Le stade d’épidémie de grippe ne concerne pas encore le H1N1
Le nombre d’affections grippales a dépassé le seuil épidémique. Mais l’expansion redoutée de la grippe A ne s’est pas encore produite. Explications.
Oui, le seuil épidémique pour les affections grippales est dépassé en Suisse. Non, on ne parle pas (encore) d’une épidémie de H1N1. C’est avec une extrême prudence que les spécialistes commentent les derniers chiffres hebdomadaires de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) sur l’évolution de la grippe pandémique. Il y a de quoi: depuis juillet dernier, on ignore en effet le nombre exact de cas confirmés puisque les personnes présentant des symptômes grippaux ne sont plus systématiquement testées. Comme pour la grippe saisonnière, les scientifiques se basent ainsi sur des estimations.
❚Seuil épidémique. Du 19 au 25 octobre, 8,1 cas de suspicions de grippe (de toutes sortes) pour 1000 consultations ont été rapportés par les 200 médecins répartis en Suisse qui participent au programme de surveillance. Extrapolé à l’ensemble de la population, ce chiffre correspond à 64 consultations pour 100 000 habitants. Une valeur supérieure au seuil épidémique national fixé à 50 consultations pour 100 000 habitants.
❚Cas suspects mais pas confirmés. Peut-on pour autant dire que l’épidémie de grippe A est là? Pour les scientifiques, c’est non: «Avoir dépassé le seuil épidémique pour les syndromes grippaux ne signifie pas que l’on fait face actuellement à une épidémie de grippe A», prévient Eric Masserey, médecin cantonal adjoint vaudois. En effet, il n’est ici question que de cas de «suspicions d’influenza» et non de cas de grippe A systématiquement confirmés par des tests. Seuls les groupes à risques (femmes enceintes, malades chroniques ou enfants en bas âge) ont droit à un diagnostic précis. Et, parmi ces cas testés, quel serait le pourcentage de virus H1N1? «Environ 10% des patients testés en Suisse sont porteurs, estime Eric Masserey. Ce pourcentage est de 25% en Europe. La proportion augmente mais reste minoritaire.» Pour le médecin, de nombreux autres virus, comme le rhinovirus, peuvent être responsables de syndromes grippaux.
❚Expansion du virus. L’arrivée de l’hiver risque bien d’être propice au développement du virus, disent les spécialistes qui se basent sur les observations de la pandémie dans l’hémisphère Sud. «Le H1N1 semble avoir besoin de froid. Il se comporte, sur le plan épidémique, comme un virus saisonnier», note Eric Masserey.
❚Les vaccins. Alors que beaucoup de pays ont commencé à vacciner, la Suisse annoncera les détails de sa campagne aujourd’hui à Berne. Les premières piqûres devraient se faire à la mi-novembre.
Martine CLERC

