Pascal Couchepin a réformé à petits pas
Pascal Couchepin voulait faire mieux que Ruth Dreifuss. Au niveau des primes, il a tenu son pari. A coups de décrets.
«Au cours de ces dernières années, les primes d’assurance maladie ont augmenté en moyenne de 6,5%, avec des pics à plus de 9% en 2002 et 2003. C’est trop!» En prenant la tête du Département fédéral de l’intérieur (DFI) en 2003, Pascal Couchepin ne faisait pas mystère de ses ambitions: il ferait mieux que Ruth Dreifuss. Or, demain, le ministre devra présenter des primes en hausse de quelque 11%.
Malgré ce final difficile, Pascal Couchepin a tenu son pari puisque la progression moyenne a atteint 4,3% sous son règne. A la décharge de Mme Dreifuss, les primes 1996 avaient été massivement sous-estimées, faute d’expérience dans l’application de la Loi sur l’assurance maladie (LAMal). De son côté, Pascal Couchepin a bénéficié de la réduction des réserves des caisses en 2008 et 2009. Mais les assurés jugent aussi l’action de leur ministre au travers de toutes les mesures qui ont touché leur porte-monnaie. Beaucoup plus que Ruth Dreifuss, Pascal Couchepin a largement agi par décrets, en particulier après l’échec de la 2e révision de la LAMal devant le parlement, en décembre 2003.
Responsabilisation
La responsabilisation des assurés afin de lutter contre la surconsommation médicale a été l’un des chevaux de bataille du chef du DFI. Dès 2003, la franchise de base a augmenté de 230 à 300 francs et la participation de 600 à 700 francs. D’autre part, les franchises à option ont été étendues à 2500 francs, alors que les rabais étaient réduits.
Médicaments
Par deux fois, en 2005 et en 2009, Pascal Couchepin a mis les pharmas sous pression et obtenu des réductions de prix. De manière générale cependant, les médicaments et les équipements restent plus chers que dans les pays voisins. Et le ministre de la Santé n’a pas milité en faveur de l’importation parallèle de ces produits.
Médecines complémentaires
Cinq méthodes ont été rayées du catalogue des prestations, d’où une économie de 70 millions. Mais en 2008, le peuple a voté la réintroduction des médecines qui devront faire la preuve de leur efficacité.
Prolongations
Faute de mieux, Pascal Couchepin a été contraint de prolonger la compensation des risques et le gel des ouvertures de cabinet.
Mesures urgentes
Devant la hausse massive des primes annoncée pour 2010, Pascal Couchepin a lancé une série de mesures d’urgence. Une partie a été adoptée par le Conseil fédéral alors que les autres sont en discussion au parlement.
Révision de la LAMal
L’échec de la 2e révision a incité Pascal Couchepin à saucissonner les volets. A ce jour, seuls les financements hospitaliers et des soins de longue durée ont été adoptés. La levée de l’obligation de contracter ou le financement moniste (par un seul payeur) des hôpitaux, que le ministre jugeait «fondamentaux», sont toujours bloqués au parlement.
A l’arrivée, Pascal Couchepin présente un bilan en demi-teinte. Il a contenu la hausse des primes jusqu’à 2009, notamment en augmentant la participation des assurés. Il a avancé là où il avait les mains libres. Mais faute de consensus, il n’est pas parvenu à mener à bien la réforme fondamentale que tout monde appelle de ses vœux.
LAURENT AUBERT

