. Quant à la production, elle a été confiée à une société suisse.
A long terme, Zurich Instruments a plusieurs priorités. «Nous devrons être rentables à fin 2010. Par ailleurs, d’ici à quatre ans, notre entreprise comptera 25 à 30 collaborateurs», fait remarquer Sadik Hafizovic.
Un marché de 320 millions
Le marché que Zurich Instruments souhaite conquérir s’élève à 320 millions de francs, répartis équitablement entre les laboratoires des universités et les départements de recherche et de développement des entreprises. La jeune pousse veut détenir 10% à 15% de ce marché. «Notre priorité est les Etats-Unis, suivis par l’Europe et le Japon où j’ai noué des contacts durant mes études», précise le directeur de la société.
Grâce à son appareil, l’entreprise compte aussi s’étendre dans d’autres domaines que les techniques médicales, comme l’analyse de la pureté du silicium dans les panneaux solaires, des ingrédients alimentaires, la biotechnologie et les nanotechnologies. «Nous avons une grande flexibilité. Nous pouvons adapter les logiciels intégrés dans nos appareils en fonction des besoins du client. Mais notre priorité actuelle reste les technologies médicales», souligne Sadik Hafizovic.
Daniel Eskenazi

